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La passion en héritage

Ils partagent la même passion. Certains en ont même fait leur métier. Père et fils ou filles nous content leur amour pour leur domaine de prédilection. 

Shamsheed et Jaffar Sobha : en un clic

La passion de la photographie s’est transmise de père en fils chez les Sobha.
La passion de la photographie s’est transmise de père en fils chez les Sobha.

À l’âge de 5 ans, Shamsheed reçoit sa première caméra, un cadeau de son père Jaffar. « C’était une Kodak compacte », confie Shamsheed. « J’ai capturé mes premiers moments lors d’un camp de scouts. » Il s’en souvient comme-ci c’était hier. 

Jaffar faisait à l’époque de la photographie à temps partiel et ses deux fils l’accompagnaient lors des mariages. « Nous étions toujours au-devant de la scène. Parfois, mon père réglait la caméra et nous demandait de cliquer. » Shamsheed a 9 ans lorsqu’il fera des photos pour un anniversaire.

« Mon père m’avait donné cette responsabilité, car il était occupé. Avec un Canon T50, je ne pouvais faire que douze photos sur une pellicule. » Chaque sortie était l’occasion pour le père de transmettre ses connaissances. Adolescent, Shamsheed se voit offrir des responsabilités au collège pour les photos officielles et il a reçu sa première caméra professionnelle à l’âge de 15 ans.

« Lorsque mon père donnait des cours, je rejoignais sa classe après les heures d’école et en l’attendant j’absorbais toutes les informations. » Jaffar encourageait ses fils à lire des magazines spécialisés. Pourtant Shamsheed fera des études en comptabilité et en psychiatrie. « Les cours en photographie coûtaient trop cher en Angleterre. » 

C’est à travers Jaffar que Shamsheed a appris à enseigner. « Car c’est une vocation. J’ai d’ailleurs eu la chance d’animer la session de numérique dans ses cours. » Aujourd’hui, Shamsheed s’est lancé dans l’audiovisuel et souhaite continuer à enseigner la photographie comme son père. « Ma plus grande satisfaction c’est d’avoir réussi à produire des photographes comme mon père et qu’ils vivent de ce métier, même ceux qui étaient au bas de l’échelle. »   

Rasheed, Alizah et Aadilah Khaidoo : pour l’amour de l’art

Rasheed, Alizah et Aadilah Khaidoo
Khaidoo, Alizah et Aadilah vouent un même amour pour l’art.

Comme dit le dicton créole « Dilo swiv kanal ». Père et filles partagent la même passion pour la peinture. Rasheed Khaidoo, enseignant d’art à la retraite a su partager sa passion pour l’enseignement et pour l’art à ses deux filles Alizah, 27 ans, et Aadilah, 29 ans. Ces dernières ont marché dans les pas de leur père.

Il confie qu’à son époque, lorsqu’il voulut être enseignant d’art, la demande était restreinte. Il a suivi des cours au Mahatma Gandhi Institute, puis en 82 au Mauritius Insititute of Education. « J’ai beaucoup pratiqué l’aquarelle, mais c’est ma rencontre avec Marcel Lagesse qui me poussa à me perfectionner dans ce qui deviendra ma technique de prédilection : la peinture à l’huile. »

Ses élèves sont aujourd’hui eux-mêmes des enseignantes de dessin. « Je me souviens qu’après les leçons de dessins, mes filles venaient dans l’atelier pour dessiner. Lors des sorties avec mes élèves pour des “outdoor” sketching, mes filles me suivaient pendant les vacances. J’ai toujours aimé partager mon amour pour l’art avec elles et je les ai toujours encouragés à cultiver cet amour. »

C’est avec fierté qu’il les voit aujourd’hui marcher dans ses pas. Aadilah se spécialise en pastel et Alizah dans l’aquarelle et l’acrylique. Aadilah a suivi des cours en fashion & design et après avoir travaillé dans le secteur du textile, elle a choisi l’enseignement. « On se réfugiait souvent dans l’atelier de notre père pour peindre. Au fil des années, j’ai développé un amour pour le pastel. » Pour Aadilah, l’art les unit. « Notre exposition commune nous a rapprochés. On créait ensemble, se donnait des conseils et on partageait nos idées. » 

