Kashish Boojhawon ou l’homme qui incarne la force tranquille des livres
Par
Kinsley David
Par
Kinsley David
Bibliothécaire, conteur, musicien et passeur de lecture, Kashish Boojhawon avance sans bruit mais avec une grande détermination. Fondateur du Safari Book Club, il multiplie les projets avec pour mission de redonner ses lettres de noblesse au livre afin que celui-ci redevienne un espace de partage, d’émotion et de liberté.
Il y a chez Kashish Boojhawon quelque chose de rare : une douceur ferme, une passion discrète et une foi intacte dans le pouvoir des histoires. À 32 ans, originaire de Triolet, il porte en lui les paysages, les silences et les rythmes du Nord comme une seconde peau. Fils de parents aujourd’hui à la retraite, il a grandi dans une maison où la lecture n’était pas une injonction scolaire mais un geste quotidien, presque sacré. Son père, toujours « scotché » à ses journaux, avide d’actualité, commentait le monde autour d’un thé ; sa mère, elle, trouvait refuge et réconfort dans ses livres de prières. Entre les unes et les autres, Kashish a appris très tôt que lire, c’était à la fois comprendre le monde et apaiser l’âme.
On pourrait dire, à la manière d’Obélix, qu’il est « tombé dans la marmite des livres » étant petit. Mais loin d’être un hasard, cette immersion précoce est devenue sa force, son moteur et sa mission aujourd’hui. Bibliothécaire principal au ministère de l’Éducation et des ressources humaines, titulaire d’un BA (Hons) en Library and Information Science et d’un Post Graduate Diploma en Human Resource Management, Kashish incarne le lien entre savoir, humanité et culture. Pourtant, son identité ne se réduit jamais à ses diplômes.
Quand il ne classe pas des ouvrages ou ne conçoit pas des projets, il prend sa bansuri, la flûte indienne, et laisse la musique dialoguer avec les mots lors de séances de narration, comme si chaque souffle, chaque note, faisait tourner une nouvelle page invisible devant son auditoire.
Avec le Safari Book Club, ONG qu’il a fondée, il poursuit un objectif clair : raviver la culture de la lecture à Maurice. L’association met en lumière des auteurs, illustrateurs, peintres, cosplayeurs et artistes locaux, collabore avec d’autres organismes culturels et développe des activités inclusives mêlant éducation, loisirs et lien social. Parmi ses réalisations marquantes figurent la création d’un coin livres au ministère de l’Éducation (Zone 1), un concours de poésie et une exposition artistique à la bibliothèque publique de Grand-Baie, un salon du livre chez Topress Ltd, des séances de contes au Centre de Lecture et d’Animation Culturelle, ainsi que des visites de bibliothèques et des distributions de livres pour des enfants apprenant le français avec CLEF.
Pour Kashish, remettre la lecture au cœur de nos vies est essentiel. « Notre quotidien va trop vite », confie-t-il. Entre notifications, écrans et course permanente contre le temps, l’esprit humain n’a presque plus d’espace pour s’arrêter, rêver, ressentir. Le livre, pour lui, devient alors un refuge : non pas une fuite du réel, mais une manière plus profonde de l’habiter. Ouvrir un roman, une poésie ou même un simple conte, c’est accepter de ralentir, de respirer autrement, de redonner du rythme au cœur et à la pensée.
Dans un monde dominé par l’immédiateté numérique, la lecture offre ce que les écrans ne peuvent pas toujours donner : le silence, l’intimité et la liberté de l’imagination. Chaque page tournée est comme une fenêtre qui s’ouvre sur d’autres vies, d’autres cultures, d’autres émotions.
Pour Kashish, lire, c’est voyager sans bouger, rencontrer sans se déplacer, comprendre sans juger trop vite. « La lecture n’est pas seulement une compétence scolaire ou un outil académique. C’est une expérience humaine. Elle nourrit l’esprit, élargit la sensibilité, aiguise le regard sur le monde et aide chacun à mieux se comprendre lui-même. À travers les histoires, on apprend l’empathie, on découvre la complexité des êtres, on développe sa créativité et on renforce sa capacité à penser par soi-même », fait valoir le jeune homme.
Ainsi, le livre peut devenir un compagnon pour toute une vie, présent dans les moments de joie comme dans les périodes de doute, capable de consoler, d’inspirer, de questionner ou de réconforter. « Une société qui lit est une société plus consciente, plus sensible et plus ouverte. Et c’est cette conviction qui guide chacun de ses projets avec le Safari Book Club ».
Kashish voit aussi la lecture comme une forme de thérapie, au même titre que la musique ou le sport. Les histoires inspirantes nourrissent l’âme, développent l’empathie et stimulent la créativité. Toute activité liée au livre, selon lui, renforce à la fois la sensibilité humaine et la curiosité intellectuelle.
Le jeune homme travaille actuellement sur un projet de narration autour du livre « Poldy vole haut », une histoire éducative mettant en scène un épouvantail et trois oiseaux explorant le monde. Le projet prévoit des séances de contes dans les écoles et bibliothèques, une exposition de livres et d’œuvres sur les oiseaux de Maurice, l’installation de nids et de maisons d’oiseaux dans des bibliothèques publiques, ainsi qu’un parcours pédagogique autour de la protection de la faune et du changement climatique. Lire, ici, devient un acte à la fois poétique et citoyen.
L’adhésion au Safari Book Club est ouverte à toute personne résidant à Maurice, y compris les mineurs. Toutefois, les activités restent accessibles aux non-membres, car l’objectif premier est collectif : réinitier le goût de la lecture, de l’écriture créative et du conte.
Dans la continuité de ses actions, le Safari Book Club organise une foire du livre à La Croisette Mall les 13 et 14 février 2026, de 10h30 à 21h30.
À l’heure où la Saint-Valentin est souvent associée aux fleurs, aux chocolats et aux dîners romantiques, l’initiative invite à repenser le cadeau d’amour : et si cette année, on offrait un livre ? Offrir un ouvrage, c’est offrir du temps, des émotions, des mots qui restent et des histoires qui accompagnent bien au-delà d’une journée.
L’événement proposera d’importantes réductions sur les livres et réunira une dizaine d’auteurs mauriciens, offrant au public une occasion unique de rencontrer ceux qui écrivent notre île. Au programme : récitations de poèmes, séances de dédicaces, maquillage pour enfants et animations surprises, de quoi faire de ces deux jours une véritable fête familiale et culturelle autour du livre.
À travers cette foire, le Safari Book Club ambitionne non seulement de célébrer l’amour sous toutes ses formes — amour des mots, des histoires et de la lecture — mais aussi de renforcer la visibilité des écrivains mauriciens et d’accompagner la diffusion de leurs œuvres auprès du grand public. Une Saint-Valentin qui bat au rythme des pages tournées et des voix partagées.