Politique

La deuxième République des gauches

Jack Bizlall, du Mouvement Premier Mai et Ashok Subron de Rezistans ek Alternativ.

Il ne faudrait pas croire que les partis qui siègent régulièrement à l’Assemblée nationale ont eu le monopole des débats sur la deuxième République et la réforme électorale. Les partis extraparlementaires de gauche ont leur propre idée de ce que devrait contenir une nouvelle Constitution.

Le débat national sur la nécessité d’une réforme électorale et sur la création d’une deuxième République a été bien documenté ces dernières années. On peut plus ou moins en résumer ainsi les prémisses : l’introduction d’une dose de proportionnelle dans le système électoral, variant entre 20 et 30 sièges, et un rééquilibrage des pouvoirs entre le Premier ministre et le président. Toutefois, il s’agit là essentiellement des propositions de deux partis dits « mainstream », soit le Parti travailliste (PTr) et le Mouvement militant mauricien (MMM).

À côté, il y a aussi les partis de gauche qui prônent une deuxième République plus axée sur des pouvoirs plus conséquents à l’Assemblée nationale et l’avancement vers une démocratie participative.

Le Mouvement Premier Mai de Jack Bizlall, par exemple, a publié ses propositions de réforme constitutionnelle et la création d’une deuxième République en 2012. Parmi les réformes majeures proposées, on trouve la création d’une Assemblée nationale de 100 députés. Le Mouvement Premier Mai propose 40 circonscriptions de deux députés, plus 20 selon un système proportionnel. Sur les 40, chaque parti doit présenter 20 hommes et 20 femmes et chaque électeur voter pour un candidat et une candidate afin d’assurer la parité. Le parti qui décroche la majorité au First Past The Post obtient ensuite dix des vingt sièges proportionnels et les dix autres vont aux partis de l’opposition ayant obtenu au moins 5 % des votes. Ce serait le moyen d’assurer une entrée à l’Assemblée nationale aux petits partis. Une série d’autres propositions sont faites, dont celui de ramener l’âge de vote à 16 ans et que le financement des partis par l’État ne soit limité qu’aux publications et la diffusion des programmes.

Rezistans ek Alternativ, un autre parti de gauche, n’a pas publié ses idées sur ce que devrait être une République plus axée vers la participation, mais on connaît les positions de sa figure de proue, Ashok Subron. Ce dernier est notamment en faveur d’accorder plus de pouvoirs à l’Assemblée nationale, seul point de contact direct entre la classe politique et la population qui vote pour élire ses représentants. Il propose donc, entre autres, que ce soit l’Assemblée nationale qui vote pour choisir un Premier ministre de ses rangs, ou élire un Cabinet ministériel qui se charge alors de choisir son Premier ministre.

Cela ne suffirait toujours pas pour le parti Papillon qui estime que l’Assemblée nationale serait beaucoup plus en phase avec le peuple si plus de civils pouvaient avoir leur mot à dire. Syndicalistes, membres d’ONG et de la société civile devraient ainsi avoir le droit de participer à certains débats parlementaires pour éclairer les élus avant que ces derniers ne passent au vote sur un projet de loi par exemple.

Seuls les élus auraient évidemment le droit de voter. Les citoyens devraient aussi pouvoir influer sur l’agenda de l’Assemblée nationale en introduisant le principe de motion citoyenne à être débattue à condition de réunir un nombre de signatures suffisantes. Cette intégration des membres de la société civile aux instances politiques pourrait d’ailleurs se généraliser pour Ashok Subron. L’élection de membres de la société civile au sein du conseil d’administration des institutions-clés pourrait aider à atténuer les cas de corruption.

L’introduction d’un système référendaire réconcilie les deux hommes de gauche qui ont pourtant du mal à s’entendre. Jack Bizlall estime qu’il s’agit de l’essence même de la démocratie et Ashok Subron a évoqué dans le passé la possibilité que le président de la République puisse avoir le pouvoir de soumettre certaines décisions à un référendum national.

Un autre sujet qui réunit les deux hommes et presque tous ceux qui sont de sensibilité de gauche : l’élargissement du préambule de la Constitution pour inclure les droits de deuxième génération. Il s’agit du droit à l’éducation, au travail, au logement, à la santé et à la grève, entre autres. La garantie de ces droits dans la Constitution permettrait d’avoir recours à la Cour suprême si un citoyen se sent lésé.