La chute et la revanche de Toshan Gunness
Par
Ajagen Koomalen Rungen
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Ajagen Koomalen Rungen
Toshan Gunness avait un contrat professionnel entre les mains, des stades pleins devant lui et un avenir tout tracé. Puis, en quelques heures, tout s’est effondré. De footballeur promis à l’élite à justiciable brisé, Toshan Gunness a connu la chute la plus brutale. Mais au lieu de disparaître, il s’est reconstruit.
Il a connu les vestiaires, les stades et l’adrénaline d’un contrat professionnel. Il a connu aussi les cellules froides, l’humiliation, l’attente interminable devant les tribunaux. Aujourd’hui, Toshan Gunness parle de terrains et d’investissements. Son histoire n’est pas un conte lisse. C’est une trajectoire faite de talent, d’exil, d’erreurs, de résilience et de renaissance.
Toshan Gunness est un Mauricien qui a grandi à Saint-Julien d’Hotman, un village dans lequel le football se joue pieds nus, sur des terrains poussiéreux, avec pour seule récompense la fierté. Très tôt, le ballon devient son refuge. À l’école de foot de Saint-Julien d’Hotman, il apprend la discipline, l’effort, la compétition. Jusqu’à ses 13 ans, le football structure sa vie. « Je n’avais pas beaucoup de choses, mais j’avais le foot », confie-t-il. À 13 ans, sa vie bascule. Il quitte Maurice. Direction l’Angleterre.
Quitter son pays à 13 ans, c’est grandir trop vite. Pendant quatre années en Angleterre, Toshan Gunness découvre un football plus rude, plus exigeant, mais aussi une vie loin des siens. Il apprend à se débrouiller seul. Il tombe et se relève. Puis le destin l’emmène plus loin encore : le Canada. Il y vit depuis vingt ans. À l’époque, il n’a qu’une idée en tête : devenir professionnel.
En 2013, la chance frappe enfin. Toshan est invité pour un essai de deux semaines avec Kingston FC, club évoluant dans la Canadian Premier League. Deux semaines décisives. Deux semaines pendant lesquelles chaque entraînement peut changer une vie. Le verdict tombe : il est sélectionné.
À 22 ans, il signe un contrat professionnel de deux ans avec Kingston FC. Le rêve de l’enfant de Saint-Julien devient réalité. « C’était l’aboutissement d’années de sacrifices. » Mais la gloire est fragile. Et parfois, un instant suffit pour tout faire basculer.
Présaison. Nouveau pays. Nouvelle notoriété. Un soir, dans une discothèque à Kingston, tout dérape. Une altercation. Un incident grave.
Toshan Gunness est arrêté pour une agression. Il passe trois jours en prison. Ils marqueront sa vie à jamais. « En prison, tu réalises à quel point tu peux tout perdre », dit-il sobrement. À sa sortie, la sentence tombe : son contrat professionnel est suspendu. Le rêve s’effondre.
Ce qui devait être une carrière s’enlise dans les tribunaux. Pendant trois ans, il doit faire face aux cours de Kingston. Trois ans de stress. Trois ans d’incertitude. Trois ans pendant lesquels le football n’est plus qu’un souvenir douloureux. Mais Toshan refuse de disparaître. Avec son avocat, il engage une bataille juridique contre Kingston FC. Une lutte longue, coûteuse, éprouvante. Et contre toute attente, il gagne.
Le verdict est sans appel : Kingston FC doit lui verser l’intégralité de son salaire sur les deux années de contrat. Un choc. Une victoire. Une seconde chance. Beaucoup auraient dépensé cet argent ou tenté un retour désespéré dans le football. Toshan fait un autre choix. Il investit.
Avec cet argent, Toshan regarde vers son île natale. Maurice. Il investit dans l’immobilier. Terrains. Projets. Développements. Là où le football lui a appris la discipline et le mental, l’immobilier lui apprend la patience et la vision. « J’ai compris que l’argent doit travailler pour toi », explique-t-il. Année après année, ses investissements portent leurs fruits.
Aujourd’hui, Toshan Gunness est un homme d’affaires prospère. Il évolue dans le marché immobilier mauricien, où il réalise des millions. Sans tapage. Sans arrogance. Son parcours inspire précisément parce qu’il n’a rien de parfait. « J’ai tout connu : le sommet, la honte, la peur, la reconstruction », dit-il. Et c’est ce vécu qu’il veut transmettre.
Toshan ne parle pas en donneur de leçons. Il parle en homme qui est tombé. Son message aux jeunes est clair. « Gardez toujours les pieds sur terre. La célébrité et l’argent peuvent vous distraire. Le talent seul ne suffit pas. »
Il insiste sur un point essentiel : la carrière sportive est courte. La vie, elle, est longue. « Préparez l’après-foot dès le début. »
Aujourd’hui, Toshan Gunness n’est plus le jeune joueur fougueux. C’est un homme posé, lucide, tourné vers l’avenir. Son passé ne le définit pas. Il l’a forgé. « Si je n’étais pas tombé aussi bas, je ne serais jamais monté aussi haut. » Il parle désormais plus de projets que de regrets.
Son histoire commence dans un village mauricien. Elle passe par l’Angleterre, le Canada, les stades, les tribunaux… Et elle revient à Maurice, transformée en réussite entrepreneuriale.
Toshan Gunness n’a pas gagné la Coupe du monde. Il a gagné quelque chose de plus rare : la maîtrise de son destin. Il a perdu un rêve, mais trouvé une vocation. Il est tombé en public, mais s’est relevé en silence. Aujourd’hui, il incarne une vérité simple : la réussite ne se mesure pas à ce que l’on gagne au sommet, mais à ce que l’on reconstruit après la chute. De footballeur professionnel à entrepreneur millionnaire, Toshan Gunness n’a pas seulement changé de terrain. Il a changé de vie.