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Kushal Sookrah : vice-champion d’Asie forgé entre tableurs et haltères

Par Azeem Khodabux
Publié le: 12 July 2026 à 15:00
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kushal
Une médaille d’argent continentale pour Kushal Sookrah, vice-champion d’Asie IFBB Mr Universe Fitness Challenge 2026.

Deux minutes de souffrance pure pour toucher les sommets d’Asie. Découvrez le secret de Kushal Sookrah, un cadre mauricien devenu vice-champion continental après seulement un an de discipline de fer.

Deux minutes. C’est le temps accordé, dans le Fitness Challenge, pour enchaîner un maximum de répétitions au « devil press », l’épreuve que Kushal Sookrah redoute le plus. « C’est probablement l’atelier le plus éprouvant. À ce moment-là, tout le corps souffre, mais il faut continuer, repousser la douleur et garder le même rythme jusqu’à la dernière seconde. » 

Ce jour-là, sur ce praticable thaïlandais, l’athlète mauricien affronte des concurrents qui pratiquent cette discipline depuis plusieurs années, quand lui ne s’y consacre que depuis un an. Deux semaines plus tôt à peine, il décrochait le titre de champion de Maurice. Quand le classement final s’affiche, son nom apparaît en deuxième position : vice-champion d’Asie IFBB Mr Universe Fitness Challenge 2026.

En deux semaines, Kushal Sookrah est passé d’un titre national à un podium continental. Une progression qu’il attribue moins au talent qu’à une discipline forgée au fil des années, dans le sport comme dans sa vie professionnelle et personnelle.

Cet équilibre, il le construit au prix d’un emploi du temps serré. Car derrière l’athlète se cache un professionnel dont les journées sont déjà bien remplies. Senior Project Manager chez Lavasource, il pilote des projets internationaux de mise en œuvre de solutions en ressources humaines. Il exerce en parallèle comme coach sportif, accompagnant d’autres personnes dans leur transformation physique. À cela s’ajoutent six séances d’entraînement hebdomadaires et ses responsabilités familiales. 

« Trouver un équilibre demande énormément d’organisation, de discipline et de passion. Malgré un agenda très chargé, je m’efforce de donner le meilleur de moi-même dans chacun de mes rôles. » Il ne manque pas de remercier son entourage. « Ils sont ma plus grande force. Sans leur soutien, cette aventure aurait été beaucoup plus difficile. Chaque médaille est aussi la leur. »

Le Fitness Challenge est introduit à Maurice en 2024 par la Mauritius Bodybuilding & Fitness Federation. C’est ainsi que Kushal Sookrah découvre la discipline. Contrairement au bodybuilding classique, où un jury évalue le physique des participants, le Fitness Challenge repose uniquement sur des performances mesurées lors de six ateliers : pull-ups, squat & pull, dips, lunges, toes to bar et « devil press ». Pour chacun, les concurrents disposent de deux minutes pour réaliser un maximum de répétitions, entrecoupées de deux minutes de récupération, jusqu’à ce que les muscles brûlent et que le souffle se fasse plus court. 

« C’est précisément ce qui m’a attiré. J’avais envie d’une discipline où seul le travail est récompensé. Chaque répétition compte, chaque seconde peut faire la différence et le classement dépend uniquement de ce que l’on réalise sur le terrain. » 
Une épreuve qui exige, selon lui, une combinaison parfaite entre la force, l’endurance, le cardio et la capacité à récupérer rapidement : « Si vous perdez votre rythme sur un atelier, il devient très difficile de le retrouver sur les suivants. »

En 2025, pour sa première compétition nationale, il s’aligne sans préparation spécifique et décroche pourtant la deuxième place. « En terminant deuxième, j’ai compris que j’avais le potentiel pour aller beaucoup plus loin. Cette place m’a donné encore plus envie de travailler. » 

Il consacre alors une année entière à une préparation méthodique, complétée dans ses deux derniers mois par l’apport d’un coach international, avant de remporter, le 14 juin 2026, le Mauritius Fitness Challenge. Ce titre lui ouvre directement l’accès aux Championnats d’Asie IFBB Mr Universe, organisés deux semaines plus tard en Thaïlande. « Après avoir remporté le championnat national, il était naturel pour moi de saisir cette opportunité. Je voulais savoir où je me situais face aux meilleurs athlètes d’Asie et montrer qu’un Mauricien pouvait rivaliser avec eux. »

Le voyage devait, à l’origine, n’être qu’un séjour de vacances. Il prend une tout autre dimension lorsque Kushal Sookrah décroche son billet pour les Championnats d’Asie. À son arrivée, il mesure rapidement le niveau de la compétition. « Dès que j’ai découvert les autres concurrents, j’ai compris que chaque point allait se mériter. Le niveau était extrêmement relevé, mais cela m’a encore plus motivé à donner le meilleur de moi-même. » 

Au-delà de la rivalité sportive, il retient surtout les échanges avec des concurrents venus de toute l’Asie, sur les méthodes d’entraînement, la nutrition ou la récupération : « Nous étions adversaires sur le terrain, mais une fois les épreuves terminées, nous partagions tous la même passion. »

Sur ce même praticable, deux minutes de « devil press » plus tard, l’annonce des résultats tombe. L’émotion prend le dessus. « Je voulais représenter Maurice avec honneur et je rêvais d’une médaille, mais terminer vice-champion d’Asie dépasse largement ce que j’avais imaginé. C’est un moment que je n’oublierai jamais. » 

Pour lui, la performance dépasse le cadre personnel : « Porter le quadricolore est toujours un immense honneur. À chaque fois que j’entre sur une aire de compétition, je ne pense pas seulement à moi, mais à tout un pays. Je veux que les Mauriciens soient fiers de voir notre drapeau parmi les meilleures nations. »

Derrière la médaille, il y a aussi une réalité moins visible : celle des sacrifices financiers. Billets d’avion, hébergement, frais d’inscription, préparation : Kushal Sookrah a financé une grande partie de cette aventure sur ses propres moyens, avec un soutien partiel de son employeur. « Je leur suis très reconnaissant pour leur confiance. Leur soutien m’a permis de vivre cette expérience dans de meilleures conditions. » Pour la suite, il sait que ses ambitions dépendront aussi d’appuis extérieurs. « Si je veux continuer à évoluer parmi les meilleurs athlètes du monde, le soutien de sponsors sera indispensable. »

Depuis son retour, les messages de félicitations affluent. « Je remercie sincèrement tous les Mauriciens qui m’ont encouragé avant, pendant et après la compétition. » Pour beaucoup, une médaille d’argent continentale marquerait l’aboutissement d’une carrière. Pour Kushal Sookrah, elle n’est qu’une étape. « Cette médaille me montre que je suis sur la bonne voie. Elle me donne encore plus envie de travailler afin d’aller chercher le titre asiatique. » Les Championnats du monde figurent également parmi ses objectifs à moyen terme.

Au-delà de ses propres résultats, il espère que son parcours donnera envie à d’autres Mauriciens de se lancer dans une discipline encore récente dans le pays. « J’aimerais montrer aux jeunes que rien n’est impossible lorsque l’on travaille avec sérieux et persévérance. Peu importe d’où l’on vient, les rêves deviennent accessibles lorsque l’on refuse d’abandonner. » 

Une philosophie qu’il résume en une formule : « Le talent ouvre parfois une porte, mais c’est le travail quotidien qui permet de la franchir. »

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