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Kevin, handicapé : «j’ai enfin mon chez-moi»

Par Ajagen Koomalen Rungen 
Publié le: 16 May 2026 à 19:30
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(Après transformation) : Un chez-soi adapté où Kévin vit enfin avec liberté, dignité et autonomie.
(Après transformation) : Un chez-soi adapté où Kévin vit enfin avec liberté, dignité et autonomie.

Handicapé moteur depuis l’enfance, Kevin a longtemps vécu sans avoir d’espace bien à lui. À 32 ans, il s’installe enfin dans un studio adapté et y découvre une nouvelle liberté. 

Il parle doucement, sans chercher à impressionner, avec cette retenue de ceux qui ont appris à vivre avec le silence et l’effort. « J’ai appris très tôt à vivre différemment. Je ne pouvais pas faire comme le commun des mortels, j’ai avancé comme je pouvais. Je n’ai jamais connu une autre réalité alors je me suis adapté sans me plaindre », confie Kevin.  

Élevé par ses grands-parents, il grandit avec peu de moyens adaptés. « Ils ont toujours été là pour moi, mais il y avait des limites qu’on ne pouvait pas dépasser », ajoute-t-il. 

Ce n’est qu’à l’âge de 6 ans qu’il dispose enfin d’un fauteuil roulant et grâce auquel il peut découvrir le monde.  « Auparavant, en observant les autres vivre, je ressentais une forme d’envie, non pas de jalousie, mais plutôt accompagnée de nombreuses questions », avoue le trentenaire.

C’est ainsi que très tôt, il développe une patience rare et une capacité d’observation qui façonnera sa manière d’être. « J’ai appris à attendre à comprendre à accepter certaines choses sans les rejeter », Le rêve discret d’un espace à soi
Avec les années, une idée prend place sans jamais le quitter. « J’ai toujours voulu avoir mon propre espace, un endroit où je pourrais vivre à mon rythme. Ce n’était pas un luxe, mais un besoin profond presque une nécessité intérieure », confie notre interlocuteur. 

Malheureusement, les solutions adaptées à son état de santé restent limitées. « Il n’y avait pas beaucoup d’options pour quelqu’un dans ma situation », explique Kevin, qui se retrouve alors dans un Care Home dans le nord de l’île. « J’avais un toit et c’était important, mais ce n’était pas chez moi. Il me manquait la liberté de faire les choses moi-même de décider de mon quotidien », ajoute le trentenaire qui ne dramatise pas. Il est resigné, mais garde une lucidité constante : « À un moment, je pensais que cette situation allait durer toute ma vie ».

Les jours s’enchaînent et Kevin construit une forme d’équilibre entre ce qu’il vit et ce qu’il espère. « Je me suis habitué, mais au fond de moi il y avait toujours cette envie d’avoir autre chose. Je n’en parlais pas beaucoup, mais ce rêve était omniprésent », dit-il.  

Le trentenaire apprend à se contenter de peu tout en gardant une force intérieure discrète : « Parfois on avance sans savoir si les choses vont changer, mais on continue quand même », indique-t-il. Ce mélange de résignation et d’espoir va définir une grande partie de son parcours.

Quand l’improbable devient possible

Puis, un jour une idée surgit : transformer le garage de son oncle à Cité La Cure en studio adapté. Il confie, encore sous le coup de l’émotion : « Quand on m’en a parlé, j’ai eu du mal à y croire. C’était quelque chose de beau, mais qui me semblait très loin. Je ne voulais pas me faire de faux espoirs alors je suis resté prudent ».  

Autour de lui, certaines personnes refusent de laisser ce projet rester une simple idée. Ce sont Jacqueline Rose, Yohann Bohwon et Amélie Koenig qui décident d’agir. « Ils ont cru dans ce projet et dans ma situation avant même que moi j’y croie vraiment », dit-il. Une collecte de fonds est lancée via Small Step Matters avec un objectif de collecter Rs 550 000.

« Ce qui m’a touché, ce n’est pas seulement l’initiative c’est l’engagement des gens », confie Kevin. 

Pendant six mois le projet avance, porté par une mobilisation humaine forte. « J’ai vu des personnes donner sans rien attendre en retour. Des gens que je ne connaissais pas ont pris le temps de participer et cela m’a profondément marqué », relate-t-il.

Chaque contribution devient un symbole. « Peu importe le montant, chaque geste avait une valeur immense pour moi », indique Kevin, dont le regard change peu à peu. « J’ai commencé à croire que cette fois cela pouvait vraiment se réaliser », indique-t-il. C’est ainsi que l’espoir s’installe sans faire de bruit, mais avec une intensité nouvelle.

