Le rêve londonien devenu réalité : parti de Vacoas avec 200 livres, il devient multimillionnaire à Londres
Par
Ajagen Koomalen Rungen
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Ajagen Koomalen Rungen
L'histoire de Ruben Pavaday est celle d'un Mauricien ordinaire qui a accompli un destin extraordinaire. Parti de Vacoas avec seulement 200 livres en poche, il a construit une réussite qui force l'admiration, sans jamais oublier d'où il vient.
Quitter son île natale avec à peine 200 livres sterling en poche — l'équivalent d'environ Rs 10 000 à l'époque — pour s'installer dans un pays où tout reste à construire relève déjà d'un pari audacieux. Le transformer, quarante ans plus tard, en une réussite entrepreneuriale reconnue au Royaume-Uni en est une autre. Né à Vacoas, Ruben Pavaday fait partie de ces Mauriciens de la diaspora qui ont bâti leur parcours à force de travail, de courage et de sacrifices répétés. Pendant quatre décennies, il s'est imposé dans un secteur particulièrement exigeant, celui des maisons de retraite, jusqu'à diriger deux établissements réputés à Londres, employer plus de soixante personnes, devenir consultant spécialisé et se lancer avec succès dans la promotion immobilière. Mais malgré cette ascension remarquable, l'homme n'a jamais rompu le fil qui le relie à Maurice, son premier amour, ni aux valeurs qui ont façonné celui qu'il est devenu.
C'est à Sadally Road, à Vacoas, que débute véritablement l'histoire de Ruben Pavaday. Bien avant de devenir un entrepreneur prospère outre-Manche, il est d'abord un enfant qui grandit dans une famille modeste, où le respect, la solidarité et le sens du travail occupent une place centrale dans l'éducation qu'on lui transmet. Élève à l'école primaire Cartin avant de poursuivre sa scolarité au Trinity College, il évolue dans un environnement où chacun veille sur l'autre, où les liens de voisinage comptent presque autant que les liens du sang.
Son père tient un étal de légumes, partagé entre les marchés de Vacoas et de Curepipe, tandis que sa mère consacre son temps et son énergie au foyer familial. Ensemble, ils élèvent une famille nombreuse, dans laquelle les liens sont particulièrement forts et où la notion de sacrifice collectif n'a rien d'abstrait. « Nous n'étions peut-être pas riches, mais nous étions très unis. Nous vivions simplement et nous prenions toujours soin les uns des autres », confie-t-il.
Les souvenirs de son enfance restent gravés dans sa mémoire, malgré les décennies écoulées. À cette époque, les enfants du quartier passaient leur temps à jouer au football ou à la pétanque dans la rue jusqu’à la tombée de la nuit. Les voisins entraient chez les uns et les autres sans invitation particulière. « Notre quartier représentait parfaitement Maurice. Les différentes religions vivaient en harmonie et nous partagions tous les mêmes valeurs de respect et de solidarité », se souvient-il. Cette richesse culturelle et humaine, acquise dès le plus jeune âge, marquera profondément sa personnalité et influencera, bien plus tard, sa manière de diriger ses entreprises britanniques.
Après ses études secondaires, Ruben rejoint naturellement son père sur les marchés de Vacoas et de Curepipe. Ce choix, dicté autant par nécessité que par habitude familiale, se révèle rétrospectivement décisif. Chaque journée passée derrière l'étal familial devient une véritable école de la vie, un apprentissage informel mais précieux. Il apprend à accueillir les clients, à écouter leurs attentes, à négocier avec honnêteté et à bâtir, jour après jour, des relations de confiance durables.
Sans le savoir alors, ces années passées dans le commerce familial lui donnent déjà les qualités qui feront de lui, bien plus tard, un entrepreneur respecté outre-Manche. « Travailler avec mon père m'a appris à comprendre les gens. Le commerce ne consiste pas seulement à vendre, mais à créer une relation de confiance avec les clients. Cette expérience m'a énormément servi tout au long de ma carrière », résume-t-il.
Pourtant, malgré cet apprentissage précieux et cette stabilité familiale, un rêve habite déjà le jeune Mauricien. Il souhaite découvrir un autre horizon, construire une carrière ailleurs et offrir, à terme, un avenir plus prometteur à sa famille. À cette époque, les opportunités professionnelles restent en effet limitées à Maurice, et l'idée d'un départ s'impose progressivement comme une évidence. « Je rêvais depuis longtemps de partir en Angleterre. Je savais que ce ne serait pas facile, mais je voulais tenter ma chance pour bâtir quelque chose de plus grand », explique-t-il.
Le grand saut vers l'inconnu se fait donc avec seulement 200 livres sterling en poche. Lorsqu'il embarque pour le Royaume-Uni, il y a quarante ans, Ruben Pavaday ne possède pratiquement rien de plus. « Je suis arrivé avec seulement 200 livres. Aujourd'hui, quand je repense à ce moment, je réalise à quel point le chemin parcouru est incroyable. Je n'avais ni fortune, ni garanties. Je n'avais que mes rêves et ma volonté de réussir », indique-t-il.
