Khushal Lobine : «Notre pays a besoin de réformes profondes, pas seulement d’un remaniement»
Par
Sharone Samy
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Sharone Samy
À l’heure où le gouvernement fait face à des attentes grandissantes de la population, Khushal Lobine affiche un ton à la fois critique et réfléchi sur plusieurs dossiers d’actualité. Entre les réformes qui tardent à se concrétiser, le coût de la vie qui continue de peser sur les familles mauriciennes, la montée inquiétante de la drogue synthétique chez les jeunes et les interrogations autour de la gouvernance, le Leader des Nouveaux Démocrates estime qu’il est temps de remettre l’efficacité, la transparence et la méritocratie au centre de l’action politique.
Dans l’interview, le député revient également sur les spéculations entourant un éventuel remaniement ministériel, ses désaccords avec certaines décisions gouvernementales, les défis économiques à venir ainsi que ses attentes concernant le prochain Budget. Sans détour, Khushal Lobine livre sa lecture de la situation politique actuelle et sa vision des priorités pour le pays.
Depuis plusieurs mois, vous multipliez les prises de position publiques. Certes, vous assumez pleinement votre rôle de backbencher, mais qu’est-ce qui motive aujourd’hui ces différentes sorties ?
En tant que député et Leader des Nouveaux Démocrates, ma motivation première demeure le bien-être et le progrès de chaque Mauricienne et de chaque Mauricien. Toutes mes prises de position sont guidées par une seule conviction : la nécessité de bâtir une île Maurice meilleure, plus juste, plus moderne et plus humaine pour les générations présentes et futures.
Je crois profondément que la politique doit avant tout être un engagement sincère au service du peuple. Être backbencher ne signifie pas rester silencieux. Dans une démocratie parlementaire, un député a aussi le devoir d’interroger, de proposer, d’alerter et d’être à l’écoute des difficultés quotidiennes de ses concitoyens.
Quand je prends position sur le coût de la vie, la transparence, la réforme des institutions, la méritocratie ou encore le pouvoir d’achat, je le fais avec sincérité et responsabilité. Mon engagement repose sur des valeurs essentielles : la justice sociale, la transparence, le respect des institutions démocratiques et la nécessité d’apporter un souffle nouveau dans la manière de gouverner notre pays.
Les Mauriciens aspirent aujourd’hui à plus d’espoir, plus d’équité et une meilleure qualité de vie, et je considère qu’il est de mon devoir de porter cette aspiration avec responsabilité et détermination.
Vous avez déclaré à plusieurs reprises ne pas être intéressé par un poste ministériel. Toutefois, pensez-vous que vous auriez pu davantage contribuer au développement du pays en occupant un portefeuille ministériel ?
Je l’ai déjà dit à plusieurs reprises et je le réaffirme avec sincérité : la finalité de l’engagement politique ne doit pas être, à tout prix, de devenir ministre. Pour moi, la politique est avant tout un engagement de service envers la population et envers le pays. Bien évidemment, j’ai la conviction que je peux servir mon pays à tous les niveaux de la sphère politique et institutionnelle. Mais je demeure fidèle à mes convictions profondes : notre démocratie constitutionnelle a aujourd’hui besoin d’un changement profond dans l’approche de l’exercice du pouvoir exécutif.
Je suis d’avis que pour une population d’environ 1,2 million d’habitants, avoir 25 ministres est excessif. Avec la mise en place prochaine de la Commission de Révision Constitutionnelle, cette question devra être sérieusement examinée dans l’intérêt d’une gouvernance plus moderne, plus efficace et plus responsable.
Par ailleurs, la nomination des ministres relève exclusivement de la prérogative du Premier ministre. Celui-ci a lui-même déclaré avoir constitué une « dream team » ministérielle. Il appartient donc maintenant à cette équipe de travailler, de produire des résultats et surtout de joindre les actes à la parole. Les Mauriciens attendent des changements concrets : une société plus juste, davantage de justice sociale, une véritable méritocratie et une amélioration réelle de la qualité de vie. C’est cela qui doit être au centre des priorités gouvernementales.
Quant à un éventuel remaniement ministériel, je considère également qu’il faut être réaliste : ce gouvernement dispose essentiellement de deux années pleines de travail, soit 2027 et 2028, puisque 2029 sera inévitablement marquée par les élections générales. Dans ce contexte, je ne vois pas nécessairement comment un ministre nouvellement nommé pourrait disposer du temps suffisant pour mettre en œuvre des réformes profondes et produire des résultats tangibles.
Pour ma part, je continuerai à défendre avec constance mes convictions, dans l’intérêt supérieur du pays et des Mauriciennes et Mauriciens.