Le chantier de l’espoir

Février 2026 marque un tournant quand les travaux commencent. « Je venais voir régulièrement et je regardais chaque détail évoluer. C’était impressionnant de voir un simple garage se transformer en espace de vie adapté pour moi », se remémore-t-il. 

Freiné par son handicap, Kevin n’a pas pu se rendre régulièrement sur place. C’est donc Yohann Bohwon qui est devenu ses yeux et ses oreilles, supervisant le chantier étape par étape. À distance, mais le cœur à l’ouvrage, le trentenaire a pu vibrer au rythme des travaux grâce aux photos envoyées quotidiennement.

Les murs sont repensés et les accès améliorés, chaque élément est conçu pour faciliter son autonomie. « Tout était pensé pour que je puisse vivre de manière plus indépendante », se souvient-il. À mesure que le chantier avance, Kevin se projette : « Je commençais à imaginer ma vie ici, mon quotidien mes habitudes ». Un mois avant la fin du chantier, il s’est installé chez sa tante, à deux pas du studio, pour vivre les dernières étapes des travaux au plus près du terrain. 

Le moment où tout bascule

Les semaines s'écoulent entre impatience et retenue. « J’avais envie que tout soit terminé, mais en même temps je prenais le temps de réaliser ce qui se passait. C’était comme vivre un rêve, mais en restant prudent », dit-il. Chaque visite renforce sa conviction : « Plus je voyais l’avancement plus je comprenais que ce projet allait vraiment changer ma vie ».

Puis tout bascule, lorsque Kevin se tient devant la porte de son studio pour la première fois en avril dernier. « Je me suis arrêté quelques secondes devant la porte pour respirer et comprendre que c’était réel. Quand je suis entré, j’ai ressenti quelque chose de très fort, difficile à décrire. Je me suis dit simplement : ‘C’est chez moi’ », relate-t-il.

Ce moment marque une rupture avec tout ce qu’il a connu auparavant. « Ce n’était pas un endroit de passage c’était un vrai point de départ  », confie-t-il avec émotion.

La vie dans ce nouveau cadre commence doucement. « J’apprends chaque jour à faire les choses moi-même à mon rythme. Monter sur mon lit, faire la vaisselle, organiser mon espace ce sont des gestes simples, mais pour moi ce sont de grandes victoires », avoue Kevin, qui redécouvre son quotidien. « Je prends le temps d’apprendre sans me mettre de pression. Chaque progrès compte, chaque petite réussite me donne confiance et me montre que je peux avancer encore », affirme-t-il.

Bien que son quotidien dépende du soutien logistique de sa famille pour l’approvisionnement et les repas, Kevin refuse la fatalité de l’assistanat. Au jour le jour, il livre un combat silencieux pour préserver la moindre once d’autonomie. 

Une vie qui commence enfin

Au-delà des gestes pratiques, c’est également un changement intérieur. « Je me sens différent plus confiant plus apaisé. Avoir un espace à moi change ma manière de penser et de vivre. L’indépendance ne se mesure pas seulement en actions, mais aussi en état d’esprit. On se sent plus libre même dans sa tête », relate-t-il. Tous les matins il commence sa journée par prier, écouter des chants de louanges, des cantiques et rendre grâce au Seigneur. 

Emporté par un profond élan de gratitude, il a tenu à saluer la chaîne de solidarité qui s’est formée autour de lui, rappelant que « chaque aide, chaque geste, chaque mot de soutien a compté ». Sans cette mobilisation, « rien n’aurait été possible », affirme-t-il.

Au cœur de ces remerciements, sa famille occupe une place centrale, avec une mention toute particulière pour son oncle, l’artisan majeur de ce nouveau départ : « C’est lui qui m’a permis d’avoir cet espace aujourd’hui ; je suis ici grâce à lui ». Marqué à jamais par cet élan de générosité, il l’assure d’une voix unie : « Je n’oublierai jamais ce qui a été fait pour moi ».

Aujourd’hui, Kevin regarde l’avenir avec une sérénité nouvelle. « Ma vie n’est pas devenue plus facile, mais elle est devenue plus libre. J’ai encore beaucoup à apprendre, mais maintenant j’ai une base solide. Avoir un chez-moi change tout cela donne de la stabilité de la confiance et une direction », conclut-il. 

Dans ce studio aménagé à partir d’un garage, il trouve bien plus qu’un toit : une dignité, une autonomie et une nouvelle force pour avancer. Chaque jour, il vit enfin pleinement sa vie, avec calme, détermination et espoir.

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