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Le deal sur les Chagos mis en pause : une délégation britannique attendue le 22 avril, annonce Gavin Glover

Par Patrick Hilbert
Publié le: 12 avril 2026 à 10:00
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La base militaire de Diego Garcia se trouve au centre de la problématique.

Malgré la pause législative à Londres, Maurice maintient sa stratégie. Entre blocage anglo-américain et pressions onusiennes, Port-Louis explore des pistes juridiques pour valider l’accord.

Face à l’annonce par le Royaume-Uni de la mise en pause du dossier Chagos, les autorités mauriciennes refusent toute idée d’abandon et explorent néanmoins des pistes juridiques et diplomatiques pour faire avancer le dossier. L’Attorney General Gavin Glover indique qu’une délégation britannique est attendue à Maurice dans les prochains jours afin d’examiner la suite des discussions et d’éventuelles voies de relance.

Pour Gavin Glover, « l’information selon laquelle l’accord a été mis en suspens ne nous surprend pas ». Selon lui, cette décision s’inscrit dans un contexte international tendu. « La détérioration des relations entre Keir Starmer et Donald Trump est la source du problème, car la Grande-Bretagne a besoin que les États-Unis soient d’accord avec le traité », explique-t-il.

Il souligne que la position américaine a été fluctuante ces derniers mois. « Le président des États-Unis a soufflé le chaud et le froid depuis une année maintenant », déclare-t-il, rappelant que le soutien exprimé en février 2025 – « We will go along with it » - avait permis de finaliser l’accord en mai de la même année. Depuis, plusieurs épisodes d’incertitude, notamment au début de 2026, ont fragilisé le processus.

Dans ce contexte, Maurice reconnaît une dépendance structurelle vis-à-vis des relations anglo-américaines. « Je l’ai dit, nous sommes tributaires des relations anglo-américaines », insiste Gavin Glover. Il nuance toutefois la portée de la décision britannique : « Le fait que cette loi ne fera pas partie du King’s Speech en mai n’occulte pas la possibilité que le projet de loi soit à nouveau présenté au Parlement britannique. »

Le ministre des Affaires étrangères Ritish Ramful confirme le caractère temporaire de ce blocage dans une déclaration en marge de l’Indian Ocean Conference, à Balaclava. « Il y a eu une pause au niveau de la House of Lords par rapport à la loi sur les Chagos », indique-t-il. Il rappelle que le processus de décolonisation reste encadré par des attentes internationales : « Les Nations unies ont indiqué que, dans un délai de six mois, la Grande-Bretagne doit achever le processus de décolonisation des Chagos. » L’Assemblée générale des Nations unies avait adopté, le 22 mai 2019, une résolution en ce sens, dit le ministre.

Ritish Ramful insiste sur le fait que les négociations entre Maurice et le Royaume-Uni ont déjà abouti à un accord formel. « Les Britanniques ont décidé de négocier avec nous et ces négociations ont duré des mois. Ils ont signé un accord », précise-t-il. Selon lui, Londres demeure engagée à faire adopter une loi de ratification, même si le calendrier est désormais incertain : « Jusqu’à présent, le gouvernement britannique est d’accord pour présenter une loi pour ratifier au Parlement. On va voir ce qui va se passer. »

Dans l’attente, Maurice explore d’autres leviers. « Cela n’empêche pas que nous examinions aussi des pistes juridiques et diplomatiques pour que ce processus de décolonisation des Chagos prenne fin et que les Chagossiens puissent se rendre dans l’archipel », affirme le ministre, réitérant la volonté du gouvernement de conclure ce dossier « au plus vite ».

Selon des informations rapportées par la BBC samedi matin, la décision de Londres de mettre l’accord en pause s’explique notamment par l’absence de validation formelle des États-Unis, condition essentielle à l’entrée en vigueur du traité. Le gouvernement britannique n’a pas abandonné le projet, mais indique ne plus disposer du temps nécessaire pour faire adopter la législation avant la prorogation du Parlement dans les prochaines semaines.

Le texte ne devrait pas figurer dans le discours du roi Charles III prévu à la mi-mai, ce qui repousse de facto toute avancée législative. Par ailleurs, l’absence d’un échange formel de lettres entre Washington et Londres – exigence juridique clé – bloque à ce stade la mise en œuvre de l’accord.

Ce dernier, signé en mai 2025, prévoit la rétrocession de la souveraineté de l’archipel à Maurice, tout en permettant au Royaume-Uni de louer la base militaire de Diego Garcia, exploitée conjointement avec les États-Unis. Cet aspect stratégique explique en grande partie la nécessité d’un alignement entre les deux alliés.

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