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À l’approche du Budget : la piste d’une hausse de la TVA refait surface

Par Christina Vilbrin
Publié le: 6 June 2026 à 16:00
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Alors que l’État cherche de nouvelles sources de revenus pour réduire son déficit budgétaire et faire face à une dette de 89,5 % du PIB, le relèvement de la TVA revient dans le débat. Une mesure potentiellement lucrative pour les caisses publiques, mais explosive pour le pouvoir d’achat, les entreprises et une économie déjà en ralentissement. Entre nécessité budgétaire et risque économique, la discussion est lancée.

Un relèvement de la TVA évoqué ces derniers jours   

Il nous revient que le gouvernement étudie la possibilité de revoir à la hausse le taux de la TVA. D’après plusieurs sources, l’option d’un relèvement du taux actuel de 15 % à 18 % sur certains produits de luxe serait notamment à l’étude. « Les produits de grande consommation ne seraient pas concernés. L’idée serait d’introduire deux taux de TVA, avec un régime distinct pour les produits essentiels et les produits considérés comme de luxe », confie une source. Il convient également de rappeler qu’un certain nombre de produits sont déjà exonérés de TVA ou bénéficient déjà d’un régime fiscal préférentiel.

Des recettes supplémentaires de Rs 8,3 milliards à Rs 15 milliards

Une hausse de la TVA se traduirait automatiquement par une augmentation des recettes de l’État. Sur la base des Rs 52,2 milliards de recettes de TVA récoltées entre juillet 2025 et avril 2026, une augmentation du taux de TVA à 17 % pourrait générer environ Rs 8,3 milliards de recettes additionnelles, indique Roomesh Ramchurn, Partner chez Forvis Mazars. Selon ses calculs, un relèvement à 17,5 % pourrait rapporter près de Rs 10,4 milliards supplémentaires, tandis qu’un taux de 18 % pourrait porter le gain additionnel à environ Rs 12,5 milliards, souligne-t-il. « Ces estimations demeurent toutefois approximatives, car elles ne tiennent pas pleinement compte d’un éventuel ralentissement de la consommation provoqué par la hausse des prix », ajoute Roomesh Ramchurn. Le Dr Chandan Jankee aboutit à une estimation encore plus élevée. « Une hausse de la TVA pourrait générer jusqu’à Rs 15 milliards de recettes supplémentaires », avance-t-il.

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Ce qu’une éventuelle hausse de la TVA impliquerait pour…
…les finances publiques

« Une hausse de la TVA permettrait au gouvernement de réduire le déficit budgétaire, de contenir la dette publique et d’éviter qu’elle ne continue à se creuser. Elle pourrait également compenser certains manques à gagner, notamment les quelque Rs 10 milliards liés au dossier des Chagos », explique le Dr Chandan Jankee. Selon lui, la marge de manœuvre de l’État est aujourd’hui très limitée. « La situation a été aggravée par la guerre au Moyen-Orient, l’augmentation des coûts du fret et les nombreux arriérés que le gouvernement doit encore honorer. En parallèle, certaines dépenses ne peuvent être réduites, notamment les dépenses sociales, les coûts administratifs et l’entretien des infrastructures. L’État a également pour mission de créer un environnement propice au développement économique et de fournir les infrastructures nécessaires », souligne-t-il. Manisha Dookhony partage le même avis : « Une hausse de la TVA entraînerait mécaniquement une augmentation des recettes publiques. Jusqu’en avril, la TVA a déjà généré plus de Rs 50 milliards. Une augmentation du taux permettrait donc d’accroître davantage les revenus de l’État ». Selon elle, ces recettes additionnelles pourraient contribuer à réduire le déficit budgétaire et à rembourser une partie de la dette publique qui s’élève à Rs 675,4 milliards, soit 89,5 % du PIB à fin mars 2026.

…les consommateurs

Pour Manisha Dookhony, la TVA demeure un impôt particulièrement impopulaire, car elle se traduit directement par une hausse des prix. « Qui dit prix plus élevés dit aussi réduction du pouvoir d’achat, surtout dans un contexte où l’inflation reste persistante », souligne-t-elle. La situation est d’autant plus délicate que la majorité des biens importés arrivent à Maurice dans un contexte de dépréciation de la roupie face au dollar. « Ainsi, même lorsque les prix demeurent stables à l’international, leur coût augmente localement en raison du taux de change, avec un dollar oscillant entre Rs 48 et Rs 50.

Une hausse de la TVA viendrait donc accentuer cette pression, entraînant une augmentation du coût de la vie et une érosion supplémentaire du pouvoir d’achat », fait ressortir Manisha Dookhony. « Aujourd’hui déjà, de nombreuses familles éprouvent des difficultés à joindre les deux bouts. La TVA étant un impôt qui ne fait pas de distinction entre les niveaux de revenus, elle est souvent considérée comme régressive », rappelle Manisha Dookhony. Le Dr Chandan Jankee nuance toutefois l’impact potentiel de la mesure. « Tout dépendra des catégories de produits concernées. Une révision ciblée pourrait permettre de limiter les effets négatifs sur les consommateurs tout en générant des recettes supplémentaires », explique-t-il.

