À la Loreto Junior School de Curepipe : un enseignant licencié pour relation inappropriée avec une mineure
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Un enseignant de la Loreto Junior School de Curepipe a été licencié à la suite d’allégations de relations inappropriées formulées par une ancienne élève. Contacté, l’intéressé n’a pas souhaité commenter l’affaire. Il affirme qu’un accord a été conclu avec l’établissement à propos de cette controverse.
Une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux vendredi a mis en lumière cette polémique. La jeune fille, que nous prénommerons Caroline, qui avait initialement porté plainte auprès de la direction de l’école en août dernier, indique avoir reçu cette semaine une correspondance confirmant que l’enseignant ne fait plus partie du personnel.
Caroline explique avoir dénoncé l’enseignant dix ans après les faits, car elle se sentait « sous l’emprise de ce dernier » et pensait être dans une relation sérieuse. Ce n’est qu’en poursuivant des études de psychologie l’an dernier qu’elle affirme avoir pris conscience de la nature abusive de cette relation. Suite à sa plainte, l’enseignant avait été suspendu, convoqué devant un comité disciplinaire, puis mis à pied cette année.
Dans sa plainte adressée à l’école, Caroline retrace les faits de 2009 à 2020. Elle souligne qu’elle était mineure lors des premiers abus et qu’un écart d’âge d’environ 25 ans la séparait de l’enseignant. Elle indique également disposer de preuves écrites, visuelles et circonstancielles, qu’elle est prête à transmettre dans le cadre de l’enquête.
Elle allègue avoir eu son premier rapport sexuel en novembre 2015, étant encore mineure, à 15 ans. Entre 2015 et 2020, elle décrit « de multiples rapports sexuels, échanges de messages, rendez-vous réguliers et cadeaux », et précise : « Il venait chez moi, me faisait venir chez lui, me cachait dans le coffre de sa voiture pour me faire entrer. »
Au sein de l’établissement, la position se veut ferme. Sœur Marie-Ange, co-responsable de l’Institut de Lorette, rejette catégoriquement certaines accusations circulant en ligne. « Les allégations faites dans la vidéo sont hautement diffamatoires et mensongères. Nous n’avons reçu qu’une plainte de deux élèves actuellement à l’étranger, et non une trentaine comme l’affirme la vidéo », précise-t-elle.
La direction indique avoir agi conformément à la plainte reçue et demande à la victime de porter l’affaire devant les autorités judiciaires compétentes. « Nous avons fait ce qui relève de notre responsabilité et agi à partir de cette plainte, conformément à la loi », dira Sœur Marie-Ange. Elle dément aussi toute tentative de dissimulation (cover-up) et rappelle que la plainte a été déposée alors que la plaignante était majeure. « Ce sont des allégations et nous ne disposions pas de preuves suffisantes pour incriminer la personne », ajoute la direction.
Une vidéo de 5 minutes 56 secondes, mise en ligne à 13 h 13 le vendredi 13, générée par une intelligence artificielle, retrace la chronologie de l’affaire concernant l’enseignant de l’Institut de Lorette de Curepipe. La vidéo mentionne trois institutions ayant suspendu le professeur, qualifié de « prédateur » par la voix-off.
Selon le commentaire dans la vidéo, la polémique aurait été déclenchée par une publication antérieure montrant un spectacle de l’école. La voix s’étonne que l’enseignant soit encore en poste, avant que la vidéo originale ne soit retirée des réseaux sociaux.
La narration précise que les dénonciations proviennent de deux anciennes élèves, aujourd’hui étudiantes hors du pays, et que les parents commencent à se poser des questions, à se regrouper et à échanger des messages entre eux. Toujours selon la vidéo, l’école aurait envoyé un message aux parents les invitant à continuer à faire confiance à l’établissement.
La vidéo évoque également une trentaine de cas d’abus et annonce qu’une prochaine publication dévoilera le nom du « prédateur » ainsi que des témoignages supplémentaires des victimes.
