Leptospirose : trois décès cette année et neuf cas enregistrés depuis janvier
Par
Sharone Samy
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Sharone Samy
Neuf cas et trois décès depuis le début de l’année : la leptospirose refait surface et relance l’alerte sanitaire. Moins sévère qu’en 2025, la situation reste préoccupante, surtout en saison des pluies. Les autorités appellent à la vigilance, à la prévention et à une prise en charge rapide.
La leptospirose refait surface dans l’actualité sanitaire du pays avec un bilan qui interpelle. Depuis le début de 2026, le ministère de la Santé a enregistré neuf cas, dont trois décès. Un cas actif est actuellement suivi par les services hospitaliers. Il s’agit d’une dame âgée d’une cinquantaine d’années dont l’état de santé est jugé stable.
Ces chiffres demeurent inférieurs à ceux de 2025, année durant laquelle 41 cas et neuf décès avaient été recensés. Ils rappellent toutefois la gravité potentielle de cette maladie infectieuse et la nécessité d’une vigilance constante, surtout en période de pluies.
Selon le Dr Fazil Khodabocus, directeur par intérim des services de santé publique, les décès enregistrés cette année concernent des patients présentant déjà des comorbidités. « Les décès sont liés aux comorbidités que présentaient ces personnes, toutes de sexe masculin. Il faut savoir que la leptospirose a un taux de fatalité compris entre 5 et 25 %. Si le traitement existe, il faut toutefois prendre des précautions et éviter toute contamination », explique-t-il. Cette précision est importante, car si la maladie peut être traitée efficacement lorsqu’elle est diagnostiquée à temps, elle peut aussi évoluer vers des formes graves, notamment chez les personnes fragilisées par d’autres pathologies.
La leptospirose est une maladie bactérienne causée par une bactérie du genre Leptospira. Celle-ci est essentiellement véhiculée par les rats, qui en sont les principaux réservoirs. Elle est présente dans l’urine des rongeurs et peut contaminer l’eau, la boue, la terre ou encore des surfaces alimentaires. Dans un environnement humide, notamment après de fortes pluies, la bactérie peut survivre plusieurs jours, voire plus longtemps, augmentant ainsi les risques d’exposition.
L’être humain contracte la maladie lorsque la bactérie pénètre dans l’organisme à travers une plaie, une coupure, une égratignure ou même par les muqueuses, notamment au niveau des yeux ou de la bouche. Le Dr Khodabocus insiste sur ce mode de transmission souvent sous-estimé. « La maladie se transmet par les rats. La bactérie est présente dans leur urine. Elle peut contaminer l’eau et la terre. Les personnes qui travaillent dans les champs ou dans le jardinage doivent redoubler de vigilance. Il faut porter des gants et des bottes. La bactérie peut pénétrer les plaies et blessures, voire même contaminer l’humain par simple contact », précise-t-il. Cette mise en garde vise particulièrement les travailleurs agricoles, les jardiniers, les éboueurs et toute personne exposée régulièrement à des environnements humides ou à des zones où la présence de rats est avérée.
La saison des pluies constitue en effet un facteur aggravant. Les eaux stagnantes, les inondations ponctuelles et l’accumulation de déchets favorisent la prolifération des rongeurs et la dispersion de la bactérie. Dans ces conditions, un simple contact avec de l’eau contaminée peut suffire à provoquer l’infection si la peau présente la moindre lésion. La prévention passe donc par des gestes simples, mais essentiels, tels que le port d’équipements de protection, l’élimination correcte des déchets et la lutte contre la prolifération des rats.
Au-delà de l’exposition professionnelle, la population en général est également appelée à la prudence. Le Dr Khodabocus recommande notamment de bien laver les boîtes de conserve, les canettes et tout autre contenant après les achats. « La bactérie est très souvent présente dans l’eau et même dans la terre, surtout là où il y a la présence de rats. Il faut prendre toutes les précautions possibles », souligne-t-il. La gestion domestique des déchets joue un rôle central dans la prévention. Les poubelles doivent être correctement couvertes afin d’éviter d’attirer les rongeurs, et les déchets alimentaires doivent être éliminés sans délai.
Les symptômes de la leptospirose peuvent varier d’une personne à l’autre. Dans ses formes initiales, la maladie se manifeste généralement par une forte fièvre, des douleurs musculaires, des maux de tête et une fatigue intense. Toutefois, dans les cas plus sévères, elle peut entraîner une atteinte du foie provoquant une hépatite, l’apparition d’une jaunisse et des complications rénales pouvant nécessiter une hospitalisation. Certaines formes graves peuvent également affecter les poumons et entraîner des hémorragies. C’est cette évolution possible vers des complications sévères qui explique le taux de fatalité relativement élevé dans certaines situations.
Face à ces symptômes, la rapidité de la prise en charge médicale est déterminante. « En cas de symptômes, il est vivement conseillé de voir un médecin très vite pour une assistance médicale et un suivi dans les brefs délais », insiste le Dr Khodabocus. Le traitement repose principalement sur l’administration d’antibiotiques, qui se révèlent efficaces lorsqu’ils sont prescrits précocement. Toutefois, un retard dans la consultation peut favoriser l’aggravation de la maladie, en particulier chez les personnes âgées ou celles souffrant de maladies chroniques.
La situation actuelle, avec neuf cas recensés et trois décès, ne constitue pas une flambée épidémique comparable à celle observée l’an dernier, mais elle demeure suffisamment préoccupante pour justifier une mobilisation accrue. En 2025, les 41 cas enregistrés et les neuf décès avaient mis en évidence la vulnérabilité de certains segments de la population. Les autorités sanitaires maintiennent donc une surveillance étroite et rappellent que la prévention reste l’arme la plus efficace contre cette infection.
La leptospirose est souvent perçue comme une maladie sporadique, mais sa récurrence en période de pluies démontre qu’elle demeure une menace persistante. Elle s’inscrit dans un contexte plus large de santé environnementale, où la gestion des déchets, l’assainissement et la lutte contre les nuisibles jouent un rôle déterminant. La présence de rats dans les zones urbaines et rurales constitue un facteur de risque permanent, et toute négligence dans ce domaine peut avoir des conséquences sanitaires importantes.
Si le traitement existe et permet, dans la majorité des cas, une guérison complète, la prévention doit rester la priorité. La vigilance individuelle, combinée aux efforts collectifs pour limiter la prolifération des rongeurs et améliorer l’hygiène environnementale, peut contribuer à réduire significativement les risques.