Un éventuel remaniement ministériel alimente de nombreuses spéculations. Estimez-vous qu’il serait légitime qu’un poste de ministre vous soit confié, surtout dans un contexte marqué par de profonds changements au MMM après le départ de Paul Bérenger ?
Je pense qu’il faut éviter de personnaliser excessivement le débat politique autour des postes ministériels. Aujourd’hui, les Mauriciens attendent avant tout des résultats, des réformes concrètes et une amélioration réelle de leur quotidien. Comme je l’ai toujours dit, ma priorité reste le service du pays. En tant que député et Leader des Nouveaux Démocrates, ma motivation première demeure le bien-être et le progrès de chaque Mauricienne et de chaque Mauricien.
Je crois profondément que la politique doit avant tout être un engagement sincère au service du peuple. Mon engagement repose sur des valeurs essentielles : la justice sociale, la transparence, la méritocratie, le respect des institutions démocratiques et la nécessité d’apporter un souffle nouveau dans la manière de gouverner notre pays.
Concernant un éventuel remaniement, il appartient exclusivement au Premier ministre de décider de la composition de son gouvernement. Mais au-delà des considérations politiques, le véritable enjeu aujourd’hui est celui de l’efficacité gouvernementale et de la capacité à répondre rapidement aux attentes de la population.
Dans le contexte actuel, je pense surtout que chaque membre du gouvernement doit mesurer l’urgence de la situation économique et sociale du pays et se concentrer pleinement sur les résultats à produire dans les prochaines années.
Vous n’avez jamais caché vos désaccords avec certaines décisions gouvernementales. Dans un contexte marqué par les tensions au Moyen-Orient et la crise énergétique, estimez-vous que le gouvernement a pris les mesures nécessaires pour soulager la population ?
Depuis le début de la crise internationale liée à la guerre au Moyen-Orient, j’ai effectivement exprimé à plusieurs reprises mes inquiétudes et mes réserves quant à certaines décisions prises, car cette situation mondiale a des répercussions directes sur l’économie mauricienne et surtout sur le coût de la vie de nos concitoyens.
Je reconnais toutefois que certaines propositions que j’avais mises de l’avant ont été partiellement prises en considération par le gouvernement, notamment l’idée d’ouvrir davantage un « golden corridor » afin d’attirer des investisseurs et de nouvelles opportunités économiques pour le pays. C’est une démarche positive qui va dans la bonne direction.
Cependant, je demeure convaincu que beaucoup plus aurait pu être fait afin d’anticiper et d’atténuer les conséquences économiques et sociales de cette crise internationale. J’avais notamment plaidé pour l’élaboration rapide d’un véritable protocole national favorisant davantage le télétravail ainsi que des horaires flexibles (flexitime) dans certains secteurs, afin de réduire les déplacements, la consommation de carburant et la pression économique sur les familles mauriciennes.
Par ailleurs, je maintiens ma position selon laquelle une réduction temporaire des droits d’accise ainsi que de la TVA sur les produits pétroliers aurait constitué une mesure forte et concrète pour soulager immédiatement la population face à la hausse des prix et à l’augmentation du coût de la vie. Dans des périodes de crise internationale, les gouvernements doivent faire preuve d’anticipation, de flexibilité et surtout placer l’intérêt de la population au centre des priorités.
En tant que député et Leader des Nouveaux Démocrates, ma motivation première demeure le bien- être et le progrès de chaque Mauricienne et de chaque Mauricien. Mon rôle est précisément de proposer des solutions responsables et d’exprimer, lorsque cela est nécessaire, les préoccupations légitimes de la population, avec sincérité, responsabilité et dans l’intérêt supérieur du pays.
Dix-huit mois après l’arrivée au pouvoir du gouvernement, un sentiment d’impatience semble persister au sein de la population. Entre les nominations controversées et les récentes démissions, notamment celle du Chairman de la CWA, quel regard portez-vous sur la situation actuelle ?
Il existe bien un sentiment d’impatience dans le pays. Les Mauriciens ne demandent pas des effets d’annonce ; ils attendent des résultats concrets dans leur quotidien. Je pense que les institutions doivent aujourd’hui retrouver toute leur crédibilité. Les nominations dans les institutions publiques doivent avant tout reposer sur la compétence, la transparence et la méritocratie. C’est essentiel pour restaurer la confiance publique. Mais je crois également qu’il faut éviter la politique spectacle et rester concentrés sur les véritables priorités : le coût de la vie, l’emploi, la sécurité, la réforme des institutions et le développement du pays. Les Mauriciens attendent un changement profond dans la manière de gouverner, avec davantage de responsabilité, d’efficacité et de proximité avec la population.