Pour sa part Alizah est également enseignante en Art & Design. « J’ai toujours porté un grand intérêt pour l’art. Grâce à mon père et à sa patience, j’ai appris les dessous du métier d’enseignant. J’ai commencé à faire de l’aquarelle et je n’ai plus jamais voulu m’arrêter. » Elle confiera d’ailleurs que leurs conversations tournent souvent autour de l’art. « On parle de nos classes, des techniques et de nos expériences. »

Convaincu par ses filles, il finit par monter une exposition de groupe. Leur première et non la dernière. « Si tout se passe bien je vais ouvrir une petite galerie à Pereybère. »

Toto, Roxane et Fiora Lebrasse : au nom de la musique

Toto Lebrasse et ses filles Fiora (photo) et Roxane partagent la même passion pour la musique.
Toto Lebrasse et ses filles Fiora (photo) et Roxane partagent la même passion pour la musique.

Toto Lebrasse, le fils du chanteur Serge Lebrasse, a transmis sa passion à ses filles Roxane et Fiora. « Dès l’âge de 7 ans, je savais déjà jouer à la guitare basse. Nous n’avions pas d’ampli donc on jouait contre la feuille de tôle ».

Son frère Sego est établi en Australie et il fait de la musique à temps partiel dans les événements. Pour sa part, Toto collabore avec plusieurs hôtels à travers l’île. Ses filles ont aussi emboîté le pas de leur père et de leur grand-père.

« Je suis malheureuse quand ma vie n’est pas en phase avec ma passion et avec la musique », confie Roxane Lebrasse.

« C’est pour moi une seconde nature. Ma vie tourne autour de la musique et de l’art et je ne me sens pas à ma place quand je ne les ai pas. Avoir d’autres musiciens dans la famille, c’est avoir d’autres personnes qui comprennent le style de vie et l’espace libre dans lequel vous évoluez en tant que musicien. Cela nous donne l’occasion de nous inspirer, de nous soutenir et de nous renforcer mutuellement. »

Comme son père Toto et sa sœur Roxane, la musique est non seulement une passion, mais le gagne-pain de Fiora. Elle a suivi son père qui avait besoin d’une chanteuse dans son groupe.

« Je n’ai jamais étudié la musique. J’ai fait du graphic design, mais depuis mon plus jeune âge je sentais que la musique coulait dans mes veines. C’est une passion qui se transmet. Déjà toute petite j’aimais aller à l’hôtel pour voir les spectacles et écouter les chanteurs. Ma mère me dit souvent que je me chantais mes propres berceuses pour m’endormir. Faire carrière dans la musique a été une évidence pour moi. La musique reste ma première passion. J’ai toujours ce sentiment de fierté lorsque toutes les générations se retrouvent pour chanter ensemble. Je sens que c’est mon histoire et ma voie aussi. » 

Lindsay et Tessa Prosper : le tatouage, leur identité ! 

Tessa est entourée de son père et ses frères, tous tatoueurs.
Tessa est entourée de son père et ses frères, tous tatoueurs. 

Le tatouage est le deuxième prénom de Lindsay ! Il compte 40 ans d’expérience dans le domaine. Il est l’un des premiers tatoueurs sur l’île. Il a commencé à l’âge de 18 ans. « J’aimais dessiner et j’avais un ami tatoueur. Un jour, il m’a demandé de lui tatouer un perroquet sur le pied. Mais je n’avais jamais tatoué ! Il m’a tendu l’aiguille qu’il fallait abreuver d’encre. Je me suis mis à dessiner l’oiseau. C’était amusant. Le résultat nous a plu. Ensuite, il m’a fait découvrir l’encre de Chine. Je ne faisais que reproduire les petits dessins se trouvant sur les autocollants des tatouages temporaires. Ils accompagnaient les chewing-gums », raconte-t-il. 

