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King : «Mon père serait fier de moi»

Par Ajagen Koomalen Rungen 
Publié le: 7 June 2026 à 14:30
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À 52 ans, Kheejoo Jenkins, King pour des milliers de Mauriciens, célèbre 32 ans de carrière gospel. Derrière l’artiste se trouve un homme que la perte précoce de son père a façonné plus que tout le reste. 

Il y a des absences qui ne se referment jamais vraiment. Elles se logent quelque part entre l’enfance et l’âge adulte, et restent là, silencieuses. Pour Kheejoo Jenkins – King pour des milliers de Mauriciens – qui grandit à D’Épinay, cette absence a un visage précis : celui de son père, emporté par la maladie alors qu’il était encore adolescent. 

« Je garde le souvenir d’un homme exigeant mais profondément bon, qui aimait ses enfants de tout son cœur. La maladie l’avait beaucoup affaibli, mais son amour pour sa famille est resté intact jusqu’à la fin. » Ce souvenir, il le porte avec soin. Parce que la maladie avait commencé son travail bien avant la mort, le père de King lui avait déjà été arraché lentement, par fragments. La disparition finale n’en fut que plus brutale. « Mon père représentait beaucoup pour moi et je me suis senti perdu pendant longtemps. »

Ce qui suit, beaucoup d’adolescents endeuillés le connaissent sans pouvoir le nommer : le sentiment d’avancer sans boussole dans un monde où les autres semblent avoir un guide. À l’école, dans les choix du quotidien, aux carrefours où un père pose ordinairement sa main sur l’épaule d’un fils, King se retrouve seul. « Un père est un guide, un modèle et un repère pour un jeune homme. Son absence s’est fait ressentir à chaque étape importante de ma vie. D’autres enfants avaient le soutien de leur père alors que je devais souvent me battre davantage pour avancer. »

Sa mère tient la maison debout. Seule, elle absorbe le deuil des siens et continue d’avancer. King lui rend hommage : « Heureusement, ma mère a toujours été présente pour nous soutenir et combler, autant que possible, cette absence. » Cette femme devient son premier modèle de résilience. Ce qu’elle lui transmet alors – la force, l’endurance, la foi – marquera toute sa vie. 

La douleur, chez King, ne se convertit pas en amertume. Elle se transforme en conscience aiguë que rien n’est donné : « Cette expérience m’a obligé à grandir plus rapidement et à développer une certaine maturité face aux responsabilités de la vie. » 

La rencontre qui change tout

Aucun homme ne prendra la place du père. Ce qui va transformer sa vie, c’est une rencontre d’une autre nature. « Ma rencontre personnelle avec Jésus-Christ a transformé ma vie. Peu à peu, ce manque que je ressentais a été comblé par la présence de mon Père céleste. » Dans cette foi, King trouve ce qu’il cherchait : un ancrage, une direction, et progressivement, une voix. Littéralement.

« J’ai toujours été attiré par la musique », confie-t-il. Il avait découvert cet univers quelques années plus tôt, grâce à Rodney Ranoujee, bassiste du groupe Zenith devenu plus tard Zenyatta, qui lui avait ouvert les portes de la batterie. L’église viendra élargir ce premier instrument à plusieurs autres. Mais, « lorsque j’ai commencé à chanter pour Dieu, j’ai compris qu’il s’agissait d’une véritable vocation ». 

Il se souvient de sa première prestation avec une netteté intacte, des décennies plus tard : « Je me souviens avoir fermé les yeux et chanté de tout mon cœur une composition personnelle. » Là, dans cet instant, King commence vraiment à exister.

La route n’est pas sans embûches. Les débuts dans le gospel mauricien se font sous les regards sceptiques d’une génération plus ancienne, peu habituée à cette forme d’expression musicale. King encaisse, et continue. « La musique était bien plus qu’une passion : c’était un appel. Il en fallait beaucoup pour me décourager. »

Inspiré par Ron Kenoly, Don Moen, Paul Wilbur et Carman, il forge un style qui lui est propre, suffisamment ancré dans les codes du gospel international pour être crédible, suffisamment singulier pour devenir reconnaissable. Aujourd’hui, à 52 ans et après 32 ans de carrière, il est l’une des figures centrales du genre à Maurice. « La plus grande leçon que j’ai apprise est de rester soi-même. Nous sommes tous uniques et c’est cette authenticité qui fait notre force. »

En 2015, l’État mauricien lui remet le titre de M.S.K. des mains du président de la République. « Cette distinction demeure pour moi une grande source de gratitude et d’encouragement. »

Bâtir : la famille, l’académie, l’avenir

L’homme que King est devenu a aussi reconstruit, dans sa vie privée, ce que l’enfance avait fragilisé. Après des épreuves sentimentales qu’il évoque sans s’y attarder, il a su rebâtir un foyer solide : « Les expériences du passé m’ont rendu plus mature. Aujourd’hui, Dieu m’a béni avec une famille formidable, une épouse exceptionnelle et des enfants qui m’apportent beaucoup de joie. » 

Leur rencontre s’est faite simplement, sur son lieu de travail. « Avec le temps, nous avons appris à nous connaître et une belle histoire est née. » Ce qui scelle leur union, c’est la convergence. « Nous partagions les mêmes valeurs, la même vision de la vie et le même désir de construire quelque chose de solide et durable. » L’amour, pour lui, est avant tout un engagement. « C’est aussi le respect mutuel, la confiance et la volonté de continuer à avancer ensemble malgré les défis de la vie. » 

L’homme qui a perdu son père très tôt, trop tôt, est devenu, précisément à cause de cela, un papa particulièrement présent. Il observe, il écoute, il laisse chacun exister dans sa singularité. « Chaque enfant a sa propre personnalité. Cette diversité enrichit notre quotidien et apporte beaucoup de vie et de bonheur à notre famille. » 

En parallèle, King multiplie les projets. À la tête de Great Communications Ltd et de l’Église en Adoration, il a lancé récemment la King Music Academy, déployée sur trois sites à Quatre-Bornes, Goodlands et Flacq. « Voir les progrès des étudiants et contribuer à former la prochaine génération de musiciens est une satisfaction immense. » 

Le 1er août, King se produira au J&J Auditorium à Phoenix. Puis il s’envolera pour Londres, où il donnera un concert à l’Union Chapel, salle mythique qui a accueilli certains des plus grands artistes internationaux. « Pour un Mauricien issu de l’océan Indien, se produire dans un tel lieu est une grâce exceptionnelle. » Cette étape est, pour lui, la preuve que les rêves raisonnés, portés avec ténacité, finissent par trouver leur scène. « Je suis quelqu’un qui rêve et qui croit profondément aux possibilités. Même dans les moments difficiles, je n’ai jamais cessé de croire en mes projets. »

C’est là que réside son véritable secret : avoir transformé chacune de ses blessures en une force capable d’inspirer les autres. « Lorsque je regarde tout ce parcours, je réalise que la patience, la persévérance et la foi en Dieu ont été les clés de chaque étape de ma vie. » 

Lorsqu’on lui demande ce que son père penserait de tout cela, King ne cherche pas ses mots longtemps. « Je crois sincèrement qu’il serait extrêmement fier. »

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