La protection des enfants : un enjeu crucial pour les enseignants
Par
Annick Daniella Rivet
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Annick Daniella Rivet
La protection des enfants en milieu scolaire est importante pour les enseignants. La Government Secondary School Teachers' Union et l’Union of Private Secondary Education Employees soutiennent qu’il y va de l’intégrité de la profession enseignante. Pour eux, un enseignant est avant tout protecteur.
Yugeshwur Kisto, le président de la Government Secondary School Teachers' Union (GSSTU), prend position sur des enjeux cruciaux liés à la protection de l’enfance et à l’intégrité de la profession enseignante. Le syndicat condamne avec fermeté tout acte de nature pédophile, qu’il soit commis par un enseignant ou par toute autre personne. La protection des enfants est une valeur non négociable et qui prime.
Le syndicat rappelle toutefois que, dans un État de droit, tout individu est présumé innocent jusqu’à preuve du contraire. Ainsi, aucune culpabilité ne peut être présumée avant qu’une enquête indépendante et impartiale ne soit menée à son terme.
Le syndicat se déclare favorable à tout mécanisme sérieux et rigoureux visant à garantir l’intégrité de ceux de la profession enseignante. « Nous soutenons le principe de vérifications de moralité approfondies avant le recrutement, à condition que ces mesures soient encadrées légalement, appliquées de manière transparente et non discriminatoire, et qu’elles respectent les droits fondamentaux des candidats. Concernant les évaluations psychologiques, nous sommes ouverts à une réflexion approfondie sur leur mise en œuvre, à condition qu’elles soient validées scientifiquement, administrées par des professionnels agréés, et non utilisées comme outil arbitraire de sélection. Nous appelons à un dialogue tripartite entre le syndicat, le ministère et des experts indépendants pour définir un cadre juste et efficace. »
D’autre part, la GSSTU est favorable à l’instauration d’une formation obligatoire et continue sur la protection de l’enfance. « Les enseignants, en première ligne, doivent disposer d’outils pour identifier les comportements à risque, qu’ils émanent de collègues, de membres de la famille ou de l’environnement social de l’élève. »
Le syndicat insiste sur le fait que cette formation doit être intégrée dans le temps de travail des enseignants, dispensée par des professionnels qualifiés, régulièrement mise à jour, et accompagnée de protocoles clairs sur la marche à suivre en cas de signalement. Il souligne que la formation seule ne suffit pas : elle doit s’inscrire dans un système cohérent et fonctionnel de protection.
Arvind Bhojun, président de l’Union of Private Secondary Education Employees (UPSEE), fait ressortir : « qu’en tant que personnel du secteur éducatif, nous sommes responsables et redevables de notre comportement, de nos paroles et de nos actes envers les apprenants ainsi que les parents. Il s’agit d’une immense responsabilité et nous n’avons aucun droit à l’erreur. L’intérêt des apprenants demeure notre priorité absolue et, en tant que syndicalistes, nous partageons pleinement cette philosophie. »
Pour Arvind Bhojun, l’UPSEE défend les droits de ses membres et continuera à le faire. « Mais nous ne sommes pas insensibles à la sécurité et au bien-être des enfants. Dans le cas où les enfants seraient réellement en danger, avec preuves à l’appui, et que les autorités légales l’ont confirmé, le syndicat respectera sans réserve les recommandations. »
Arvind Bhojun ajoute que, de manière générale, l’UPSEE encourage une approche professionnelle et ne tolère en aucun cas des comportements inappropriés ou illégaux, même de la part de ses membres.
« Toutefois, tant qu’une accusation n’est pas prouvée et fondée, il est nécessaire d’accorder au présumé coupable la possibilité de présenter ses arguments pour sa défense. Au niveau du syndicat, lorsque nous sommes sollicités pour ce type de dossiers, nous conseillons aux membres de se faire représenter par un avocat, car nous ne sommes pas suffisamment compétents pour les guider ou les soutenir juridiquement. »
« Nous avons déjà été confrontés à ce genre de situations et, malheureusement, nous avons constaté que dans certains cas, les directions d’école ont tenté de procéder à des dissimulations, tandis que les instances de régulation se sont montrées négligentes dans leur approche et leurs procédures, même lorsqu’elles ont été mises au courant. »
Le président souligne que l’UPSEE n’a aucune objection à un contrôle strict avant le recrutement du personnel dans le secteur éducatif. De plus, il estime que les écoles devraient disposer en permanence de psychologues, afin d’entretenir un dialogue régulier avec les apprenants et de prendre en considération leurs difficultés.
« Le personnel éducatif doit être convoqué à intervalles réguliers pour perfectionner ses compétences, être sensibilisé aux lois pertinentes et apprendre à gérer les enfants dans des circonstances particulières. Malheureusement, nous n’en sommes pas encore là. Les jeunes enseignants sont souvent livrés à eux-mêmes pour affronter les situations et, parfois, certains d’entre eux ne parviennent pas à les gérer convenablement. »
La directrice du Mauritius Institute of Education, Mila Devi Sewruttun-Dosieah, rappelle que la mission de l’institut n’est pas d’accompagner directement l’enfant. Mais il prépare les enseignants à devenir des acteurs clés de sa protection et de son épanouissement.
« Il faut comprendre que le MIE n’accompagne pas l’enfant directement. Il y a d’autres instances mandatées pour le faire. Notre rôle en tant qu’institut pédagogique consiste à former l’enseignant pour mieux encadrer l’enfant dans sa globalité. »
En tant qu’institut national responsable de la formation des enseignants du préscolaire, du Special Education Needs, du primaire et du secondaire, le MIE prône la protection des enfants. Son action repose sur trois axes fondamentaux. Premièrement, la formation préventive et éthique. « Nous renforçons la préparation des enseignants afin qu’ils comprennent pleinement leur rôle de mentor, de modèle et de figure de confiance. Un enseignant n’est pas uniquement un transmetteur de savoir, il est aussi un acteur clé dans la construction d’un environnement scolaire sûr, respectueux et bienveillant. »
Ensuite, la détection et l’intervention précoce. « Nous intégrons dans nos programmes de formation des modules permettant aux futurs enseignants d’identifier les signes de maltraitance, de négligence ou d’abus, qu’ils soient physiques, émotionnels ou psychologiques, et de comprendre comment agir avec discernement, professionnalisme et sensibilité. »
Responsabilité légale
« Nous insistons sur la responsabilité légale des enseignants conformément à la Children Act et sur l’obligation de rapporter tout cas de maltraitance à l’administration de l’école. Cette dimension n’est pas optionnelle. C’est un devoir légal et moral. »
Au MIE, au-delà de la formation initiale, ils travaillent également au renforcement du développement professionnel continu, afin que les enseignants en exercice puissent actualiser leurs compétences en matière de protection de l’enfance.
« La protection des enfants commence par des adultes formés, conscients de leurs responsabilités et capables d’agir avec courage et intégrité. Le MIE considère cette mission comme une priorité nationale et non comme une simple composante du curriculum. »