Quand il travaillait au port, il a rencontré un ami qui a payé l’équivalent d’un mois de salaire pour un tatouage en Australie. « Il a choisi un lion son signe zodiaque comme tatouage. Il m’a donné l’idée de monter mon atelier. Les enfants ont grandi avec moi dans l’atelier », ajoute-t-il. Lindsay fait ressortir qu’il n’a pas imposé son choix sur ses trois enfants même s’il a trouvé le bonheur dans le tatouage. 

« Puis, l’atelier est devenu une entreprise familiale. Mes enfants et moi pouvons élaborer plusieurs styles. Toutefois, Aldo a un faible pour Maori et Leroy pour le tatouage réaliste. Tessa est comme moi, nous faisons de tout », dit-il. 

Tessa a 25 ans. Elle est la benjamine de sa fratrie. « Certains pratiquent le tatouage pour de l’argent. Pour les Prosper, le tatouage est avant tout de l’art. Le tatouage est notre héritage, notre identité. Papa et mes frères m’ont appris à créer mon monde sans pour autant laisser les gens de l’extérieur me nuire », souligne-t-elle. 

Elle avait 13 ans quand elle a tatoué son frère aîné Aldo. « Le tatouage à ce moment-là était un moyen pour évacuer certaines émotions, car j’étais en pleine crise d’adolescence. Aldo m’a toujours poussé à donner le meilleur de moi-même, même si j’ai fait de petits trous dans sa main pendant que j’effectuais mon premier tatouage. Mes frères aiment ce qu’ils font. Ils n’ont jamais considéré l’application du tatouage comme un travail. Ils peuvent terminer à 2 heures du matin et reprendre quelques heures après. Ils m’ont légué leur passion et leur talent », poursuit-elle. Tessa indique qu’elle a déjà exercé dans d’autres domaines. Mais son premier amour demeure le tatouage. Elle est retournée là où réside son cœur au final.

Ally et Dilshad Deenmahomed : derrière le succès de la fille, il y a son père ! 

Ally rêve de voir sa fille Dilshad sur le circuit du rallye automobile.
Ally rêve de voir sa fille Dilshad sur le circuit du rallye automobile.

La plus ancienne voiture sur une piste de rallye avec en plus une jeune femme pilote… C’était le rêve d’Ally Deenmahomed. Ce pilote de rallye prépare sa fille Dilshad. « Prochainement nous pourrons avoir l’occasion de voir une femme pilote dans une course de rallye sur le circuit mauricien», fait-il observer. Dilshad ajoute «qu’un sponsor pourra nous aider à relever ce défi, car la préparation d’une voiture de course coûte. » 

Ally remonte dans les années 89 et 90. Il assistait régulièrement aux courses de rallye. Il observait les techniques des pilotes et contemplait les belles voitures sportives. « Aujourd’hui, mes voitures de rêve sont toutes devenues une réalité. Simca Rallye 2, Toyota Corolla GTI, Toyota Celica qui date de 44 ans ou encore la Toyota Celica GT-Four sont alignées devant ma porte », dit-il. Il concède que cela n’a pas été évident de s’offrir ces voitures de rêve. « Après la naissance de mon aîné, j’ai préféré me consacrer à son éducation et à celle de deux autres qui sont venus au monde après. Aujourd’hui, ils sont grands et pratiquement indépendants », fait-il ressortir. 

Il relate que ses enfants l’accompagnaient souvent au garage quand il se préparait pour une course. « L’aîné avait deux ans quand sa tante l’a emmené me voir lors d’une des courses. Quand ils grandissaient, je les ai encouragés à prendre le volant », relate-t-il. Ally toutefois préférait que ses enfants goûtent à l’adrénaline d’abord dans une voiture normale. « Je devais aussi prendre en considération leur sécurité », indique-t-il. 

