Leptospirose : les travailleurs agricoles et les agents municipaux exposés
Par
Sharone Samy
Par
Sharone Samy
Neuf cas et trois décès depuis janvier. Derrière les chiffres, une réalité préoccupante : petits planteurs, ouvriers municipaux et travailleurs exposés à l’eau stagnante restent particulièrement vulnérables en saison des pluies à la leptospirose.
La leptospirose refait surface dans l’actualité sanitaire avec un bilan qui appelle à la vigilance. Depuis le début de l’année, le ministère de la Santé a recensé neuf cas, dont trois décès. Un cas actif est actuellement suivi et son état est jugé stable. Si ces chiffres demeurent inférieurs à ceux enregistrés en 2025, quand 41 cas et neuf décès avaient été comptabilisés, ils rappellent que cette maladie bactérienne, transmise principalement par l’urine des rats, demeure une menace.
Mais au-delà des statistiques et des recommandations adressées au grand public, une autre réalité mérite d’être examinée de près : celle des travailleurs quotidiennement exposés à des environnements à risque. Dans les champs, les jardins, les drains, les sites de collecte de déchets et les cimetières, de nombreuses personnes évoluent au contact de la boue, des eaux stagnantes et de zones susceptibles d’être contaminées.
Les petits planteurs figurent parmi les plus vulnérables. Travaillant souvent dans une terre humide, parfois sans équipements toujours adaptés, ils sont directement exposés à la bactérie Leptospira, capable de pénétrer l’organisme à travers une simple coupure ou égratignure. Les ouvriers municipaux, les agents de voirie, les jardiniers et les équipes de drainage sont eux aussi confrontés à ce risque invisible.
En saison des pluies, lorsque les eaux stagnent et que la prolifération des rongeurs s’intensifie, le danger s’accroît. La leptospirose ne se transmet pas de manière spectaculaire. Elle s’installe silencieusement à travers un contact banal avec une surface contaminée. Et si elle peut être traitée lorsqu’elle est diagnostiquée à temps, elle peut également évoluer vers des formes graves, notamment chez les personnes présentant des comorbidités.
Dans ce contexte, la question dépasse le simple cadre médical. Elle devient sociale et institutionnelle. Des équipements sont nécessaires pour les travailleurs les plus exposés. Ils doivent porter des bottes et des gants. Des campagnes de sensibilisation à l’intention des petits planteurs des régions rurales sont utiles. Les protocoles de prévention doivent être renforcés sur le terrain.
Kreepalloo Sunghoon, de la Small Planters Association, reconnaît que si certaines pratiques d’hygiène sont connues, la compréhension globale du risque demeure limitée. « Au niveau des petits planteurs, on sait qu’il faut laver les légumes et se laver les mains après avoir été dans les champs, mais le risque existe toujours. Certes, il y a l’utilisation des bottes et des gants, mais nous sommes toujours exposés à la boue et aux broussailles », explique-t-il.
Selon lui, la réalité quotidienne du travail agricole rend difficile une protection totale. Les planteurs vont souvent très tôt le matin aux champs, parfois avant le lever du soleil. Les conditions météorologiques, notamment en saison des pluies, compliquent la situation. « Je pense qu’il devrait y avoir une campagne plus intensive. Il y a un manque d’information et il faudra plus de sensibilisation, surtout pour les petits planteurs », insiste-t-il.
Du côté du ministère de l’Agro-industrie, un préposé indique qu’il n’existe pas de campagne exclusivement dédiée à la leptospirose. Toutefois, des mécanismes indirects de prévention sont en place à travers le Food and Agricultural Research and Extension Institute (FAREI). « Il existe une cellule de prévention au niveau du FAREI. Durant toute l’année, le FAREI propose un service de surveillance et de prévention, notamment en ce qui concerne les rats. Si des planteurs notent la présence de rongeurs dans leurs champs, ils peuvent prendre contact avec le FAREI, qui fera le nécessaire », précise-t-il.
Au niveau des collectivités locales, la question de la protection des employés est également soulevée. La mairie de Beau-Bassin/Rose Hill assure que la sécurité du personnel, dont les agents affectés aux services de voirie et de nettoyage, est une priorité.
La mairesse, Gabriella Batour, avance que le port d’équipements de protection individuelle est strictement encadré. « Nous veillons à ce que tous nos employés disposent d’équipements de protection lorsqu’ils travaillent. Les équipements de sécurité sont obligatoires, surtout pour ceux qui opèrent dans le service des voiries », explique-t-elle. Bottes imperméables, gants adaptés et uniformes de protection font partie des mesures mises en place afin de réduire les risques d’exposition.
La mairie travaille avec des firmes privées pour la dératisation et a entrepris des démarches au ministère en ce qui concerne la vaccination contre l’hépatite, dans le cadre d’une approche globale de protection sanitaire des travailleurs exposés.
« Très prochainement, nous lancerons une campagne pour le public et ferons notre possible pour éliminer les ordures et les déchets volumineux susceptibles de favoriser la prolifération des rats », ajoute Gabriella Batour. L’accumulation de déchets constitue en effet un facteur aggravant, offrant des abris propices aux rongeurs.
Sur le plan médical, les autorités sanitaires confirment que certaines catégories professionnelles sont particulièrement vulnérables. Selon le Dr Fazil Khodabocus, directeur par intérim des services de santé publique, les personnes qui travaillent dans les champs ainsi que les employés des collectivités locales figurent parmi celles les plus exposées au risque de contamination.
« Si une personne a été contaminée par la leptospirose, nous enclenchons notre protocole et le Rodent Control du ministère se charge de l’exercice de dératisation », explique-t-il. Cette intervention vise à limiter la propagation de la bactérie et à réduire le risque de nouvelles infections.
Le médecin insiste toutefois sur la prévention. « Nous demandons au public d’être très vigilant, car c’est une maladie grave qui peut entraîner une dégradation soudaine de la santé, voire être fatale. » Il rappelle que la leptospirose peut évoluer rapidement vers des complications sévères si la prise en charge médicale tarde.
Face à ce risque invisible, la vigilance ne peut être sélective. Elle doit s’appuyer sur des équipements adaptés, une sensibilisation renforcée et la gestion rigoureuse de l’environnement. Car protéger les personnes qui travaillent au contact direct des zones à risque revient aussi à protéger l’ensemble de la collectivité.