Le nouveau Master Plan contre la toxicomanie attendu au tournant
Par
Jean-Marie St Cyr
Par
Jean-Marie St Cyr
Alors que Maurice s’apprête à adopter un nouveau National Drug Control Master Plan, les acteurs associatifs et les responsables d’organismes s’accordent sur une priorité absolue : que le document ne reste pas lettre morte.
Un plan directeur, c’est avant tout « un roadmap qui donne au pays une direction », indique Imran Dhannoo, responsable du centre Dr Idrice Goomany. Selon lui, cet outil est central dans la mise en place des programmes et des activités de lutte contre les drogues – tant du côté de la demande que de l’offre – pour une période déterminée. Il précise qu’en amont de l’élaboration du document, un travail de consultation avec les parties concernées a été mené.
Mais pour Imran Dhannoo, l’enjeu véritable réside dans ce qui vient après la rédaction. « Il me semble que des fois on a des plans qu’on ne met pas en pratique. ‘Fodre pa ki nou kouma bann tirer plan’ », dit-il. Le pays étant déjà en retard dans sa lutte contre la drogue, il plaide pour que les mesures du nouveau plan soient mises en œuvre « illico presto ». « Il faut agir et vite maintenant qu’on a un plan. » Pour lui, c’est précisément la mise en pratique qui servira d’indicateur pour mesurer les progrès du pays.
Un suivi rigoureux est aussi nécessaire. « Un comité doit superviser l’application des programmes et des activités. » La question des ressources conditionne cependant l’ensemble du dispositif. « Sans budget pas de plan. Il faut que ce budget soit approuvé par chaque partie. » Il craint que le conflit au Moyen-Orient ne réduise les financements disponibles pour mener à bien ces projets.
Sur le fond, Imran Dhannoo a plusieurs attentes. Il souhaite que le plan anticipe l’évolution dynamique des drogues de synthèse, renforce les capacités des organismes et des ONG, professionnalise les acteurs, prévoie de nouveaux traitements pour les toxicomanes et soutienne les policiers et les douaniers. Il plaide également pour une collaboration interîles, estimant que la surveillance du territoire maritime de 2,4 millions de km2 l’exige. Il ajoute qu’un plan directeur doit être apolitique et assurer une continuité, en s’appuyant sur les enseignements du plan précédent et sur « des hommes et des femmes engagés ».
Ce souci de l’application est partagé par Jamie Cartick, directrice du collectif urgence toxida. Elle rappelle que le rapport d’évaluation du plan 2019-2023, réalisé par Marie Claire Van Hout, montre que certaines mesures ont été mises en place et d’autres non, en raison de diverses contraintes. Dans son domaine, le National Drug Control Master Plan et le National Action Plan VIH sont systématiquement « referred to when activities or strategies are discussed ». Mais le fait que ces mesures soient inscrites dans les plans offre aux associations un levier de plaidoyer pour contrer ces résistances. « Les plans sont super importants pour les associations parce que la NSIF se réfère tout le temps à ces plans nationaux pour accepter ou refuser des financements », avance-t-elle.
Jamie Cartick est prudemment optimiste par rapport au nouveau plan. Les associations ont pu contribuer à son élaboration lors de sessions de travail. Sous le leadership du Dr Kunal Naik et de Nadia Peerun, respectivement CEO et présidente du conseil d’administration de la National Agency for Drug Control, « les ONG ont espoir que le plan sera respecté autant que possible ». Elle reste néanmoins lucide. « On est conscient qu’il y a de gros problèmes de ressources humaines dans le secteur de la santé et en termes d’établissements, donc on sait qu’il y aura quand même des difficultés. »
Du côté de l’ONG DRIP (développement, rassemblement, information et prévention), Danny Philippe, chargé de prévention et de plaidoyer, dresse un bilan nuancé du plan précédent. L’association a cherché à mettre en pratique les différentes mesures et à travailler en coordination avec d’autres organisations. « Le plan n’a pas dormi au fond d’un tiroir, même si toutes les mesures n’ont pu être mises en place à 100 % », dit-il. Il déplore l’abandon du programme Youth Empowerment Against Drug, mis en œuvre par le National Drug Secretariat. « Le programme qui visait à réunir la communauté a commencé à fonctionner, mais il n’y a pas eu de suite. »
Danny Philippe espère que les propositions des ONG seront intégrées dans le nouveau plan. DRIP a notamment plaidé pour des mesures de prévention à destination de la petite enfance, en raison du rajeunissement de la consommation de produits psychoactifs. La drogue peut désormais toucher des élèves du primaire, soit des enfants de moins de 12 ans. L’ONG mène déjà des campagnes en ce sens et espère que le nouveau plan permettra de les déployer à l’échelle nationale.
Des travailleurs sociaux font observer que certaines avancées sont bloquées par des résistances internes. Malgré les bonnes intentions affichées dans les différents plans et la pertinence des initiatives qu’ils contiennent. Le véritable test du nouveau Master Plan aura lieu sur le terrain et dans sa mise en œuvre. Les blocages à la mise en pratique viennent souvent « de certains fonctionnaires ».