À peine arrivé à Londres, le choc est brutal. L'hiver britannique lui réserve un accueil glacial, au sens propre comme au figuré. « Il faisait très froid et il neigeait. Pour quelqu'un qui venait de Maurice, c'était une expérience totalement nouvelle », se rappelle-t-il. Mais le climat n'est pas son seul défi. Il doit également apprendre à maîtriser l'anglais, s'adapter à une culture radicalement différente, découvrir une alimentation qu'il ne connaît pas et apprendre à cuisiner. Chaque journée représente alors un nouveau défi dans une ville immense où tout lui paraît étranger, hostile parfois, et où les repères mauriciens n'ont plus cours.
Les premiers mois à Londres sont particulièrement éprouvants. Ruben trouve un emploi dans un magasin de produits de santé, avant de multiplier les petits boulots afin de financer ses études et de couvrir ses dépenses quotidiennes. Les journées commencent à l'aube et se terminent tard dans la nuit ; les loisirs n'existent plus, les week-ends sont entièrement consacrés au travail, et chaque livre sterling est soigneusement économisée. « Mon parcours n'a été fait que de sacrifices, de sacrifices et encore de sacrifices. Rien ne m'a été offert. Tout ce que j'ai obtenu est le résultat d'années de travail acharné », insiste-t-il.
À plusieurs reprises durant cette période, la nostalgie le rattrape violemment. Sa famille, ses amis, les rues de Vacoas et l'ambiance chaleureuse de Maurice lui manquent profondément, au point qu'il envisage sérieusement de rentrer définitivement au pays. « Les premiers temps ont été très difficiles. Oui, j'ai pensé abandonner. Je me demandais parfois si j'avais pris la bonne décision », admet-il.
Heureusement, sa sœur, déjà installée au Royaume-Uni, lui apporte un soutien précieux dans ces moments de doute. Il fait également la connaissance de plusieurs étudiants qui l'aident à s'intégrer progressivement à son nouvel environnement, à décoder les codes sociaux d'un pays qui n'est pas encore le sien. Peu à peu, Londres cesse d'être une ville totalement inconnue pour devenir un lieu où il commence, pierre après pierre, à construire son avenir.
Ces années de difficultés forgeront définitivement son caractère et sa philosophie de vie. Elles lui apprendront que la réussite ne s'obtient jamais sans persévérance, ni sans une bonne dose de résilience face à l'adversité. « Les épreuves m'ont appris qu'il ne faut jamais abandonner au premier obstacle. Chaque difficulté cache une opportunité pour ceux qui acceptent de continuer à avancer », affirme-t-il.
Depuis son plus jeune âge, Ruben Pavaday s'est toujours impliqué dans des actions communautaires. Aider les autres faisait déjà partie de son quotidien, bien avant qu'il ne songe sérieusement à devenir entrepreneur. C'est dans ce contexte particulier qu'une opportunité inattendue se présente : une maison de retraite est mise en vente. Beaucoup, à sa place, auraient hésité devant un tel investissement, tant le secteur est exigeant et réglementé. Lui y voit immédiatement une occasion unique de construire quelque chose de durable, tout en donnant un véritable sens à son travail quotidien. « Quand cette opportunité s'est présentée, je n'ai pas réfléchi longtemps. Je l'ai saisie à deux mains, car je savais que ce secteur me permettrait non seulement de bâtir une entreprise, mais aussi d'améliorer la vie de nombreuses personnes âgées », explique-t-il.
Son choix est motivé autant par le cœur que par la raison. La demande pour les établissements spécialisés est forte au Royaume-Uni, mais Ruben souhaite surtout offrir aux personnes âgées un environnement où elles pourront vivre dans la dignité, le respect et la sécurité, loin de toute logique purement commerciale. « Je voulais que chaque résident se sente comme chez lui. Vieillir est une étape importante de la vie et chacun mérite d'être entouré avec bienveillance et respect », précise-t-il.
Créer une entreprise dans un secteur aussi réglementé n'a toutefois rien d'un long fleuve tranquille. Obtenir les financements nécessaires représente un premier défi de taille pour ce jeune immigré sans réseau ni garanties solides. Il faut ensuite recruter du personnel qualifié, respecter des normes très strictes en matière de soins et de sécurité, et gagner progressivement la confiance des autorités locales. Ruben travaille alors sans relâche, souvent du matin jusqu'à tard dans la nuit, chaque décision étant prise avec une prudence extrême. « Les débuts ont été extrêmement difficiles. Il fallait trouver les fonds nécessaires, recruter une bonne équipe et bâtir une réputation irréprochable. Rien ne s'est fait du jour au lendemain », souligne-t-il.
Les sacrifices consentis pendant des années finissent toutefois par porter leurs fruits. Après cinq années d'efforts constants, son établissement devient une référence dans le secteur des soins aux personnes âgées. Son professionnalisme est reconnu par plusieurs collectivités locales britanniques, et il reçoit diverses distinctions récompensant la qualité exceptionnelle de son travail. « Lorsque les premières récompenses sont arrivées, j'ai compris que tous les sacrifices consentis depuis mon arrivée en Angleterre n'avaient pas été vains », partage-t-il.
