Mise à jour: 8 janvier 2026 à 11:11

La productivité pour sortir de «l’assistanat généralisé»

Par Javed Sobah
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Jane Lutchmaya a accueilli sur le plateau d’« Au Coeur de l’Info » le ministre Reza Uteem.
Jane Lutchmaya a accueilli sur le plateau d’« Au Coeur de l’Info » le ministre Reza Uteem.

Le ministre du Travail, Reza Uteem, annonce une rupture avec la décennie précédente, privilégiant la valeur ajoutée et la réforme du droit du travail.

L’année 2026 se présente comme un tournant économique et social assumé, mais semé d’arbitrages douloureux. C’est le constat dressé lors de l’émission « Au Cœur de l’Info » sur Radio Plus, mercredi, où le ministre du Travail et des relations industrielles, Reza Uteem, a défendu la vision gouvernementale face aux syndicats et à la société civile. Intervenant à distance, Reeaz Chuttoo, président de la Confédération des travailleurs des secteurs public et privé (CTSP), Suttyhudeo Tengur, de l’Association pour la protection de l’environnement et des consommateurs (APEC), et Michael Atchia, de Democracy Watch Mauritius, ont posé des questions essentielles au ministre, sous la médiation de la journaliste Jane Lutchmaya.

Le message du gouvernement est clair : les finances publiques doivent être assainies. « Après une décennie de mesures jugées coûteuses et peu ciblées, l’exécutif revendique une rupture. 2026 sera avant tout l’année de l’économie.

Nous ne pouvons plus continuer avec une logique d’assistanat généralisé », affirme Reza Uteem, citant le modus operandi de « l’ancien régime qui a surendetté le pays pour plaire à la population ». Selon lui, cette transition devra passer par la productivité, la valeur ajoutée et la réduction de la dépendance aux importations.

Pour les syndicats, le monde du travail est le maillon faible du modèle actuel. Reeaz Chuttoo dresse un constat sévère : « ‘Justice delayed is justice denied.’ La lenteur des procédures et l’ineffectivité des lois minent la confiance des travailleurs. » Il dénonce une stigmatisation persistante du travailleur mauricien, le dernier rapport du Pay Research Bureau, une pression à la baisse sur les salaires et un recours excessif à une main-d’œuvre étrangère vulnérable, sans réelle protection syndicale.

Le ministre reconnaît les dysfonctionnements et promet une réforme en profondeur du droit du travail : clarification de la semaine de 40 heures, encadrement du télétravail, congés parentaux, redéfinition du seuil et du statut du travailleur et création de comités disciplinaires indépendants. Les Assises du travail passeront bientôt « du dialogue à l’action », assure-t-il.

Réformer un modèle « à faible valeur ajoutée »

Avec l’exode des jeunes, le refus pour certains secteurs et près de 10 % du marché du travail composé de travailleurs étrangers, le système montre ses limites. Pour Reza Uteem, il est urgent de réformer. « La main-d’œuvre étrangère est devenue le symptôme d’un modèle économique à faible valeur ajoutée », estime-t-il. 

Traitement des dossiers en masse avec l’Economic Development Board, digitalisation des permis, inspections renforcées avec le Bureau de l’emploi, lutte contre l’exploitation et tolérance zéro face à la traite humaine figurent parmi les mesures annoncées. En parallèle, avec le National Agency for the Treatment of Drug Control, la tolérance zéro face à la drogue, la criminalité et la réinsertion sociale et professionnelle sont également au programme.

Le ministre a profité de l’émission pour passer un message aux employeurs : « Ils doivent aussi penser à moderniser leurs secteurs d’activité. Le travailleur mauricien souhaite être employé à des postes à valeur ajoutée. »

Le débat sur les aides sociales

Autre débat central : l’efficacité des aides sociales. Suttyhudeo Tengur plaide pour un changement de cap. « Les aides universelles coûtent cher et profitent parfois à ceux qui n’en ont pas besoin. Le ciblage est devenu indispensable », a-t-il avancé. Le ministre a défendu toutefois l’universalité comme rempart contre la stigmatisation sociale, tout en évoquant des solutions hybrides, comme des « vouchers alimentaires ». Tous s’accordent néanmoins sur une priorité stratégique : sécurité alimentaire et substitution aux importations.

Enfin, Michael Atchia, présentant la vision 2050 de Democracy Watch Mauritius, a mis en garde contre une politique dictée par l’urgence. « Sans vision à long terme sur l’énergie, l’eau, l’alimentation et la formation, les réformes de 2026 resteront fragiles », a-t-il prévenu. Le ministre a acquiescé : « Sans sécurité énergétique, sans infrastructures solides et sans travailleurs formés et respectés, aucun développement durable n’est possible. » Cette affirmation a été suivie de la promesse que « le gouvernement garantit une production d’énergie à moindre coût ».

L’année 2026 s’annonce comme celle des choix cruciaux. Fin de l’assistanat, relance de la productivité, réforme du droit du travail : le pays doit réinventer son économie.
 

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