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Kee Chong Li Kwong Wing : «La situation est très grave. Je ne peux plus me taire»

Par Kinsley David
Publié le: 9 May 2026 à 10:52
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Kee Chong Li Kwong Wing-090526
Kee Chong Li Kwong Wing est inquiet pour le secteur bancaire.

À l’approche du Budget 2026/2027, Kee Chong Li Kwong Wing appelle à une refonte profonde. L’ex-député, économiste et ex-président de SBM Holdings est intervenu dans l’émission « Au Cœur de l’Info ».

Après des années de silence imposé par son devoir de réserve, Kee Chong Li Kwong Wing a choisi de prendre la parole dans l’émission « Au Cœur de l’Info », animée par Ashna Nuckcheddy-Rabot. Son intervention n’est ni diplomatique ni mesurée. Elle se veut celle d’un homme qui estime que le pays se rapproche dangereusement d’un point de rupture.

« Je me suis donné un droit de réserve parce que je siégeais sur des conseils d’administration de banques internationales. Mais la situation est très grave et je ne peux plus me taire. J’ai personnellement peur de ce qui pourrait se passer dans un avenir proche, parce qu’il y a aujourd’hui un ras-le-bol national », indique-t-il.

Au cœur de ses inquiétudes : le secteur bancaire. Pour lui, les Rs 14 milliards de prêts toxiques ne sont pas un incident isolé, mais le symptôme d’un mal plus profond. « Il faut mettre le problème de la SBM dans sa globalité. Quand je suis arrivé à la présidence de la holding, j’ai commencé à poser des questions simples : comment la banque performe-t-elle réellement ? Mais très vite, on m’a opposé le soi-disant secret bancaire. Ce n’est pas normal qu’au sein même de la structure mère, on ne puisse pas avoir une lecture claire de la situation », explique-t-il. 

Son diagnostic est sévère : le problème dépasse les chiffres et touche à la structure même du système. Il ajoute : « Je partage l’avis de ceux qui disent que le système est gangrené », a-t-il ajouté. Selon lui, « tant qu’on ne change pas profondément la manière dont fonctionnent nos institutions, on continuera à faire des allers-retours entre crises, enquêtes et scandales sans jamais régler le fond du problème ».

Kee Chong Li Kwong Wing emploie des mots particulièrement durs lorsqu’il évoque l’influence politique sur les institutions publiques. « Quand je parle de système mafieux, je mesure mes mots. Habituellement, la mafia infiltre la politique pour contrôler des opérations lucratives. À Maurice, c’est presque l’inverse : c’est la politique qui interfère dans les institutions et les garde sous contrôle. Regardez la SBM, la MauBank, Air Mauritius… toutes les évidences sont là. Il faut espérer que ceux qui sont aujourd’hui aux commandes prennent enfin les décisions nécessaires », fait-il ressortir. 

L’affaire Silver Bank illustre, selon lui, les défaillances du système de régulation. « J’ai rencontré une personne impliquée dans ce projet bancaire, présentée comme un trader dans les métaux à Dubaï et ailleurs. Au fil de la conversation, j’ai senti que quelque chose n’allait pas. Une simple recherche internet suffisait à faire apparaître des déboires judiciaires. À partir de là, je savais que cette banque courait à la catastrophe. La vraie question est : comment cette licence a-t-elle été accordée ? Et comment une banque qui ne soumettait pas ses comptes audités pendant deux ans pouvait-elle encore opérer ? », se demande-t-il. 

Mais c’est aussi tout le modèle économique mauricien qui, selon lui, montre ses limites. « Nous importons trois fois plus que nous exportons. Cela veut dire une chose simple : nous produisons moins. Et quand on met en place des mesures pour stimuler la consommation sans renforcer la production, on augmente les importations, on accroît la demande en devises, la roupie se déprécie, le pouvoir d’achat baisse… et le cercle vicieux continue », déplore-t-il. 

Réformer la gouvernance ou subir le déclin

Pour lui, Maurice paie aujourd’hui son manque d’anticipation. « Nous dépendons des services, du tourisme, de secteurs volatils qui eux-mêmes souffrent du ralentissement mondial. Mais où est la vision ? Que faisons-nous pour créer de nouveaux secteurs ? Que faisons-nous pour développer sérieusement l’économie maritime ? Pour renforcer la qualité de notre capital humain ? Le vrai problème est structurel. Les anciens modèles perdurent alors qu’ils ne génèrent plus les revenus d’autrefois », précise Kee Chong Li Kwong Wing.

Sur le dossier sensible de la pension, il appelle à une approche lucide, mais responsable. « Oui, il faut trouver une solution parce que la population vieillit et que ceux qui cotisent seront moins nombreux. Mais avant de toucher au contrat social, il faut d’abord arrêter le gaspillage, stopper la corruption et remettre de l’ordre dans la gestion publique », fait-il remarquer. 

Sa feuille de route passe par des réformes institutionnelles fortes. « Il faut une vraie ‘accountability’, une ‘Freedom of Information Act’, une ‘Public Accountability Act’, une ‘Fiscal Responsibility Act’. Aujourd’hui, on ouvre des enquêtes, mais elles n’aboutissent à rien. Tant qu’il n’y aura pas de conséquences réelles pour ceux qui gèrent mal l’argent public, rien ne changera », dit-il. 

Et sur les nominations ? Il tranche sans détour : « Il faut geler toutes les nominations politiques dans les banques, faire une évaluation complète et créer un Public Appointment Committee indépendant. Ce n’est pas possible de perdre de l’argent dans une banque quand les bonnes personnes sont à la bonne place ».

Son message est clair : au-delà des ajustements budgétaires, c’est une refondation de la gouvernance économique et institutionnelle qu’il réclame.

Cette retranscription n’est qu’une partie de l’émission, qui dure deux heures. Elle est disponible sur les plateformes du Défi Media et sur la chaîne YouTube de Téléplus.

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