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Le chanteur carnatique Sharvan Boyjoonauth se met au service du qawali

Sharvan Boyjoonauth Sharvan Boyjoonauth a mené une carrière internationale qui l’a conduit à La Réunion, Singapour, l’Afrique du Sud, la Malaisie, l’Inde et Dubaï.

La chanson carnatique mène à tout et celui qui l’incarne à Maurice compte exploiter ce registre dans toutes ses déclinaisons. En effet, le chanteur carnatique Sharvan Boyjoonauth, qui s’est aussi investi dans la musique fusion, prépare l’organisation d’une soirée ghazal-qawali dans le cadre de la fête Eid.

La nouvelle année a commencé sur les chapeaux de roue pour Sharvan Boyjoonauth, avec un concert dans le cadre du Holi et comme invité d’honneur pour la fête nationale au collège d’État de Rivière-des-Anguilles, une consécration régionale pour l’artiste qui se bat pour l’inscription des cours de musique dans le milieu scolaire.

Cette bonne lancée se poursuivra avec l’organisation d’un concert de ghazal-qawali, dont il a déjà commencé la négociation avec Ashish Bissoondoyal, directeur du Caudan Arts Centre où il souhaite donner ce concert. « Ce projet n’est pas nouveau. L’année dernière, il était prévu que j’organise un tel concert  à Ébène, à l’occasion de la fête Eid et à l’invitation de l’imam Arshad Joomun, mais cela n’a pu se faire. Cette fois-ci, les choses sont en bonne voie et le Caudan est approprié pour ce concert, avec son acoustique, sa capacité d’accueil et le parking, il ne reste plus qu’à examiner les modalités, dont la billetterie », indique le chanteur.

Grosse organisation

Ce qu’il qualifie de « grosse organisation » mobilise déjà ses ressources, dont la convocation des musiciens, environ une dizaine, qui seront sur le plateau.  Si certains de ses fidèles collaborateurs et amis comme Sivaramen Marday, Jean-Noël Ladouche ou Robin Pem sont sûrs d’être de la partie, il lui reste à finaliser  les négociations avec des musiciens indiens, dont un tabliste de Jharkand et trois autres du sud de la péninsule, parmi lesquels un joueur de sarangi. « Ces musiciens sont importants en raison de leur professionnalisme, d’une part, et d’autre part, il ne leur faudra pas trop de répétitions avant le concert », précise-t-il.

Quant aux musiciens mauriciens qui l’accompagneront, ils sont déjà en possession de CD de chanteurs de ghazal-qawalis dont il puisera dans le répertoire durant le concert.  À ce propos, Sharvan cite pêle-mêle Nusrat Fateh Ali, les Sabri Brothers, les Nooran Sisters. Lui-même a eu l’occasion de s’essayer au ghazal et qawalis durant un séjour  musical  à Dubayy. Il reste donc à trouver une cohésion entre les musiciens, issus d’univers différents, qu’il a conviés pour ce spectacle, mais il est plutôt confiant. « Tous ces musiciens sont de très haut niveau et très appliqués, ils savent ce qu’on attend d’eux dans une salle telle que celle du Caudan », fait-il ressortir.

Carrière internationale

Rentré à Maurice en 2016, après cinq années d’études très laborieuses à Chennai et titulaire du titre très convoité de vidwan, le jeune homme n’a pas tardé à s’imposer dans l’univers très select de la musique carnatique. Aux concerts locaux, il a mené de pair une carrière internationale qui l’a conduit à La Réunion, Singapour, l’Afrique du Sud, la Malaisie, l’Inde et Dubaï.  « Il est très important de mettre ses connaissances à l’épreuve d’un public varié et connaisseur. À l’étranger, on n’a pas droit à l’erreur mais cela ne veut pas dire que je baisse le niveau à Maurice. La seule différence à Maurice, c’est que nous avons des influences très variées. Puis, sur le plan technique, la sonorisation n’est pas la même partout mais il faut s’adapter. Notre héritage pluriculturel est un véritable atout, mais il faut un engagement professionnel et suivi, de même  qu’une véritable volonté des artistes issus de tous les registres pour faire ressortir cette diversité culturelle », dit-il.

Sur scène, pour ce tour de chant ghazal-qawali, ce sera une fusion de chants et de musiciens qui sera donnée à voir. « Je ne promets pas un feu d’artifice mais  ceux qui connaissent le qawal savent de quoi il retourne. C’est un hymne à la joie, au bonheur, proche de l’extase », fait-il valoir. Le spectacle qu’il a en tête, ajoute-t-il, doit refléter l’état d’esprit de celles et ceux qui souhaitent voir l’épanouissement d’une véritable culture mauricienne, riche et inclusive. « J’ai toujours plaidé pour que les arts, dans toutes leurs formes, trouvent leur place dans nos écoles et collèges. Cet épanouissement-là doit commencer dans les écoles, et non après les heures de classe mais durant les cours », renchérit-il.