Au fil des années, les deux maisons de retraite dirigées par Ruben Pavaday accueillent toujours davantage de résidents.
Plus de soixante employés travaillent aujourd'hui sous sa responsabilité, partageant les mêmes exigences de qualité et de respect envers les personnes âgées qui leur sont confiées. La réputation de ses établissements dépasse rapidement les frontières de Londres pour s'étendre à l'échelle régionale, puis nationale. Les listes d'attente s'allongent, et les familles lui accordent une confiance de plus en plus large, gage d'un travail reconnu sur le terrain.
Sa plus grande fierté reste sans doute la reconnaissance obtenue au niveau national. Son établissement est classé cinquième parmi plus de 1 600 maisons de retraite au Royaume-Uni, une performance exceptionnelle qui récompense des années d'engagement et d'exigence constante. Sa spécialisation dans l'accompagnement des personnes atteintes de démence contribue largement à cette réputation, dans un secteur où ce type d'expertise reste rare et précieux. « Offrir une meilleure qualité de vie aux personnes atteintes de démence est devenu une véritable mission. Derrière chaque résident, il y a une famille qui nous confie ce qu'elle a de plus précieux », explique-t-il, conscient de la responsabilité que représente ce travail.
Fort de cette expérience accumulée sur plusieurs décennies, Ruben devient également consultant auprès d'autres établissements, mettant son expertise au service de professionnels souhaitant améliorer leurs pratiques dans un secteur en constante évolution réglementaire. En parallèle, il développe avec succès des projets dans l'immobilier, diversifiant ainsi ses activités et consolidant une réussite qui ne repose plus sur un seul pilier.
Lorsque Ruben repense au jeune homme arrivé à Londres avec seulement 200 livres sterling, il mesure pleinement l'ampleur du chemin parcouru. Quarante années plus tard, il est devenu un entrepreneur multimillionnaire, mais refuse catégoriquement d'attribuer cette réussite à la seule chance. « Beaucoup voient le résultat, mais très peu connaissent les sacrifices. Ma réussite est le fruit de décennies de travail, de discipline, de persévérance et de foi. Rien ne m'a été donné. Tout a été construit pas à pas », insiste-t-il. Malgré son succès financier indéniable, il affirme rester fidèle aux valeurs qui lui ont été transmises à Maurice, privilégiant l'humilité, le respect et le travail bien fait, convaincu que la richesse n'a de sens que lorsqu'elle permet également d'améliorer la vie des autres.
En dehors du monde des affaires, une autre passion anime Ruben depuis toujours : le football. Supporter inconditionnel de Liverpool, il possède aujourd'hui deux abonnements VIP au mythique stade d'Anfield. Mais, fidèle à sa générosité naturelle, il ne garde pas ce privilège pour lui seul. Au fil des années, il a permis à plusieurs Mauriciens de réaliser l'un de leurs plus grands rêves : assister à un match de Liverpool dans son stade légendaire. « Voir la joie dans leurs yeux vaut toutes les victoires. Partager ces moments est un immense bonheur pour moi », confie-t-il.
Sa réussite ne se mesure d'ailleurs pas uniquement à ses entreprises ou à son patrimoine personnel. Depuis de nombreuses années, il consacre une partie de son temps et de ses ressources à des œuvres caritatives, aussi bien au Royaume-Uni qu'à Maurice. Il soutient diverses initiatives sociales, convaincu que chacun a le devoir d'aider son prochain lorsqu'il en a les moyens. « Lorsque la vie vous offre beaucoup, il est naturel de redonner à ceux qui traversent des moments plus difficiles », affirme-t-il, dans un esprit de solidarité hérité de son enfance à Vacoas.
Car même après quarante années passées au Royaume-Uni, Maurice demeure profondément ancrée dans son cœur. Plusieurs fois par an, il revient retrouver sa famille et ses amis, renouant à chaque séjour avec les plaisirs simples qui lui ont tant manqué : les goyaves de Chine, le poisson salé, la chaleur humaine et les plages de son île natale. « Je suis fier d'être Mauricien. Je vois les progrès réalisés par mon pays et je garderai toujours un lien très fort avec Maurice », déclare-t-il.
Selon lui, les valeurs acquises durant son enfance ont largement contribué à son parcours exceptionnel. « Le travail, la résilience, le respect des autres, l'honnêteté et la capacité à s'adapter sont les plus belles richesses que Maurice m'a offertes. Grandir dans une société multiculturelle m'a appris à comprendre les autres et à travailler avec des personnes de tous horizons », soutient-il.
Lorsqu'on lui demande quel conseil il adresserait aux Mauriciens de la diaspora, ou à ceux qui rêvent aujourd'hui d'une carrière à l'étranger, Ruben ne parle ni d'argent ni de réussite matérielle. Il évoque avant tout la persévérance, valeur cardinale de son parcours. « Ne baissez jamais les bras lorsque les difficultés apparaissent. Les épreuves font partie du chemin. Travaillez dur, restez honnêtes, gardez confiance en Dieu et continuez d'avancer. Les sacrifices d'aujourd'hui deviennent souvent les plus belles réussites de demain », conclut-il.