…les entreprises

Les entreprises évoluent déjà dans un environnement marqué par de multiples contraintes, souligne Manisha Dookhony. Si les ménages réduisent leurs dépenses en raison de la hausse des prix, les répercussions sur l’activité économique pourraient être immédiates.

Elle rappelle également que les entreprises doivent composer avec de nouvelles charges fiscales, notamment la Fair Share Contribution ou encore l’Alternative Minimum Tax. Certaines PME, jusque-là exemptées de TVA, sont désormais concernées depuis le dernier Budget. « Ces entreprises devront continuer de s’acquitter de leurs obligations fiscales tout en faisant face à une possible baisse de leurs ventes », indique-t-elle.

Les prestataires de services seront également touchés. « L’obligation de facturer une TVA plus élevée se traduira par une augmentation des coûts pour les clients. Or, ces activités dépendent fortement de la capacité de consommation des ménages. Elles pourraient ainsi subir une double pression : une diminution de leurs revenus et une hausse de leur charge fiscale », explique Manisha Dookhony.

…l’économie

Si une hausse de la TVA permettra de renforcer les recettes publiques, elle comporte aussi des risques pour l’activité économique, prévient Manisha Dookhony. Dans un contexte où la croissance peine déjà à atteindre les 3 %, un relèvement du taux pourra freiner davantage la consommation. Les ménages pourraient réduire leurs achats et certains services pourraient enregistrer une baisse de la demande. « L’idéal est de réduire les dépenses publiques », estime-t-elle. Selon elle, certains projets pourraient être reportés de quelques années afin de laisser le temps à la situation économique de s’améliorer, tout en limitant la pression sur les finances publiques.

…l’économie

Si une hausse de la TVA permettra de renforcer les recettes publiques, elle comporte aussi des risques pour l’activité économique, prévient Manisha Dookhony. Dans un contexte où la croissance peine déjà à atteindre les 3 %, un relèvement du taux pourra freiner davantage la consommation. Les ménages pourraient réduire leurs achats et certains services pourraient enregistrer une baisse de la demande. « L’idéal est de réduire les dépenses publiques », estime-t-elle. Selon elle, certains projets pourraient être reportés de quelques années afin de laisser le temps à la situation économique de s’améliorer, tout en limitant la pression sur les finances publiques.


Les recommandations de…
…Manisha Dookhony : 

« D’autres taxes peuvent être envisagées. Certaines mesures ont déjà été mises en place, comme la taxe touristique de trois euros, qui devrait à mon avis être revue à la hausse. La TVA sur les services numériques étrangers pourrait aussi rapporter davantage à l’État. Mais ce qui est encore plus important, ce sont les mesures non fiscales. Il faut repenser les dépenses et les investissements publics. En priorité, il faudrait éliminer les dépenses non essentielles : les véhicules, les galas coûteux, des conférences de plusieurs millions de roupies. Au lieu d’investir dans des projets très coûteux et qui peuvent attendre, il serait aussi préférable d’investir dans la transition énergétique, ce qui contribuerait à réduire la facture énergétique du pays. Il faudrait aussi mettre des terrains à disposition pour assurer la sécurité alimentaire du pays, accélérer la digitalisation de certains services et renforcer la formation du personnel de l’État afin qu’il soit mieux préparé à identifier les métiers d’avenir et à soutenir l’économie. Au niveau des mesures fiscales, si les taxes augmentent, il faudrait mettre en place un mécanisme de protection pour les produits et services essentiels. Il faudrait également examiner la possibilité d’exclure certains services de la TVA. Une hausse de la TVA est sans doute la solution la plus simple, mais elle risque de susciter une forte réaction négative. D’autres solutions existent. Il faut les examiner et les mettre en œuvre, tout en gardant à l’esprit que le gouvernement devra rembourser une part importante de sa dette l’année prochaine. Il y a donc un réel besoin de ressources financières pour honorer ces engagements. Cela peut se faire en réorientant ou en réduisant les dépenses et les investissements publics, notamment ceux qui ne sont pas essentiels. »

…Roomesh Ramchurn :

« Je recommanderais au gouvernement de privilégier des mesures fiscales ciblées plutôt qu’une hausse généralisée de la TVA. Il pourrait notamment envisager une taxation accrue sur les produits de luxe, certaines externalités négatives - comme les émissions de carbone ou les produits plastiques - ainsi que l’introduction ou la révision de certains frais administratifs, par exemple en matière de visas ou de permis. De telles mesures permettraient de renforcer les recettes publiques tout en préservant, dans la mesure du possible, la compétitivité des entreprises et le pouvoir d’achat des ménages. L’objectif devrait être de répartir l’effort fiscal de manière plus équilibrée, en évitant de pénaliser excessivement la consommation de base. »

…Chandan Jankee :

« Certaines mesures mises en place par le gouvernement ont déjà permis de générer des revenus. Par exemple, les frais annuels sur les plaques d’immatriculation personnalisées. Cette mesure, qui touche principalement les personnes les plus aisées, doit être maintenue. Il faudrait aussi imposer des taxes environnementales. Comme dans plusieurs pays européens, il faudrait taxer certains types de déchets. Une telle mesure encouragerait les ménages à produire moins de déchets et à adopter davantage de pratiques comme le compostage. Ce serait bénéfique pour l’environnement. On pourrait aussi envisager de taxer davantage les activités polluantes. L’impôt sur le revenu devrait devenir plus progressif.

