Le conseil d’administration ouvre la voie à des suites judiciaires après le rapport Kroll
Par
Patrick Hilbert
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Patrick Hilbert
Le conseil d’administration d’Air Mauritius passe à l’action après les conclusions d’une enquête indépendante. La compagnie envisage plusieurs recours afin de défendre ses intérêts et donner suite aux constats du rapport Kroll.
Le conseil d’administration d’Air Mauritius s’est réuni à deux reprises, les jeudi 25 juin et lundi 29 juin 2026, afin d’examiner le rapport remis par Kroll à l’issue de son enquête. Cette mission portait sur trois décisions majeures prises ou engagées au cours des dernières années.
La première concernait les circonstances entourant la vente ou la cession de cinq appareils durant la période de l’administration volontaire en 2020 et 2021, par Sattar Hajee Abdoula (FCA), et Arvindsingh K. Gokhool, qui avaient été nommés administrateurs par le gouvernement d’alors. Les avions concernés étaient deux Airbus A340-300, deux Airbus A319-100 et un Airbus A330-200 qui avaient été vendus à des prix dérisoires (environ Rs 500 millions au total) pour renflouer les caisses de la compagnie.
Le deuxième volet de l’enquête portait sur la location de deux Airbus A330-200 en 2022, à l’origine de nombreuses pannes, annulations et retards de vols. Le troisième concernait la commande d’un Airbus A350-900 supplémentaire en 2023.
Dans son communiqué, Air Mauritius ne divulgue aucun détail sur les conclusions du rapport ni sur les éventuelles responsabilités identifiées. La compagnie précise toutefois que son conseil d’administration a examiné les questions soulevées « avec le plus grand sérieux ». À l’issue de ces délibérations, le conseil a décidé de prendre « toutes les mesures nécessaires et appropriées » afin de protéger les intérêts de la compagnie.
Selon le communiqué, ces démarches pourraient inclure le renvoi de certains éléments aux autorités compétentes, notamment à la Financial Crimes Commission et à la police lorsque cela sera jugé applicable. Le conseil envisage également d’engager toute action civile susceptible de défendre les intérêts d’Air Mauritius ainsi que des procédures disciplinaires, conformément aux exigences de la loi.
Les décisions examinées par Kroll s’inscrivent dans une période particulièrement difficile de l’histoire récente d’Air Mauritius. En avril 2020, la compagnie nationale avait été placée sous administration volontaire dans un contexte marqué par l’arrêt brutal du transport aérien mondial provoqué par la pandémie de Covid-19 et par d’importantes difficultés financières.
Durant cette période, plusieurs mesures de restructuration avaient été mises en œuvre afin de réduire les coûts et d’assurer la survie de la compagnie. Parmi elles figuraient la cession de plusieurs avions de la flotte ainsi qu’une réorganisation des opérations et du financement de la compagnie.
Après la sortie de l’administration volontaire, Air Mauritius avait poursuivi le renouvellement et l’adaptation de sa flotte. C’est dans ce contexte qu’étaient intervenues la location de deux Airbus A330-200 en 2022 et la commande d’un Airbus A350-900 supplémentaire en 2023, deux décisions désormais examinées dans le cadre de l’enquête indépendante.
Le board ne précise ni le contenu des constatations de Kroll, ni les personnes ou entités susceptibles d’être concernées par d’éventuelles procédures. Aucun calendrier n’a non plus été communiqué concernant les démarches envisagées.
Le conseil d’administration indique toutefois que les mesures qui seront prises dépendront des conclusions du rapport et des exigences légales applicables. Les éventuelles saisines de la Financial Crimes Commission, de la police ou des juridictions civiles interviendront, le cas échéant, dans le cadre des procédures prévues par la loi.