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Le cri du cœur d’un couple âgé : «Nous avons contribué au développement du pays. Ne nous laissez pas tomber»

Depuis que son mari Tribohun est alité, Hemantee ne dort presque plus.

Tribohun, 78 ans, et Hemantee, 70 ans, habitent à Floréal. Le couple a célébré son 49e anniversaire de mariage le 4 août. Le mari est immobilisé sur son lit, depuis trois ans, après avoir fait un infarctus. Son épouse cherche une aide sociale et aussi un fauteuil roulant.

Lorsque nous entrons dans le domicile du couple, la première chose qui nous frappe, c’est la propreté des lieux. Le couple a deux enfants, une fille de 49 ans et un fils de 47 ans. La fille est mariée et vit à Port-Louis. Le fils est aussi marié et vit à l’étranger.

« Ce n’est pas notre maison, mais celle de notre fille. Elle nous a dit que nous pouvions vivre ici jusqu’à la fin de notre vie. Avant, il n’y avait pas de revêtement céramique au sol, mais elle s’est arrangée pour le faire poser et ainsi rendre la maison plus luxueuse, plus propre », explique Hemantee.

Bien qu’elle ait 70 ans, elle se réveille tous les jours à 4 heures. Il y a trois ans, son mari, qui était employé par une compagnie de sécurité, revenait du travail, quand il a eu un malaise. Son cas s’est aggravé quand quelque temps après, il est tombé du lit. Depuis il est incapable de marcher et reste alité. Hemantee se lève donc tôt pour commencer à s’occuper de lui et ensuite pour se consacrer aux travaux ménagers.

« Pour tout vous dire, depuis que mon mari ne marche plus, je ne dors pratiquement plus, raconte-t-elle. Comme il crie continuellement, même quand je m’assoupis, je me réveille en sursaut. Il demande à changer sa couche. Comme la couche n’est pas de bonne qualité, il trempe le drap. Des fois, il se barbotte avec les excréments. Je dois tout changer. Ce n’est pas facile de le soulever. Des fois, je suis exaspérée par son comportement et je lui donne une gifle. Mais après l’avoir fait, je suis prise de remords et je me réfugie dans un coin de la maison pour pleurer. »

Hemantee n’a personne pour faire ses courses. « Je dois faire mes emplettes moi-même. Mais à chaque fois que je quitte la maison, c’est une véritable torture mentale pour moi. Comme je dois laisser mon mari seul, j’ai toujours peur qu’il ne lui arrive quelque chose, que quelqu’un pénètre dans la maison et lui fasse du mal. Cette pensée me tourmente », déclare-t-elle. 

Hemantee raconte comment un jour, alors qu’elle n’était pas là, son mari s’est hissé jusqu’aux toilettes qui se trouvent à côté de son lit. Malheureusement, il est tombé et a passé presque deux heures sur le sol. « Quand je suis rentrée, je me suis précipitée pour aller l’aider. Imaginez l'effort qu’une femme de 70 ans a dû faire en la circonstance », dit-elle.

Couple
Vu son âge, il n’est pas évident pour elle de soulever son époux.

Aide

La fille de Tribohun et d’Hemantee vient les voir tous les samedis. En plus d’aider sa mère pour les travaux ménagers, elle lui donne aussi un bain à son père. « Son aide est inestimable. Sinon, c’est moi qui dois soulever mon mari pour le nettoyer, le changer et remplacer ses couches. » Elle ajoute que sa fille souffre d’asthme depuis sa naissance.

À part sa fille, Hemantee ne reçoit d’aide de personne. Elle a des parents qui habitent à Plaine-Magnien. « Une de mes sœurs est paralysée, mon frère est malade », relate-t-elle. Elle révèle que son mari avait sept frères. Cinq sont décédés. L’autre frère survivant a 75 ans. Fait intéressant : Hemantee et sa sœur ont épousé deux frères. L’autre frère s'est séparé de sa femme. Celle-ci avait un enfant et Hemantee lui a aussi confié son fils.

« Il avait un an et mon mari et moi avions pris cette décision parce que nous n’avions pas toujours suffisamment d'argent pour faire vivre quatre personnes », dit-elle. Toutefois, dès qu’elle avait quelques sous, elle les donnait à sa sœur pour prendre soin de son fils.

Tribohun occupait autrefois un travail qui était connu comme « Quatre jours à Paris ». « Un jour, il a reçu une proposition pour s’occuper d’une plantation de thé. Le terrain lui a été loué à bail. Nous avons commencé à nous occuper de ce champ. Nous devions marcher pendant une heure pour nous y rendre et refaire la même chose pour le retour. C’était une époque difficile. Nous gagnions très peu », raconte-t-elle.

Elle avance que son mari et elle se sont occupés de la plantation pendant 45 ans, avant que le thé ne soit remplacé par la canne. « Par la suite, mon mari est tombé malade. Usé par l’âge et la maladie, il n’avait plus la force de travailler au champ. Comme je ne pouvais pas m’y rendre seule, j’ai arrêté moi aussi. J’avais des douleurs aux reins. Nous avons alors élevé quelques chèvres pour gagner notre vie », raconte-t-elle.

Hemantee et son mari sont pensionnaires. Elle indique que l’argent perçu de la pension combinée ne suffit pas pour couvrir toutes les dépenses. « Quand vous avez quelqu’un qui ne peut pas marcher et qui fait tout sur son lit, vous devez utiliser des couches. Mais les couches coûtent Rs 450 le paquet et mon mari en a besoin de trois par jour. Vous imaginez ce que nous cela nous coûte en argent », avance-t-elle.

Et il n’y a pas que cela comme dépense. « Comme il devient de plus en plus difficile pour moi de soulever mon mari pour le changer et lui donner son bain, j’aimerai bien payer une personne pour s’occuper de lui. Ces jours-ci, cela coûte plus de Rs 5 000. J’aurai apprécié si le gouvernement pouvait accorder à mon époux une aide sociale, afin qu’on puisse payer pour avoir une aide, quitte à ajouter la différence », déclare-t-elle.

Hemantee précise que son mari a touché une aide sociale pendant une année avant qu’elle ne soit supprimée, parce que selon le tribunal médical, il n’est pas handicapé à 60 %. « Le gouvernement parle d’élever le niveau de vie des personnes âgées et handicapées. Je lui demande donc de ne pas nous oublier. Nous sommes des citoyens qui avons contribué au développement du pays durant notre jeunesse. Nous sommes maintenant âgés. Ne nous laissez pas tomber dans nos vieux jours. Mon mari est handicapé et alité. Accordez-lui une aide sociale pour le soulager, lui comme moi », implore-t-elle. Elle lance aussi un appel pour obtenir un fauteuil roulant.

« J’aime mon mari. Je suis très chagrine de le voir dans cet état. Nous nous sommes éreintés durant notre jeunesse et j’aurais tant aimé faire de petites balades avec lui et profiter d’un repos bien mérité. Malheureusement, la vie en a décidé autrement. Que je reçoive de l’aide ou pas, je serais aux côtés de mon mari jusqu’à mon dernier souffle », déclare-t-elle.