Mise à jour January 7, 2026, 12:00 pm

Law and Order - Me Yatin Varma : «Le sentiment d’insécurité est désormais bien ancré»

Par Jean-Marie St Cyr
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Sydney Pierre, Yatin Varma et Roshan Kokil étaient les invités de Murvind Beetun lors de l’émission Au Cœur de l’Info.
Sydney Pierre, Yatin Varma et Roshan Kokil étaient les invités de Murvind Beetun lors de l’émission Au Cœur de l’Info.

Faits divers violents, avertissements de voyage émis par plusieurs pays et sentiment d’insécurité croissant : la question du Law and Order à Maurice suscite de vives inquiétudes. Dans l’émission Au Cœur de l’Info, Murvind Beetun et ses invités ont analysé la situation et esquissé des pistes de solutions.

La situation du Law and Order à Maurice suscite de plus en plus d’interrogations et d’inquiétudes. Plusieurs faits récents ont ravivé le débat sur la sécurité, le rôle des autorités et la perception du pays à l’international. C’est dans ce contexte que l’émission Au Cœur de l’Info a consacré un débat approfondi à cette question, réunissant Sydney Pierre, Junior Minister au Tourisme, Me Yatin Varma, ancien Attorney General, et Roshan Kokil, ancien Assistant Superintendent of Police. 

D’emblée, un constat s’est imposé : le Law and Order traverse une phase préoccupante. Sydney Pierre a toutefois appelé à la nuance. « Il y a une différence entre l’absence totale de law and order et une dégradation du law and order », a-t-il expliqué. Selon lui, plusieurs facteurs contribuent à ce climat, notamment la montée de la drogue, la fréquence de certains crimes et des cas de corruption.

Le Junior Minister au Tourisme a évoqué la dimension perceptive de l’insécurité, alimentée par les commentaires relayés dans la presse et par certaines statistiques. Il a cité des indicateurs faisant état de « 74 points pour Maurice en ce qui concerne la sécurité le jour, alors que le soir, ce chiffre tombe à 38 points pour ce qui est de marcher seul ». 

Me Yatin Varma a, pour sa part, adopté un ton plus « alarmiste ». « Il y a une dégradation du law and order et il faut reconnaître que c’est un gros problème », a-t-il affirmé. Selon l’ancien Attorney General, « le sentiment d’insécurité est désormais bien ancré ».

Roshan Kokil a abondé dans le même sens. Il s’est interrogé sur l’émergence d’une culture où « on prend la loi entre ses propres mains ».

Causes et failles identifiées

La question de la drogue est revenue de manière récurrente dans les échanges. Sydney Pierre a reconnu que « le pays devient plus dangereux en raison du nombre de personnes qui sombrent dans la drogue », qualifiant ce fléau de priorité pour le gouvernement. Me Yatin Varma s’est montré plus critique, estimant que « tous les gouvernements disent qu’ils vont combattre la drogue », mais que cela doit se traduire par « des actions concrètes ». Il s’est interrogé sur le rôle des services de renseignement. « Est-ce que les services d’intelligence ne savent pas où la drogue est vendue et quelle est la source du problème ? » a-t-il demandé.

Impact sur l’image du pays

Au-delà des chiffres et des analyses, les intervenants ont insisté sur l’impact concret de cette situation sur la population et sur l’image de Maurice. Me Yatin Varma a souligné que lorsque « les grands pays émettent des avertissements qu’il faut faire attention à Maurice, cela porte préjudice au pays ». Il a estimé qu’il est impératif de reconnaître l’existence du problème afin de pouvoir « trouver des solutions ».

Sydney Pierre a rappelé que « une attaque contre un touriste, c’est une attaque sur le pays », car elle affecte directement l’industrie touristique et, par extension, l’économie nationale. 

Roshan Kokil a mis en garde contre le déni. « Si on est dans le déni, on ne va pas faire des efforts pour trouver des solutions », a-t-il averti, soulignant l’importance d’un diagnostic lucide pour restaurer la confiance de la population.

Actions à court terme 

Sur les mesures immédiates, Sydney Pierre a insisté sur la nécessité d’un meilleur « enforcement » des lois. « Toutes les lois doivent être respectées et tous les policiers doivent pouvoir infliger des sanctions contre ceux qui commettent des infractions », a-t-il déclaré. Il a également souligné que « ce n’est pas au Premier ministre ou aux experts de dicter leur travail » aux policiers, mais que la police doit agir avec fermeté.

Dans les zones touristiques, le Junior Minister au Tourisme a reconnu qu’« il y a un problème ». Il a indiqué que le ministère du Tourisme a tenu des réunions avec la police pour renforcer la présence policière à Grand-Baie et Flic-en-Flac.
Me Yatin Varma a, pour sa part, plaidé en faveur d’un renforcement des effectifs et des moyens de la police, tout en pointant un « problème de leadership » au sein de la force policière. « Il faut accepter qu’il y ait plus de policiers et leur donner plus de moyens pour exercer leur métier », a-t-il déclaré.

Roshan Kokil a appelé à « mettre fin aux infractions » par des actions visibles sur le terrain. Il a estimé que les contraventions existent, mais que « les sanctions doivent être appliquées » pour dissuader les comportements à risque.

Pistes à moyen et long terme

À moyen et long terme, plusieurs pistes ont été évoquées. Me Yatin Varma a proposé une meilleure informatisation des systèmes afin de suivre plus efficacement les personnes en situation irrégulière à Maurice, en référence à des affaires criminelles impliquant des étrangers en situation illégale.

Roshan Kokil a suggéré la création d’un observatoire permanent des crimes, avec des rapports trimestriels, afin de disposer de données actualisées et réduire l’écart entre les statistiques officielles et le vécu de la population. Il a également estimé que le système Safe City est sous-utilisé plutôt qu’inefficace.

La question de la réhabilitation des détenus a aussi été abordée. Le Commissaire des prisons, Dev Jokhoo, a évoqué les programmes existants, estimant qu’il n’y avait pas de dysfonctionnement majeur. Toutefois, Me Yatin Varma a plaidé pour un suivi personnalisé des anciens détenus, tandis que Sydney Pierre a souligné l’importance de programmes de réinsertion, quelle que soit la durée de la peine.
 

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