Kevin Brigemohane : l’avocat aux mille visages
Par
Ajagen Koomalen Rungen
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Ajagen Koomalen Rungen
Avocat, futur politicien et bientôt chanteur : Kevin Brigemohane refuse les étiquettes. Portrait d’un jeune Mauricien passionné qui concilie rigueur du droit, engagement social et quête d’inexplicable.
Dans son cabinet de Quatre-Bornes, Kevin Brigemohane exerce le droit avec la rigueur qu’on attend d’un avocat de 25 ans. Mais dès qu’il sort de son bureau, les frontières deviennent floues. Il prépare son entrée en politique, fait la promotion gratuite de petits commerces locaux, apparaît dans des clips musicaux et enregistre sa propre chanson. Une vie compartimentée ou un tout cohérent ? Lui-même semble avoir tranché : il vit le moment présent, sans se poser trop de questions.
Lorsqu’il prête serment en 2018, robe noire sur les épaules, Kevin Brigemohane hérite d’un bagage familial lourd. Le droit coule dans le sang de la famille. Sa mère est avouée. Il grandit dans un univers où les mots ont un poids, où les décisions peuvent changer des vies. Les discussions à la maison, les dossiers, les histoires humaines derrière les affaires forgent naturellement sa vocation.
Mais son parcours n’est pas linéaire. Avant le droit, Kevin part en Angleterre étudier la comptabilité. Un choix pragmatique : comprendre les rouages financiers, avoir une vision globale du monde professionnel. La vie anglaise lui apporte la discipline, l’autonomie, le sens de l’effort. Après la comptabilité, le droit s’impose. Il reprend les études, commence même à travailler en Angleterre. Les opportunités sont là, le confort aussi.
Pourtant, il rentre. L’attachement familial pèse plus lourd que les perspectives de carrière à l’étranger. « J’aime être bien entouré. J’aime sentir que je fais partie de quelque chose », dit-il. Un choix qu’il assume pleinement, même si cela signifie renoncer à une certaine forme de réussite professionnelle.
Il s’installe à Quatre-Bornes, ville qu’il affectionne, et ouvre son cabinet. Dans son exercice du droit, Kevin se veut à l’écoute. Il n’est pas seulement un technicien des textes de loi. Il est attentif aux parcours, aux fragilités, aux non-dits. Il aide quand il le peut, dans la mesure du possible, confie-t-il.
Le droit ne suffit pas à contenir son énergie. Kevin suit la politique de près, l’analyse, la critique. Il envisage de s’y engager dans un futur proche. Son objectif : servir son pays, être à l’écoute des jeunes, comprendre leurs attentes, leurs frustrations. Un discours qu’on entend souvent, mais qu’il porte avec une conviction qui semble sincère.
En parallèle, il s’engage bénévolement pour aider de petits entrepreneurs. Publicités gratuites pour des snacks, des commerces locaux, des initiatives modestes. Des gestes ponctuels, certes, mais qui témoignent d’une volonté réelle de soutenir l’économie locale à sa manière.
Et puis il y a la musique. Kevin apparaît dans un clip de Warren Permal, une expérience qu’il savoure comme une ouverture vers un autre langage. Il prépare maintenant son propre morceau, une chanson qui racontera sa vie, ses combats, ses choix, ses doutes. Un projet intime, sans prétention affichée.
Cette multiplication des casquettes interroge forcément. Comment concilier tout cela ? Kevin ne semble pas se poser la question. Il vit intensément, dit-il, ne remet pas à demain. Pour lui, les regrets naissent de ce que l’on n’a pas osé faire.
Avocat, futur homme politique, soutien des petits entrepreneurs, bientôt chanteur. Kevin Brigemohane avance sur plusieurs fronts à la fois. Une dispersion ou une richesse ? La réponse dépend sans doute de la capacité à tenir dans la durée. Pour l’instant, à 25 ans, il a l’énergie et la conviction. Reste à voir si cette multiplication des engagements trouvera un équilibre stable ou si elle finira par imposer des choix.
Ce qui est certain, c’est que Kevin refuse les cases. Il ne veut pas être seulement avocat, seulement militant, seulement artiste. Il veut tout cela à la fois, avec la foi en l’humain comme fil conducteur. Un pari audacieux, peut-être naïf, mais qu’il assume pleinement.
Pendant le confinement, Kevin Brigemohane s’est lancé dans une aventure inhabituelle pour un avocat : visiter des lieux réputés hantés à Maurice. Avec trois amis, il a arpenté la maison de St-Paul où dix personnes auraient trouvé la mort, le cimetière de Chamarel, Rivière-des-Créoles. Caméra en main, ils filment, observent, tentent de comprendre.
Kevin affirme ne pas avoir peur, mais il est honnête sur ce qu’il ressent : des frissons, la chair de poule, parfois des bruits étranges, des pleurs, des souffles que le vent seul n’explique pas toujours. Dans certaines vidéos tournées de nuit, on distingue une forme blanche passant devant la caméra. Il ne prétend rien, ne conclut pas. Il parle de mystère, d’inexplicable.
Il n’est pas médium, ne communique pas avec les esprits, ne revendique aucun don surnaturel. Il ressent, observe, analyse. Sa conviction : quand on est positif à 100 %, rien ne peut arriver.
Le cimetière de Chamarel reste gravé dans sa mémoire. Le vent violent, les bruits, l’atmosphère oppressante. Tout semblait s’opposer à sa présence. Mais il tient bon, affronte, filme, va jusqu’au bout.
À travers ses lives et ses vidéos, Kevin cherche avant tout à éduquer la population. À expliquer d’où viennent les croyances, pourquoi certaines peurs persistent, comment l’imaginaire collectif se construit. Il refuse la dramatisation excessive, la manipulation émotionnelle. Son message : comprendre libère.
Une démarche qui détonne dans le parcours d’un avocat, mais qui s’inscrit dans sa logique : explorer, ne pas avoir peur, aller voir par soi-même.