« L'amour c'est pas taper, papa » : la lettre d'une fille à son père jugé pour féminicide
Par
Defimedia.info
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La lettre d'une adolescente à son père pour lui demander qu'il s'excuse d'avoir tué sa mère, a été lue jeudi par la présidente de la cour d'assises du Rhône où l'homme comparaît depuis mercredi.
La jeune fille avait 10 ans quand, avec ses deux soeurs plus jeunes, elle a vu Mourad B. mortellement poignarder son ex-conjointe, Nathalie D., 33 ans, devant sa maison à Grézieu-la-Varenne, à l'ouest de Lyon, en mai 2022.
L'adolescente se trouvait avec ses soeurs et une amie dans la voiture de leur mère devant la maison, quand elle a vu son père avec un couteau. Elle a alors dit aux trois autres filles de se baisser et a verrouillé les portières, jusqu'à ce que les voisins viennent les chercher.
Aujourd'hui âgée de 13 ans, l'adolescente est venue témoigner devant la cour. Elle avait écrit peu avant le procès une lettre à son père emprisonné, pour lui dire de venir comparaître pour s’excuser auprès de la famille et des proches de sa mère.
"J'aurais aimé qu'elle ne te rencontre jamais, qu'elle vive une vie heureuse", lui écrit-elle à propos de sa mère dans cette lettre, dont la lecture par la présidente de la cour, Marie Thevenet, a provoqué une vive émotion dans la salle d'audience.
"L'amour c'est pas taper, papa, encore moins tuer", poursuit l'adolescente dans sa missive.
L'autopsie avait relevé 54 plaies sur le visage et le corps de la victime, certaines ayant pu être causées par un marteau, d'autres par un objet tranchant d'au moins 15 cm, notamment une profonde plaie latérale le long de la gorge.
"Du sang sur le visage"
"Elle avait du sang sur le visage, sur le corps. Il la tenait par le col et lui donnait des coups de couteau", a ensuite décrit l'adolescente devant les jurés, mimant la scène et confiant revoir celle-ci "tout le temps" dans sa tête.
Elle a exprimé devant la cour son conflit intérieur par rapport à son père : "J'ai voulu qu'il prenne une longue peine, et puis il a l'air triste et il est tout seul, mais je ne sais pas si c'est une stratégie", a-t-elle déclaré.
Vêtue d'un sweat beige, un bras en écharpe, la jeune fille souriante aux longs cheveux bruns lisses est restée calme à la barre, regardant son père en face.
Dans le box, Mourad B., 50 ans, était prostré, le regard dans le vague, ne levant les yeux que lors des auditions de la jeune fille et d'un autre de ses enfants, âgé de 17 ans.
Interrogé par la présidente, l'accusé a demandé "pardon" à la famille de la victime et à ses enfants.
Comme depuis l'instruction, il a reconnu le meurtre de son ex-conjointe mais a nié en avoir jamais eu l'intention. Il a déclaré notamment s'être caché chez elle, encagoulé, ganté et un marteau et un couteau dans les mains, mais uniquement pour récupérer des affaires.
Il a maintenu n'avoir que des "flash" de la scène du meurtre, durant laquelle il dit n'avoir ni vu ni entendu ses trois petites filles et leur amie dans la voiture. Il a en outre assuré ne pas avoir eu connaissance de la mort de sa victime avant d'en avoir été informé par un ami.
La mort de Nathalie D. est intervenue alors qu'elle avait en sa possession un téléphone "grave danger", qu'elle n'a pas utilisé au moment de son agression. Elle avait porté plainte à de multiples reprises contre son ex-conjoint, qui était placé sous contrôle judiciaire depuis mars 2022 et avait interdiction d'entrer en relation avec elle.
Le verdict est attendu vendredi.
AFP