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Le couple aux deux maillots

Par Ajagen Koomalen Rungen 
Publié le: 12 July 2026 à 19:00
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Richard Duval reste fidèle au Brésil, tandis que Vishwani Cahoolessur ne jure que par l’Argentine.

À la maison, le football se joue en camps adverses. Lui soutient le Brésil et Liverpool. Elle ne jure que par l’Argentine et Manchester United. Mais à chaque Coupe du monde, leur passion commune l’emporte sur toutes les rivalités.

Chez Richard Duval et Vishwani Cahoolessur, la Coupe du monde ne se vit jamais en chœur. Lui soutient le Brésil, elle l’Argentine – la plus grande rivalité du football mondial. Lui vibre pour Liverpool, elle pour Manchester United – l’un des derbies les plus âpres d’Angleterre. Sur les deux tableaux qui comptent le plus en football, le couple a choisi des camps opposés. Et pourtant, tous les quatre ans, c’est la même ferveur qui les traverse tous les deux.

Chacun est arrivé à cette passion par un chemin différent. Lui l’a découverte sur les terrains de son école primaire puis du collège Saint-Joseph, en buteur redouté. « À cette époque, j’étais parmi les meilleurs joueurs de mon école et de mon collège », raconte-t-il avec une pointe de nostalgie. Elle l’a apprise en famille, aux côtés de son frère et de ses oncles, qui lui ont transmis le goût de ce qu’elle appelle « the beautiful game ». 

Lui aurait pu en faire son métier – « Si j’avais continué dans cette voie, je pense que j’aurais pu devenir footballeur professionnel et faire carrière dans ce sport » –, avant de choisir finalement l’athlétisme. Elle, c’est une idole précise qui a scellé son attachement à vie : Diego Maradona, et avec lui l’Argentine.

Leurs équipes nationales racontent deux histoires d’amour tout aussi intenses, mais dans des registres différents. Chez lui, c’est la nostalgie d’un âge d’or : « J’ai toujours un pincement au cœur lorsque le Brésil est éliminé. Cette équipe me rappelle les grands noms qui ont marqué l’histoire du football, comme Ronaldo, Ronaldinho et tant d’autres. » 

Chez elle, c’est une lignée entière de joueurs qui continue de la faire vibrer, de Maradona à Batistuta en passant par l’Italien Baggio et l’Allemand Matthäus. « Pendant la Coupe du monde, j’essaie de ne rien manquer. Je me réveille même au milieu de la nuit pour suivre les matchs. Après tout, il faut attendre quatre ans avant de revivre une telle ambiance », confie-t-elle.

En club, les deux rivalités s’accompagnent chacune d’un rituel. Lui ne regarde jamais Liverpool en direct : « Je préfère ne pas regarder le match en direct. J’appelle un ami proche pour connaître le résultat et ce n’est que le lendemain que je regarde la rencontre en rediffusion. » Elle, à l’inverse, refuse de rater une minute de Manchester United, quitte à sacrifier ses nuits de sommeil. Deux façons opposées de vivre la même tension : l’évitement d’un côté, l’immersion totale de l’autre.
Sur cette Coupe du monde en particulier, c’est Vishwani qui porte le regard le plus mélancolique : « Beaucoup de grands joueurs comme Messi, Ronaldo, Neymar et Modric ne joueront plus lors des prochaines Coupes du monde. Je vois cela comme un privilège de les voir évoluer une dernière fois avant de tirer leur révérence. » Une conscience du temps qui passe que partage aussi Richard Duval, lui qui n’a jamais cessé de jouer au ballon même loin de Maurice jusqu’en Australie, où il a vécu.

Mais entre ces deux passions rivales, il y a un terrain d’entente total : l’enfance et ses rituels partagés. Comme beaucoup d’enfants de leur génération, Richard Duval et Vishwani Cahoolessur se souviennent avec la même émotion des albums de stickers Panini – les vignettes collectionnées, les doubles échangés avec les camarades, la course pour compléter l’album avant le coup d’envoi. Vishwani garde en plus un souvenir bien à elle, celui de la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud, où elle vivait alors avec sa famille : « L’ambiance était incroyable. C’est un souvenir gravé dans ma mémoire », raconte-t-elle, elle qui avait décoré sa voiture aux couleurs de l’Argentine pour l’occasion.

Cette passion, disputée à la maison, déborde aujourd’hui sur le terrain politique – et là, pour une fois, le couple marche dans le même sens. Richard Duval revient sur le lancement de la Sir Gaëtan Duval Challenge Cup, pensée pour redonner un nouvel élan au football mauricien : « Nous avons vu beaucoup de participants et un véritable enthousiasme. Cela prouve que le football a encore un bel avenir chez nous. » Vishwani partage cette conviction et plaide pour que le football retrouve une place importante dans les écoles, afin d’encourager les nouvelles générations.

Dans quatre ans, le rituel reprendra, inchangé. Les mêmes camps adverses, la même ferveur et, quelque part sur la pelouse, sans doute un dernier tour de piste pour ceux dont ils savent déjà qu’ils ne les reverront plus.

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