Le témoignage d’un constable jugé préjudiciable : arrêt du procès contre un ex-haut cadre d’une banque et deux Nigérians pour trafic de drogue
Par
Ledweena Ramasawmy-Mohun
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Ledweena Ramasawmy-Mohun
Un rebondissement judiciaire majeur. La Cour suprême a mis un terme, le mercredi 14 janvier 2026, au procès pour trafic de drogue visant un ex-cadre bancaire et deux ressortissants nigérians. En cause : un témoignage policier jugé gravement préjudiciable, fragilisant toute la procédure liée à une saisie d’héroïne.
Crishna Ramgati (63 ans), ex-haut cadre de banque et gérant de l’hôtel La Dorade à Trou-aux-Biches, ainsi que Harold Chukwuebuka Godwin (41 ans) étaient accusés d’avoir été en possession de 108 grammes d’héroïne. Les faits remontent au 29 février 2020, sur la plage de Grande-Pointe-aux-Piments, où la drogue était répartie en boulettes. Nnamdi Amarachukwu Uhuegbu (40 ans) faisait face aux mêmes accusations. Il lui était aussi reproché d’avoir sur lui une somme de Rs 3 550. Le 1er mars 2020, suite à une perquisition à l’hôtel La Dorade en présence des trois hommes, une somme de Rs 169 501 et un billet de 50 euros avaient également été saisis.
Interrogé par la poursuite sur l’identité de Crishna Ramgati, le policier de la brigade antidrogue a déclaré le connaître comme gérant de l’hôtel La Dorade, affirmant s’y être rendu à plusieurs reprises dans le cadre de « controlled delivery exercises ». Or, cette affirmation ne figure ni dans le dossier de police ni dans les dépositions des témoins. Elle n’a, en outre, jamais été communiquée à la défense ni soumise à Crishna Ramgati pour confrontation.
Selon la défense, les dires de ce policier sont hautement préjudiciables suggérant des opérations de drogue antérieures impliquant Crishna Ramgati. Celui-ci était défendu par Me Anil Gayan, Senior Counsel tandis que les Nigérians étaient représentés par Mes Yuvir Bandhu et Jaysingh Chummun respectivement.
Dans son arrêt, le juge Mehdi Manrakhan a évoqué que la déclaration du policier « is of a grave nature ». Il a soutenu que cette allégation est inadmissible et le préjudice est irréparable, d’autant plus que les trois hommes avaient catégoriquement nié les accusations contre eux. En conséquence, le procès impliquant le Mauricien et les deux Nigérians a été suspendu.