Mise à jour: 11 janvier 2026 à 14:30

La mer, muse éternelle des artistes mauriciens

Par Fateema Capery
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La mer, muse éternelle des artistes mauriciens

Plus qu’un décor, la mer est à Maurice un souffle et une mémoire collective. Entre liberté et nostalgie, les artistes traduisent par leur art ce lien intime, voire spirituel, que chaque Mauricien entretient avec l’immensité de l’océan.

Jean-Yves L’Onflé : « Je veux que le spectateur ressente l’océan autour de lui »

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Jean-Yves L’Onflé vit près de l’océan et s’en inspire depuis très jeune.
Jean-Yves L’Onflé vit près de l’océan et s’en inspire depuis très jeune.

Installé à deux pas du rivage, Jean-Yves L’Onflé ne conçoit pas son art sans la mer. Depuis son enfance à La Pointe Tamarin, elle fait partie de son horizon quotidien. « Je côtoie la mer depuis toujours. Elle m’inspire chaque jour à créer, que ce soit en sculpture ou en peinture », confie-t-il. Dans ses œuvres, le bleu domine, un bleu décliné à l’infini, parfois translucide, parfois dense, comme les vagues qu’il observe.

Il n’hésite pas à intégrer des éléments naturels : sable, coquillages, arêtes de poisson, papiers mâchés ou filets de pêche. « La mer s’intègre concrètement dans mes œuvres. Le collage de matériaux marins et les différentes teintes de bleu traduisent ma relation avec elle », explique-t-il. Et sa démarche artistique est aussi un acte d’éducation et de transmission. Très impliqué dans son village, il sensibilise les enfants à la protection du lagon.

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Il s’agit de coraux sculptés en terre cuite à la main par l’artiste Jean-Yves L’Onflé.
Il s’agit de coraux sculptés en terre cuite à la main par l’artiste Jean-Yves L’Onflé.

« Je travaille beaucoup sur l’environnement marin. Je veux leur faire comprendre combien notre lagon est fragile », souligne Jean-Yves L’Onflé. Cette fragilité, il la traduit aussi dans ses œuvres. La beauté des couleurs contraste avec la menace de l’érosion et des inondations. « Comme la mer m’inspire par ses nuances, elle m’interpelle aussi par sa vulnérabilité. J’essaie de représenter ces deux facettes : la beauté et le danger », précise l’artiste.

L’un de ses tableaux emblématiques, « Sous l’eau », incarne parfaitement cette dualité : une toile monumentale réalisée à partir de sable, de résine et de filets de pêche. « Je voulais que le spectateur ait l’impression d’être sous l’eau, dans l’océan profond. La résine crée cet effet trempé et immersif », indique-t-il avec passion. Chez Jean-Yves L’Onflé, la mer n’est pas seulement un sujet ; c’est un espace sensoriel et spirituel, un miroir de l’âme insulaire.

Emilia Roussety : « Je peins la paix que la mer m’apporte »

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A 24 ans, Emilia Roussety capture la beauté brute des plages et de la végétation tropicale de Maurice.
A 24 ans, Emilia Roussety capture la beauté brute des plages et de la végétation tropicale de Maurice.

Chez Emilia Roussety, la mer devient un lieu intérieur, presque méditatif. Ses toiles lumineuses célèbrent la douceur des côtes mauriciennes et l’émotion fugace d’un instant. « J’aime transmettre la sérénité à travers mes peintures. Par la couleur, je cherche à faire ressentir la vibration de l’île, cette lumière unique qu’on retrouve au bord de la mer », raconte-t-elle.

Pour elle, peindre la mer, c’est peindre la paix. Elle dit se laisser guider « par le vent », en marchant, observant, laissant venir l’inspiration. « Je n’ai pas d’endroit précis. J’aime me laisser guider, dialoguer avec la nature. Une promenade, une discussion, un silence au bord de l’eau suffisent à réveiller l’inspiration », explique l’artiste. 

Du coup, ses toiles capturent le mouvement et l’impermanence, la lumière changeante et les nuances du lagon. « La mer change constamment, et c’est ce que j’aime peindre. Chaque toile est comme un souvenir, un instant suspendu avant qu’il ne disparaisse », partage-t-elle.

Pour cette jeune artiste, la mer est aussi un récit collectif, celui des pêcheurs, des familles, de l’histoire même de Maurice. « Mes œuvres racontent la beauté simple de l’île, sa chaleur, ses traditions. Pour les plus jeunes, j’aimerais éveiller leur curiosité et leur donner envie de découvrir notre patrimoine marin », soutient-elle.

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La lumière, les couleurs et les textures de la nature mauricienne sont au cœur de ses tableaux.
La lumière, les couleurs et les textures de la nature mauricienne sont au cœur de ses tableaux.

Et comme beaucoup d’artistes contemporains, elle ressent la responsabilité d’éveiller les consciences. « Voir la mer changer, les plages reculer, les coraux disparaître me touche profondément. Je veux rappeler, à travers mes toiles, l’équilibre délicat entre l’homme et la mer », avoue-t-elle.

Son œuvre rêvée, sa « mer idéale », traduit cette quête de calme intérieur. « Je l’imagine avec une femme assise face à la mer, dans une lumière douce. Ce serait une scène simple mais pleine de sens, un moment suspendu où le temps s’arrête », souligne-t-elle.


Quand la mer devient langage universel

Chez ces deux artistes, la mer est à la fois sujet, matière et métaphore. Elle est source d’émotion et de conscience écologique, un miroir de l’identité mauricienne. Là où Jean-Yves L’Onflé immerge le spectateur dans un univers tactile et presque subaquatique, Emilia Roussety invite à la contemplation silencieuse, à une plongée dans la lumière et la mémoire.

L’un sculpte la mer comme une force vivante ; l’autre la peint comme une présence apaisante. Ensemble, ils traduisent la relation plurielle que les Mauriciens entretiennent avec l’océan : une mer de travail, d’histoires, de beauté et de fragilité. Dans leurs œuvres, la mer n’est plus seulement un horizon ; elle devient une émotion à vivre, un héritage à préserver.

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