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La chiropraxie, ces mains qui soignent sans médicaments

Par Jenna Ramoo
Publié le: 12 avril 2026 à 15:00
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vishal
Quel que soit l’âge, les douleurs au cou et au dos sont les plus fréquentes. La chiropraxie redonne avant tout le plaisir de bouger et de vivre pleinement.

Peu connue à Maurice, la chiropraxie gagne pourtant du terrain. Entre thérapie manuelle ancestrale et approche préventive moderne, elle séduit ceux qui cherchent une alternative aux traitements conventionnels. Rencontre avec Vishal Bissessur, chiropracteur à Quatre-Bornes.

Un cou bloqué au réveil. Une douleur lombaire qui s’installe après des heures passées devant un écran. Une sciatique qui résiste aux anti-inflammatoires. Autant de maux du quotidien auxquels beaucoup de Mauriciens font face sans toujours savoir vers qui se tourner. La chiropraxie se propose comme une réponse. Manuelle, non médicamenteuse, et encore méconnue sur l’île.

Le mot vient du grec : cheir, la main, et praxis, l’action. Littéralement, « fait par la main ». En pratique, il s’agit d’une thérapie qui agit sur le système neuro-musculo-squelettique – colonne vertébrale, articulations, muscles – à travers des manipulations précises et ciblées. Elle s’adresse à un spectre large de pathologies : lombalgies, cervicalgies, torticolis, arthrose, tendinites, hernies discales, contractures musculaires et tensions chroniques. « Pas besoin de pilules ni de bistouri. Juste des mains expertes et une bonne compréhension du corps humain », résume Vishal Bissessur, chiropracteur.

Dans son cabinet à Quatre-Bornes, Vishal Bissessur reçoit des patients de tous âges, enfants, actifs, seniors. Formé en Inde en chiropraxie, massothérapie et naturopathie, il s’est spécialisé dans la prise en charge des douleurs chroniques et des dysfonctionnements articulaires. Maux de tête persistants, douleurs au cou et au dos, sciatique, blocages articulaires… autant de situations qu’il prend en charge sans chirurgie ni médicaments.

Ce qui distingue son approche, selon lui, c’est la méthode. « On commence toujours par une analyse complète. On observe la posture, on palpe, on évalue les mouvements. Ensuite seulement vient le traitement. » Ajustements articulaires, massages, conseils personnalisés sur la posture et les exercices : la séance ne se résume pas au fameux « craquement » que certains imaginent. « Ce n’est pas un simple craquement rapide, c’est un véritable travail d’équipe entre le thérapeute et le patient », insiste-t-il.

Sa philosophie repose sur une idée simple : un corps bien aligné retrouve plus facilement ses capacités naturelles de récupération. « Quand les blocages sont levés, le corps fait lui-même une grande partie du travail. » Ses patients le lui confirment régulièrement : « J’ai l’impression que mon corps respire à nouveau. »

Le mal du siècle : la posture 

Pour Vishal Bissessur, l’explication de la recrudescence des douleurs musculo-squelettiques est largement liée au mode de vie contemporain. Heures passées devant un écran, positions avachies sur le canapé, usage prolongé du téléphone portable, sédentarité généralisée. Le corps accumule les tensions, les vertèbres se déplacent progressivement, et la douleur finit par s’installer.

« Combien d’entre nous passent des heures assis sur une chaise de bureau, affalés sur le canapé devant la télé ou même sur le lit, téléphone à la main ? » interroge-t-il. La formule est directe, presque provocatrice. « Que vous ayez 12 ans ou 70 ans, si vous restez courbé trop longtemps, le corps finit par envoyer des signaux. Cette douleur persistante n’est pas là pour vous embêter, elle est là pour vous alerter que quelque chose ne va pas. »

Ces signaux – raideurs matinales, maux de tête récurrents, douleurs dorsales – ne sont pas à ignorer. Ils indiquent qu’une correction est nécessaire avant que le problème ne s’aggrave. La chiropraxie intervient alors non seulement comme traitement, mais aussi comme outil de prévention. Maintenir un bon alignement de la colonne, corriger les habitudes posturales, intégrer des exercices adaptés…  autant de leviers pour éviter que les tensions ne deviennent des pathologies chroniques.

