La nomination d’un DPM alimente les conversations politiques
Par
Alwin Sungeelee
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Alwin Sungeelee
Un mois après la démission de Paul Bérenger en tant que Deputy Prime Minister, la question de son remplacement continue d’alimenter les conversations politiques.
Hier, intervenant lors d’une fonction à Saint-Pierre, Ajay Guness, leader adjoint et membre de la direction collégiale du Mouvement militant mauricien (MMM), a fait une révélation. « Il y a eu des rencontres récentes avec Navin Ramgoolam à ce sujet, mais c’est au Premier ministre de décider. » Rajesh Bhagwan joint au téléphone hier après-midi abonde dans le même sens. Le ministre de l’Environnement confirme des discussions internes au sein du parti, mais indique que la prérogative du chef du gouvernement doit être respectée.
À ce débat, s’ajoute une autre dimension, plus sensible celle-là : celle de l’équilibre ethnique au sein du front bench. Comme souvent à Maurice, les considérations politiques ne peuvent être totalement dissociées des équilibres sociologiques. Certains noms circulent déjà pour ce poste de numéro deux du gouvernement, notamment celui d’Arianne Navarre-Marie, preuve que les calculs dépassent largement les seules logiques partisanes.
Derrière ce débat se cachent en réalité des enjeux plus profonds : la nature même de ce poste au regard de la Constitution, l’équilibre des forces au sein de l’Alliance du Changement et la représentation du Mouvement militant mauricien au sommet de l’État.
La fonction de Deputy Prime Minister (DPM) soulève des interrogations. Certains parlent d’une désignation politique, conférée par le Premier ministre à un membre de son cabinet, sans que des pouvoirs spécifiques lui soient formellement attribués par la Constitution. En d’autres termes, le Deputy Prime Minister n’existe que par la volonté du chef du gouvernement, qui reste seul détenteur de l’autorité exécutive.
L’avocat constitutionnaliste Parvez Dookhy lui, a une toute autre interprétation.
« Il y a trois postes qui sont obligatoires dans le gouvernement, sans lesquels le gouvernement ne peut pas exister. Le Premier ministre, le Deputy Prime Minister et l’Attorney General. Il est inscrit dans la Constitution : “there shall be”. Ce qui veut dire que c’est obligatoire. De plus, c’est quelque chose qui doit se faire rapidement après le départ de l’ex-titulaire du poste. C’est pourquoi je pense que nous sommes en violation de la Constitution. Si les choses continuent comme ça, la solution serait que le leader de l’opposition saisisse la Cour suprême et demande une injonction en vue de forcer le Premier ministre et le président de la République à nommer un nouveau DPM. Car nous sommes en violation flagrante de la Constitution. »
La question de la date de cette nomination se pose.
À ce sujet, le Premier ministre a les cartes en main. Il peut choisir de pourvoir ce poste, ou encore de redéfinir les équilibres internes sans nécessairement désigner un successeur immédiat à Paul Bérenger. Ce qui explique en partie la prudence observée au sommet de l’exécutif, où l’on semble peu enclin à céder aux pressions.
Mais au-delà des jeux d’influence et des spéculations, le calendrier politique impose ses propres priorités. À l’approche d’un exercice budgétaire crucial, le gouvernement est confronté à des défis économiques majeurs. Dans ce contexte, la nomination d’un DPM, bien que symboliquement forte, pourrait ne pas constituer une urgence absolue pour l’exécutif. La stabilité et la cohérence de l’action gouvernementale priment, du moins officiellement, sur les ajustements internes.
Ainsi, le débat autour de la nomination du DPM dépasse largement la question d’un titre. Il met en lumière les subtilités du système constitutionnel mauricien, au sein duquel le droit et la politique s’entremêlent étroitement. Il y a aussi les rapports de force au sein d’une coalition en quête d’équilibre. Entre exigences partisanes et prérogatives exécutives, l’équation reste entière — et son dénouement pourrait en dire long sur l’évolution du paysage politique dans les mois à venir.