Kwok Chung Yee Soon Hin, 101 ans, reste fidèle au travail et au football
Par
Ajagen Koomalen Rungen
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Ajagen Koomalen Rungen
À 101 ans, Kwok Chung Yee Soon Hin tient toujours sa boutique de Belle-Rose avec passion. Entre travail, souvenirs et football, ce centenaire livre une remarquable leçon de vitalité.
Au 29, avenue Wilson, à Belle-Rose, le temps paraît suspendu. Derrière les rayons soigneusement rangés se tient Kwok Chung Yee Soon Hin, né le 18 avril 1925 à l’avenue Desroches, à Port-Louis, au cœur de Chinatown. À 101 ans, il impressionne par sa lucidité, sa mémoire et son énergie. Chaque matin, il ouvre encore sa boutique, accueille les habitués avec un sourire sincère, aide sa famille, tient les comptes et participe aux tâches ménagères comme si cela faisait tout simplement partie de l’ordre naturel des choses.
Sa silhouette inspire immédiatement le respect. Rien ne semble avoir altéré son envie d’être utile. Pour lui, travailler n’a jamais été une contrainte, c’est une manière de rester vivant, de garder le contact avec les autres et de donner un sens à chaque journée.
S’il y a un rendez-vous qu’il ne manquerait pour rien au monde, c’est bien celui du football. Grand supporter de Manchester United depuis des décennies, Kwok Chung Yee Soon Hin suit toujours les compétitions internationales avec la même ferveur qu’autrefois. Lors des Coupes du monde, son cœur bat pour l’Angleterre. Installé devant son téléviseur aux côtés de son fils, Patrick, 62 ans, qui vit sous le même toit, il suit chaque rencontre avec la ferveur d’un véritable passionné de football.
Malgré son âge exceptionnel, il reconnaît de nombreux joueurs et aime commenter leurs performances. Harry Kane, Bruno Fernandes ou encore Cristiano Ronaldo font partie des noms qu’il évoque spontanément avec une étonnante précision.
Son enthousiasme reste intact lorsque le ballon commence à rouler.
Patrick sourit en observant son père suivre chaque rencontre avec la même concentration qu’il y a plusieurs décennies. « Le football le fait toujours vibrer. Dès qu’un grand match débute, il est complètement dedans. C’est un moment que nous partageons ensemble et qui nous rapproche énormément », confie-t-il.
La passion de Kwok Chung Yee Soon Hin pour le football ne s’arrête pas aux matchs. Pendant des années, sa boutique était un véritable temple des célèbres albums Panini. Aujourd’hui encore, il conserve précieusement plusieurs collections soigneusement rangées. À 101 ans, il lui arrive souvent de les feuilleter avec émotion. Chaque page lui rappelle une époque où les enfants faisaient vivre le quartier.
Les souvenirs reviennent instantanément. Des écoliers arrivaient avant les cours, d’autres revenaient juste après la classe. Certains étaient accompagnés de leurs parents ou de leurs grands-parents. Beaucoup ne venaient même pas pour acheter. Ils s’installaient devant la boutique afin d’échanger leurs doubles, discuter des joueurs ou admirer les nouvelles images. Très vite, les trottoirs devenaient un véritable lieu de rassemblement.
« Les albums Panini réunissaient tout le monde. On échangeait des images, mais surtout des sourires et des amitiés », confie le centenaire. Pour ce dernier, ces moments représentaient bien davantage qu’un simple commerce. Ils créaient du lien entre les générations, rapprochaient les voisins et permettaient à des enfants qui ne se connaissaient pas de devenir amis. Il estime que cet esprit existe encore aujourd’hui, même s’il est devenu plus discret.
À l’âge de 35 ans, Kwok Chung Yee Soon Hin a épousé Suzanne, avec qui il a fondé une famille unie et ouvert une boutique qui est rapidement devenue une institution dans le quartier. Beaucoup l’appellent encore affectueusement « la boutique chinois ». Ensemble, ils ont élevé leurs trois enfants : Liliane, aujourd’hui âgée de 64 ans, Clifford, 63 ans, et Patrick, 62 ans.
Il y a 4 ans, Suzanne s’est éteinte après une vie entière passée à ses côtés. Une absence qui reste profondément présente dans son cœur. Pourtant, il a choisi de continuer à avancer. La boutique est devenue encore davantage son refuge, son équilibre et sa raison de garder le rythme. Ses enfants veillent sur lui, mais lui continue également à veiller sur eux.
À ceux qui lui demandent comment il est parvenu à franchir le cap des 101 ans avec une telle vitalité, il répond avec une simplicité désarmante. Il ne suit aucun régime particulier. Il mange de tout, sans excès. Ce qui compte réellement, selon lui, n’est pas dans l’assiette, mais dans le cœur. Chaque journée commence avec la volonté d’être utile.
« Je me réveille en essayant de faire le bien. Il faut avoir un bon cœur et être sincère envers toutes les personnes que l’on rencontre », dit-il. Cette philosophie, il ne l’a jamais seulement prononcée. Il l’a vécue. Dans sa boutique, chaque client est accueilli avec le même respect, qu’il soit un voisin de longue date ou un inconnu de passage.
Kwok Chung Yee Soon Hin rappelle que les plus belles victoires ne se jouent pas uniquement sur un terrain. Sa véritable coupe du monde, il la remporte chaque matin quand il ouvre encore la porte de sa boutique à 101 ans. Lorsqu’il échange quelques mots avec un client, partage un match avec son fils ou replonge dans ses albums Panini, il fait revivre une époque où le commerce de proximité était aussi un lieu de rencontres et de solidarité.
Son histoire est celle d’un homme qui n’a jamais cessé d’avancer, sans bruit, avec humilité. Et lorsque le coup d’envoi d’un match retentit, ses yeux brillent toujours comme ceux du jeune homme qu’il était autrefois.`