De nombreuses réformes avaient été annoncées, mais plusieurs observateurs estiment que leur mise en œuvre tarde à se concrétiser. Selon vous, le gouvernement aurait-il dû prendre des décisions plus fortes et plus tangibles plus tôt, surtout au regard des attentes suscitées par les promesses électorales ?
Les attentes étaient effectivement très élevées après les élections, parce que les Mauriciens avaient voté pour le changement et pour une rupture avec certaines pratiques du passé. Je pense que certaines réformes auraient dû avancer plus rapidement, notamment sur la modernisation des institutions, la transparence, la réforme du financement politique et le renforcement démocratique.
Chez les Nouveaux Démocrates, nous avons toujours défendu l’idée qu’après près de 60 ans d’indépendance, il est temps de moderniser profondément notre système politique afin qu’il corresponde davantage aux réalités d’aujourd’hui et aux aspirations des nouvelles générations. Nous croyons à une démocratie plus moderne, plus représentative, plus transparente et plus équilibrée, avec des institutions fortes et davantage de méritocratie dans la gouvernance publique.
Quelles sont vos attentes concernant le prochain Budget ? Le Premier ministre a lui-même reconnu qu’il s’agira d’un exercice difficile. Selon vous, quelles devraient être les priorités pour répondre aux préoccupations de la population ?
Le prochain Budget sera certainement difficile, mais il doit surtout être courageux et visionnaire. La priorité doit être le pouvoir d’achat, l’emploi de qualité, le soutien aux PME, la sécurité alimentaire, la transition énergétique et la protection des plus vulnérables. Mais au-delà des mesures immédiates, Maurice doit commencer à poser les bases d’un nouveau modèle économique plus résilient, plus indépendant et davantage centré sur l’humain. Nous devons investir davantage dans la jeunesse, l’innovation, l’écologie et la formation.
Je crois qu’il faut remettre l’humain au centre du développement économique. Le Budget doit également envoyer un signal fort en faveur de la justice sociale, de la méritocratie et d’une croissance plus inclusive.
Le trafic de drogue demeure une source de préoccupation majeure à Maurice, notamment face aux récents événements qui ont relancé le débat sur l’efficacité des dispositifs d’urgence et de prévention. Quel est votre regard sur cette problématique sensible ?
La drogue représente aujourd’hui une menace nationale extrêmement grave. Elle détruit des familles, fragilise des quartiers entiers et touche de plus en plus de jeunes. La lutte contre ce fléau ne peut pas se limiter uniquement à la répression. Il faut une approche globale comprenant la prévention, l’éducation, l’accompagnement psychologique, la réhabilitation et le renforcement du travail communautaire.
Il faut également renforcer les capacités de nos institutions, améliorer le renseignement et mener une lutte sans faiblesse contre les réseaux criminels qui exploitent la vulnérabilité des jeunes Mauriciens. La protection de notre jeunesse doit être une priorité nationale absolue.
Selon les chiffres officiels, 173 adolescents ont été admis pour des problèmes liés à la toxicomanie en 2025. Face à la prolifération des drogues de synthèse, comment cette situation vous interpelle-t-elle et quelles mesures préconisez-vous ?
Ces chiffres sont extrêmement inquiétants et doivent interpeller la société mauricienne. Quand des adolescents tombent dans la toxicomanie, cela signifie que nous faisons face à une crise sociale, éducative et familiale qui nécessite une réponse nationale urgente.
Je pense qu’il faut renforcer la prévention dès le plus jeune âge, améliorer l’encadrement scolaire et sportif, soutenir davantage les familles et mettre en place des structures adaptées pour l’accompagnement des jeunes dépendants. La lutte contre les drogues synthétiques doit devenir une priorité nationale, avec davantage de moyens pour la prévention, les soins, la réhabilitation et le démantèlement des réseaux criminels.
Le Premier ministre a récemment annoncé au Parlement la fin des écoutes téléphoniques illégales. Pourtant, cette semaine, Rama Valayden a affirmé que certaines communications seraient toujours enregistrées…
Dans une démocratie moderne, la protection des libertés individuelles et de la vie privée est essentielle. Si des allégations sérieuses sont faites concernant des écoutes illégales, elles doivent être clarifiées rapidement et de manière transparente. Les institutions concernées doivent pouvoir rassurer la population. Je crois profondément au respect des institutions démocratiques, à l’État de droit et à la nécessité de préserver la confiance des citoyens dans le fonctionnement de notre démocratie.
C’est précisément pour cela que nous devons continuer à renforcer les garanties institutionnelles, la transparence et les mécanismes de contrôle démocratique, afin que les libertés fondamentales des Mauriciens soient pleinement protégées.