Les résultats, quand ils sont au rendez-vous, transforment les patients en ambassadeurs involontaires. « Quand quelqu’un a été bien traité et que sa santé s’améliore vraiment, il en parle à sa famille, à ses collègues, à ses amis : “Tu devrais aller voir mon chiropracteur, ça a changé ma vie !” » 

À Maurice, où le bouche-à-oreille reste un vecteur puissant, ce type de recommandation spontanée a contribué à faire connaître la discipline bien au-delà des cercles initialement sensibilisés. Ces dernières années, la demande pour les soins chiropratiques ne cesse d’ailleurs de croître sur l’île.

Les bénéfices rapportés dépassent souvent la simple disparition de la douleur. « Les patients repartent souvent avec le même constat : je dors mieux, je travaille mieux, je me sens plus énergique », rapporte Vishal Bissessur. Quand le corps est libéré de ses tensions, le sommeil devient plus réparateur, la concentration au travail s’améliore, et les gestes du quotidien retrouvent leur fluidité naturelle. Marcher, faire du sport, jouer avec ses enfants ou petits-enfants, tout redevient plus naturel, plus agréable. « Chaque ajustement est comme une clé qui ouvre une porte longtemps verrouillée. »

Petits gestes, grands effets 

Au-delà des séances, Vishal Bissessur insiste sur le rôle actif du patient dans sa propre guérison. La chiropraxie ne se limite pas à traiter une douleur ponctuelle ; elle cherche à donner au patient les outils pour rester autonome. Surveiller sa posture au bureau, sur le canapé ou au volant. Marcher une demi-heure par jour. Pratiquer régulièrement un sport, quel qu’il soit : yoga, natation, football. Écouter les signaux du corps avant qu’ils ne deviennent des cris. 

« Même un seul sport pratiqué régulièrement fait une énorme différence. Et la bonne posture est la base de tout. Redressez-vous, épaules en arrière, regardez devant vous… votre corps vous remerciera », affirme-t-il. Ces conseils peuvent sembler évidents. Mais Vishal Bissessur observe chaque jour que l’évidence ne suffit pas, les mauvaises habitudes résistent, et c’est souvent quand la douleur devient insupportable que les patients franchissent enfin la porte d’un cabinet.

Ce que Vishal Bissessur appelle de ses vœux, c’est une reconnaissance institutionnelle de sa discipline. « Nous devrions avoir des services de chiropraxie dans les hôpitaux publics. Beaucoup de Mauriciens souffrent inutilement de douleurs chroniques. Pouvoir proposer cette approche non chirurgicale et préventive à tous serait un grand pas pour la santé de la population. »

Pour l’heure, la chiropraxie reste l’apanage du secteur privé à Maurice, accessible principalement à ceux qui peuvent en assumer le coût. Une limite réelle, dans un pays où une large partie de la population dépend du système de santé public. La discipline, forte de plus de 130 ans d’histoire, attend encore sa place dans le paysage sanitaire mauricien.

Et Vishal Bissessur de conclure, avec la conviction de celui qui a vu des corps se redresser et des vies se transformer : « Pourquoi attendre que la douleur devienne insupportable pour agir ? Prenons soin de nous dès aujourd’hui. Redressons-nous, marchons, respirons… et laissons nos corps redevenir les alliés de nos vies. »

Le saviez-vous?

La chiropraxie moderne est née en 1895 aux États-Unis grâce à Daniel David Palmer. Ce dernier réalisa le tout premier ajustement sur un concierge qui avait perdu l’ouïe après un faux mouvement. Après une manipulation au niveau du cou, l’homme retrouva son audition. Palmer comprit alors le lien puissant entre la colonne vertébrale et le fonctionnement global du corps, et fonda en 1897 la première école de chiropraxie. 

Mais, Vishal Bissessur aime rappeler que nos grands-parents, sans le savoir, pratiquaient déjà des gestes proches de la chiropraxie. « Ils se faisaient remettre les os ou se massaient mutuellement le dos pour soulager les douleurs après une journée aux champs. Ils n’appelaient pas ça chiropraxie, mais c’était déjà l’idée de remettre le corps en place naturellement », explique-t-il. 

Aujourd’hui, la discipline est reconnue et enseignée dans le monde entier. À Maurice, des professionnels comme lui continuent de la faire progresser, offrant aux patients une approche respectueuse du corps et de ses capacités naturelles de guérison.

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