Caroline, aujourd’hui adulte, affirme ressentir un mélange de soulagement et d’émotion face aux développements récents. « Je suis soulagée. Il y a un semblant de justice. Des mineures sortent de l’ombre. Je suis contente que d’autres ne subissent pas la même chose », confie-t-elle.
Elle souhaite avant tout que les jeunes concernés bénéficient d’un encadrement approprié. Selon son récit, les faits remontent à une dizaine d’années. À l’époque, elle n’avait pas conscience d’être victime d’abus. « J’étais sous son emprise et je pensais que c’était une vraie relation. »
Elle évoque des échanges téléphoniques dès l’âge de 11 ou 12 ans : « Il me disait qu’il n’y avait que moi. » Ce n’est que plus tard, en poursuivant des études de psychologie à l’étranger, qu’elle affirme avoir compris la nature de ce qu’elle avait vécu : « Ce sont mes études qui m’ont permis de comprendre que c’était de l’abus. »
L’an dernier, elle a adressé une plainte écrite à la direction et en a parlé à ses parents. « Quand j’ai tout dit à mes parents, ils m’ont soutenue et me soutiennent encore, tout comme ma meilleure amie qui est toujours à mes côtés. »
Caroline reconnaît qu’au départ elle n’avait jamais eu l’intention de porter plainte : « Je me sentais coupable. Je pensais que j’étais fautive. » Elle estime également ne pas avoir reçu de véritable soutien de l’établissement après sa démarche et s’interroge sur les priorités de la direction. Elle s’est rapprochée de Pedostop, qui lui aurait indiqué qu’une assistance légale pourrait lui être fournie si nécessaire.
Le ministre de l’Éducation, Mahend Gungapersad, rappelle que toute victime ou témoin doit dénoncer les faits. « S’il y a des victimes, elles doivent dénoncer. Toute personne mise au courant doit faire de même et soutenir l’enfant dans sa démarche. » Il insiste sur le fait que l’école doit demeurer « un havre de paix et de sécurité » pour les élèves.
Même préoccupation du côté d’Aneeta Ghoorah, alertée par la vidéo : « J’ai pris connaissance de cette vidéo avec effroi. Si les faits évoqués s’avéraient réels, ils seraient d’une grande gravité puisqu’ils concerneraient des mineurs. »
L’Ombudsperson for Children appelle les enfants, les parents et les enseignants à signaler toute situation préoccupante et rappelle que la loi prévoit des sanctions sévères pour les abus sexuels sur des mineurs de moins de 16 ans.
En droit mauricien, un collège peut voir sa responsabilité légale et administrative engagée s’il n’a pas pris de mesures raisonnables après une plainte pour abus sexuels impliquant un membre de son personnel. Cette obligation découle notamment des principes généraux prévus par le Code civil mauricien.
Comme le souligne Me Yousuf Azaree : « L’établissement se doit de rapporter l’incident aux autorités concernées, notamment à la police, à la Child Development Unit (CDU), au ministère de l’Éducation ou à la Private Secondary Education Authority (PSEA), dans le cas d’une école privée. Une fois la plainte consignée, tout un mécanisme est prévu pour référer la victime à un psychologue, entre autres. »
Interrogé sur le fait que la plainte ait été rapportée dix ans après les faits allégués, l’avocat précise qu’« il n’y a pas de prescription dans le temps pour rapporter une affaire criminelle ». Il ajoute toutefois que « le délai peut jouer sur la crédibilité de la plaignante », notamment dans une affaire de délit sexuel où « les preuves scientifiques risquent de ne rien révéler de concluant après dix ans ».
Me Yousuf Azaree rappelle néanmoins que « les tribunaux reconnaissent que les victimes de délits sexuels peuvent hésiter pendant des années avant de parler », en raison « de la peur, de la honte ou encore du rapport d’autorité avec l’agresseur ». Dans le cas d’une relation enseignant-élève, la victime « aurait pu être réticente de peur d’avoir une mauvaise note ».