Le Junior Minister à la Sécurité sociale défend sa proposition d’instaurer une nouvelle tranche d’imposition pour les salariés percevant plus de Rs 150 000 par mois, tout en rejetant l’idée d’une simple réduction des salaires des élus pour faire baisser le prix du carburant.
Dans une publication sur Facebook, il explique que si tous les députés, ministres délégués et ministres du gouvernement réduisaient leur salaire de moitié, cela ne permettrait de faire baisser le prix du carburant que de 12 sous par litre. Selon lui, cette mesure resterait purement symbolique et n’aurait aucun réel impact sur le pouvoir d’achat des Mauriciens.
Kugan Parapen souligne que cette baisse de salaire rapporterait environ Rs 65 millions par an à l’État, alors qu’une réduction d’une roupie par litre sur l’essence et le diesel représenterait un manque à gagner de Rs 551 millions. Il plaide ainsi pour des solutions plus structurelles afin d’alléger le fardeau fiscal sur la population.
Voici l’intégralité du message de Kugan Parapen:
𝐄𝐬𝐤𝐢 𝟏𝟐 𝐬𝐨𝐮 𝐚𝐬𝐞?
Si tous les députés (incluant ceux de l’opposition parlementaire), ministres délégués et ministres du gouvernement baissaient leur salaire par moitié (soit de 50%), on aurait pu baisser le prix du carburant par…12 sous ! Oui, vous avez bien lu – pas 12 roupies, pas Rs. 1.20, mais bel et bien 12 sous. Les mauriciens ont peut-être le sens de la repartie mais, hélas, pas celui de la proportion. Et pourtant, cela aurait dû être un calcul rapide, voire élémentaire. Tondre 64 élus pour nourrir 1.2 millions de personnes ne sera jamais une solution viable. Elle demeure une action « symbolique », un coup d’épée dans l’eau…
La population demande une baisse dans les taxes excessives sur le carburant depuis des années – et elle demande certainement bien plus que douze sous. C’est pour cela que je plaide pour aller au-delà du symbolisme, à la recherche d’un impact réel. Attardons-nous un moment sur ces douze sous – comment sommes-nous arrivé à ce chiffre dérisoire ?
Baisser les salaires de élus de moitié rapporterait 5 millions de roupies à l’Etat par mois – 65 millions de roupies par année (incluant le 13eme mois). Un très bon départ. Mais voila que la consommation en carburant de la société mauricienne est gargantuesque – 270 millions de litres pour l’essence et 281 millions de litres pour le diesel par année. Et la le calcul est vite fait – baisser la taxe d’une roupie par litre équivaut à un manque à gagner de 551 millions de roupies pour l’Etat (270m + 281m). Mais avec la baisse dans les salaires des élus, uniquement 65 millions sont disponibles, pas 551 millions. Au final, le prix du carburant ne peut donc être abaissé que de…12 sous !
Rezistans ek Alternativ a, de tout temps, plaidé pour un retour vers un système fiscal progressif, c’est-à-dire un système ou le secteur privé et ceux qui touchent les plus gros salaires contribuent plus dans les caisses de l’Etat. Ce retour vers un modèle progressif permettrait ainsi de soulager une grande partie de la population, incluant la classe moyenne et le petit peuple. C’est dans cette optique et avec la volonté de trouver des solutions qui auront des impacts réels que j’ai proposé d’instaurer une nouvelle tranche d’imposition pour ceux qui touchent plus de Rs. 150,000 par mois. Et là on parle de moins de 5% des salariés de la République.