Nous traversons une période difficile qui nécessite davantage de solidarité et un meilleur ciblage des mesures. Les efforts devraient davantage concerner les plus riches. Il faudrait aussi cibler certains secteurs qui ont bénéficié d’importantes concessions de l’État. Les secteurs touristique et bancaire pourraient également contribuer davantage. L’argument selon lequel ces mesures décourageraient les investissements convainc difficilement, car ceux-ci sont déjà en baisse. Des taxes foncières pourraient aussi être envisagées dans les régions rurales avec un système de barème. L’objectif ne devrait pas être de pénaliser les revenus faibles ou moyens, mais plutôt de cibler les hauts revenus. Il serait également possible d’envisager une contribution plus importante de la part des étrangers. »


Pourquoi une augmentation de la TVA serait mal perçue ?

Dans le contexte budgétaire actuel, le gouvernement dispose essentiellement de deux leviers : soit augmenter les recettes, soit réduire les dépenses publiques. « Or, compte tenu de la conjoncture internationale et de la hausse généralisée des coûts, une réduction significative des dépenses paraît difficile à envisager. Au contraire, certaines charges publiques risquent encore d’augmenter », explique Roomesh Ramchurn. 

S’agissant des recettes, plusieurs mesures ont déjà été introduites, notamment l’augmentation de certains prélèvements sur les revenus élevés ainsi que la contribution dite Fair Share Contribution, applicable à certaines personnes physiques et sociétés domestiques. « Dans ces conditions, une hausse de la TVA apparaît comme l’une des options les plus probables pour accroître rapidement les recettes de l’État. Toutefois, une telle mesure entraînerait inévitablement une augmentation des prix. Il serait donc essentiel de préserver les produits de base de toute hausse de TVA, d’autant plus qu’une partie importante de ces biens bénéficie déjà d’une exonération. Il convient également de rappeler que le seuil d’enregistrement à la TVA a déjà été abaissé de Rs 6 millions à Rs 3 millions depuis l’année dernière, ce qui a déjà élargi l’assiette fiscale », souligne Roomesh Ramchurn. 

D’où son avis qu’une hausse généralisée de la TVA ne constituerait pas la mesure la plus appropriée dans le contexte économique actuel, marqué par une hausse déjà sensible du coût de la vie. « La TVA est, par nature, un impôt indirect à caractère régressif : elle pèse proportionnellement davantage sur les ménages à revenu modeste, puisque tous les consommateurs supportent la taxe sur leurs achats, indépendamment de leur niveau de revenu. Une augmentation de la TVA aurait donc pour effet d’alourdir davantage le prix des biens et services et de fragiliser le pouvoir d’achat des ménages », avance-t-il.

Manisha Dookhony partage le même avis. « Nous traversons actuellement une phase de ralentissement économique et les prévisions de croissance ont d’ailleurs été revues à la baisse. Dans ce contexte, une augmentation de la TVA risquerait de freiner davantage l’activité économique, en pesant sur la consommation des ménages, qui pourrait alors se contracter », explique-t-elle.

De son côté, le Dr Chandan Jankee estime que cette mesure peut être analysée sous l’angle de l’austérité budgétaire, dans la mesure où une baisse de la consommation pourrait contribuer à contenir les pressions inflationnistes. « Toutefois, l’économie montre déjà des signes de ralentissement. De plus, le Budget 2025-2026 a été perçu par une partie de la population et des acteurs économiques comme mal calibré, créant un climat d’incertitude qui a pesé sur la confiance et l’activité économique. Dans ces conditions, une hausse de la TVA pourrait freiner davantage le développement et l’investissement, tout en réduisant les marges de manœuvre des PME », souligne-t-il.

Selon l’économiste, les retombées pourraient être défavorables et conduire à une forme de léthargie économique. « Les conséquences se feraient sentir sur l’ensemble des indicateurs économiques, y compris la croissance, si cette orientation est maintenue », prévient-il.

Le Dr Chandan Jankee ajoute qu’une augmentation de la TVA aurait également un impact négatif sur le pouvoir d’achat des Mauriciens et pourrait alimenter les pressions inflationnistes. 

Pour Roomesh Ramchurn, au lieu d’alourdir la TVA et de pénaliser l’ensemble des consommateurs, le gouvernement gagnerait à renforcer la taxation indirecte sur les produits de luxe et les biens non essentiels, à l’instar de l’alcool, des cigarettes ou des véhicules de grosse cylindrée. « Un taux plus élevé appliqué à ces catégories permettrait de générer des recettes additionnelles de manière plus ciblée, tout en limitant l’impact sur les biens de première nécessité et sur les ménages les plus vulnérables », conclut notre interlocuteur.

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