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Kevin Carpenen : « Le fret maritime va baisser, mais pas de façon immédiate ni uniforme »

Par Leena Gooraya-Poligadoo
Publié le: 16 June 2026 à 12:30
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La réouverture annoncée du détroit d’Ormuz et la baisse immédiate des prix du pétrole peuvent-elles se traduire par une diminution des coûts de transport maritime et des prix à l’importation ?
Avec tout ce que nous avons vécu ces derniers mois, il faudrait que l’accord soit signé pour vraiment y croire. L’accord annoncé et la réouverture du détroit d’Ormuz pourraient effectivement entraîner une baisse des coûts du transport maritime et des prix des importations, mais ces effets ne seront ni automatiques ni immédiats. 

La baisse du pétrole joue un rôle central, car le carburant représente plus de 45 % à 50 % des coûts d’exploitation d’un navire. En conséquence, la diminution du brut réduit les surcharges carburant (BAF) appliquées par les armateurs. Par ailleurs, la sécurisation de la zone permet la suppression des primes d’assurance liées au risque de guerre et met fin aux détours imposés par les zones de conflit, ce qui réduit les temps de trajet et améliore la rotation des flottes. 

Cependant, la transmission de ces baisses aux prix finaux dépend de la nature des produits. Les biens lourds comme les matières premières ou les matériaux de construction devraient voir des baisses plus rapides et visibles, car le transport y représente une part importante du coût total. À l’inverse, les produits comme l’habillement ou la haute technologie seront peu affectés, leur prix dépendant davantage de la production et des marges. 

Enfin, trois facteurs ralentissent la baisse pour le consommateur : les contrats à terme sur le carburant et les devises, la rigidité des marges des intermédiaires, et les fluctuations du taux de change qui peuvent neutraliser les gains.

Après plusieurs semaines d’incertitude géopolitique au Moyen-Orient, comment cet accord entre les États-Unis et l’Iran influence-t-il vos prévisions concernant le coût du fret et de l’énergie à Maurice ?
L’accord historique conclu entre les États-Unis et l’Iran, sous médiation du Pakistan et officialisé le 15 juin 2026, entraîne une baisse rapide du coût du fret maritime et de l’énergie à Maurice. La fin du conflit et la levée du blocus naval font reculer les tensions et provoquent une chute de 4 à 5 % des cours du pétrole, avec un Brent sous les 90 dollars. Pour Maurice, importateur net d’hydrocarbures, cette baisse réduit les coûts d’importation de la State Trading Corporation et allège la pression sur les carburants et l’électricité de la CEB. 

La réouverture du détroit d’Ormuz le 19 juin 2026, après déminage, rétablit un axe majeur du commerce mondial. Les coûts d’assurance maritime et de fret diminuent, libérant des capacités de transport et réduisant les tarifs vers Port-Louis. À terme, la normalisation des flux logistiques devrait réduire l’inflation importée et soutenir le pouvoir d’achat, malgré un ajustement progressif globalement.

Face à une autre éventuelle crise, dans quelle mesure les entreprises mauriciennes disposent‑elles des moyens nécessaires pour résister et quelles stratégies mettent‑elles en œuvre pour limiter ses effets ?
Le niveau de préparation des entreprises mauriciennes demeure contrasté. Certains secteurs stratégiques ont pris des mesures d’anticipation, tandis que d’autres restent vulnérables en raison de la forte dépendance du pays aux importations. 

Les organismes publics chargés de l’approvisionnement de produits essentiels, notamment la STC, mettent en œuvre les dispositions nécessaires pour garantir la continuité des stocks sous leur responsabilité. En revanche, les industriels et manufacturiers doivent composer avec une hausse importante des coûts logistiques et des délais de livraison plus longs. Les petites et moyennes entreprises sont particulièrement exposées, car elles disposent de moins de ressources pour absorber les hausses du fret et les fluctuations des devises. 

Face à cette situation, les opérateurs économiques cherchent à diversifier leurs sources d’approvisionnement, notamment vers l’Afrique et d’autres régions, afin de réduire leur dépendance à certaines routes commerciales. Les transitaires travaillent également sur des itinéraires alternatifs pour accompagner leurs clients et limiter les perturbations.

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