Mais voilà, certains petits bourgeois ne sont pas contents et ils me le font savoir. Invectives, menaces et ultimatum ! Rien que cela. Mon préféré : « Salopard de gauchiste ». J’ai pris la peine de lire les nombreux commentaires qui s’opposent à cette mesure et je trouve le justificatif quelque peu indécent. L’argument principal serait que ces messieurs, dames qui touchent des salaires très élevés à l’échelle mauricienne ont travaillé très dur pour en arriver là et donc, au nom du mérite et de l’effort, ils doivent pouvoir conserver le fruit de ce sacrifice. Un argumentaire proche du « Chacun pour soi, et Dieu pour tous ». Et pourtant ces petits bourgeois touchent plus de dix fois le salaire minimum. Est-ce-que des études poussées justifie ce différentiel ? Qu’un médecin devrait toucher plus de vingt fois le salaire d’une infirmière ? Et si c’est le cas, un gouvernement qui intervient pour tenter de rééquilibrer la situation est-il un gouvernement « communiste » ou un gouvernement qui recherche un certain équilibre à travers une justice fiscale ?
L’autre argument serait qu’au lieu de « s’attaquer » à la petite bourgeoisie, on ferait mieux d’aller chercher l’argent chez les bourgeois – ceux qui détiennent le « vrai » capital. Un argument pour dire que les gros salaires ne sont pas des privilégiés, seuls les détenteurs de capitaux devraient être taxés. Avec l’introduction du « Fair Share Contribution » et autres prélèvements sur le secteur privé dans le dernier budget, la taxe effective sur le secteur privé a dépassé le seuil des 30% dans la majorité des cas – pour les gros salaires, la taxe directe sur les revenus est plafonnée à 20%, sauf pour ceux qui touchent plus de 12 millions par année (c’est-à-dire une poignée de personnes seulement). Je ne suis absolument pas contre des taxes plus progressives sur la fortune de cette bourgeoisie mais est-que l’un empêche l’autre ?
Il faut savoir que la taxe progressive sur les salaires était une réalité mauricienne avant 2006. D’ailleurs la taxe maximale à l’époque était de 30% et beaucoup des plus fortunés de notre société s’acquittait de cette taxe. Le budget de Sithanen de 2006 allait tout changer avec l’introduction d’un régime fiscal ultra léger à 15%. Vingt ans après, le constat est implacable, le peuple est asphyxié par les taxes indirectes alors que les privilégiés font face à une fiscalité ultra légère.
Autre point à souligner est que les gros salaires sont taxés de manière progressive dans la quasi-totalité du monde. Les exceptions sont les paradis fiscaux qui maintiennent une fiscalité légère pour rentabiliser leur modèle, au détriment de la classe moyenne et du petit peuple – à qui on demande de casquer le manque à gagner fiscal à travers des taxes abusives sur des produits comme le carburant.
Finalement, il faut clarifier ma position sur les salaires, je ne demande pas de taxer TOUT le salaire de ceux touchant plus de Rs. 150,000 par mois à 30%, uniquement la portion taxable au-delà de Rs 150,000 par mois. Pour simplifier, la taxe sur le revenu à 30% ne sera applicable qu’au-delà d’un revenu annuel de Rs. 2 millions. En d’autres mots, si quelqu’un touche Rs. 2,5 millions par an, le montant de taxe additionnelle qui lui sera demandé est de Rs. 50,000. Est-ce-qu’une position abusive ?
En conclusion, je suis un partisan d’actions concrètes qui vont soulager la population et non pas d’actions symboliques qui ne va pas soulager grand monde. Certains diront que 12 sous, c’est déjà quelque chose. Je propose de baisser les taxes sur le carburant de beaucoup plus – CINQ ROUPIES. Si notre situation économique le permettait, peut-être il n’y aurait pas eu besoin de neutraliser ce manque à gagner dans les caisses de l’Etat. Mais avec un taux d’endettement de 90%, le manque à gagner de la baisse des taxes sur le carburant ne peut malheureusement ne pas être compensé ailleurs. Au final, je ne demande pas de rajouter des taxes sur la population – je demande plutôt à une réingénierie de notre modèle fiscal. Exonérer TOUTE la population de Rs. 5 de taxes sur le litre de carburant et compenser par une taxe additionnelle de 10% sur le revenu supérieur à Rs. 2 millions des salaires élevés, y compris ceux des ministres et ministres délégués.
Etes-vous avec moi ? ✊