Il n’a jamais fait de distinction entre ses enfants. « C’est mon rêve de voir une fille évoluer sur un circuit de rallye à Maurice. Dilshad me permet de réaliser ce rêve », dit-il. 

Âgée de 22 ans, elle a essayé son premier slalom en 2017. « Depuis toute petite, j’assiste aux courses de rallye. J’observe mes frères et mon père. Ils ne m’ont jamais découragée. D’ailleurs, j’ai déjà eu l’occasion d’accompagner mon frère comme copilote. Il est aussi mon copilote », dit-elle. Ally, ajoute d’emblée « Je préfère que son frère soit son copilote pendant que je suis sur le circuit et j’analyse », estime-t-il.

Lewis et Jacques-Henri Dick : relève assurée ! 

Lewis Dick a transmis sa passion pour la sculpture à son fils Jacques-Henri.
Lewis Dick a transmis sa passion pour la sculpture à son fils Jacques-Henri.

Même passion, mais différents styles. Lewis Dick, 66 ans, est un sculpteur connu à Maurice et dans plusieurs pays. Son fils, Jacques-Henri lui a emboîté le pas, mais fait les choses différemment.

« Jacques-Henri est né et a grandi avec ma passion pour la sculpture. Il était moins attentif en classe de sculpture. Sans que je ne le sache, il m’observait et sculptait le bois. Il me disait toujours qu’il voulait être chanteur », relate Lewis Dick. Cet habitant de Bambous se souvient d’une conversation avec le musicien Percy Appadoo. Ce dernier lui a dit que son fils suivait des cours de technique vocale. « Mon épouse et moi n’étions pas au courant. Le jeune Jacques-Henri cotisait avec son argent de poche pour se payer les cours », ajoute-t-il. 

En 2000, il lance officiellement l’école de sculpture. Un sculpteur suisse entend parler de l’école à travers la presse. Il cherche à réunir les participants au symposium annuel et rencontre Lewis Dick. « Il est venu à Maurice et j’ai préparé le groupe de jeunes pour faire montre de leur talent. À 9 heures, ils ont commencé à sculpter. Jacques-Henri s’est également présenté avec son morceau de bois et m’a dit qu’il voulait essayer. Quelque temps après, le sculpteur suisse se met à chahuter “Ton fils, ton fils”. Il était fasciné par la sculpture de Jacques-Henri », raconte Lewis Dick. C’est ainsi que le jeune homme a participé à un symposium et a reçu le Prix du Public. Il avait 21 ans. « J’avais 47 ans quand j’ai reçu le Prix du Public. Je suis fier de lui », dit le père. 

« Sak zanfan tras so prop sime. Je lui ai toujours laissé le champ libre. À un moment donné, sa maman me disait de le canaliser. Mais, il a découvert sa voie seul. Mes deux filles sont infirmières et sont également passionnées par la sculpture. Elles sont femmes et ont une touche spéciale et un regard extraordinaire », dit-il. 

Pour Lewis, la relève est assurée. « Jacques-Henri m’a montré qu’une forme artistique peut être associée à d’autres formes et qu’on peut les partager. Désormais on ne présente pas que la sculpture lors des évènements internationaux », dit-il.

Jacques-Henri, 32 ans, concède qu’il était un élève difficile à l’école de sculpture. La sculpture lui permet d’insuffler une deuxième vie au bois. Il réalise son premier œuvre à l’âge de dix ans. « Les gens m’associaient à mon père et me disaient que je devais marcher dans ses pas. Je ne voulais pas qu’on me l’impose. Mais le talent et la passion étaient là. Je chantais dans le circuit hôtelier, avant de découvrir que j’aimais plus la sculpture. Elle est une thérapie et a des nombreux bienfaits pour les enfants. Le Prix du Public, en 2007, m’a fait comprendre que la sculpture est mon monde », dit-il. Il se spécialise dans le semi-abstrait. Son père, lui, accorde une attention particulière aux petits détails.