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Kamlawtee Baniparsand : gato pima, so, so

Kamlawtee Baniparsand Les clients font la queue.

Tout près d’une pharmacie, aux environs de l'ancien cinéma Venus, Port-Louis est attroupée une petite foule. Rien de grave, c’est habituel à 17h00. Ils sont plusieurs à attendre leurs commandes de ‘gato pima so so. Les touristes les surnomment les boulettes de piments. Rencontre avec Kamlawtee.

Aujourd’hui c’est spécial pour Kamlawtee Banipersand ! Il y a 63 ans, elle a pointé son bout de nez dans ce monde. Des années qui se sont rapidement envolées en un clin d’œil, selon elle.

Elle a passé son enfance, très modeste mais heureuse, à Cassis, Port-Louis, dans une famille nombreuse. Elle était la quatrième enfant d’une fratrie de sept, dont cinq filles et deux garçons. Elle fera sa scolarité jusqu’à la sixième avant de devoir abandonner sa scolarité faute de moyens. « A lepok, dimune ti tro misere ek lekol tro cher », dit-elle nostalgique.

Pour aider à faire bouillir la marmite, elle travaillera à tour de rôle comme femme de ménage, sera ouvrière à l'usine jusqu’à ce qu’elle rencontre un certain Sooknanand. Ils se marieront et de cette union naîtront trois enfants, deux filles et un garçon.

Elle vivra heureuse malgré des soucis familiaux avec sa belle-famille. Son mari sera d’un soutien indéfectible tout au long de leur mariage. En même temps, la mère de Kamlawtee décide de vendre des gâteaux piments, un délice dans lequel elle excellait.

Kamlawtee l’accompagnera pour l’aider, car ses boulettes de pois chiches aux piments se vendaient très bien et étaient apprécis de tous.

Conversion

kamlawtee
Kamlawtee en pleine préparation.

Elle abandonnera son travail d’usine pour aider sa mère qui a un petit emplacement à Port-Louis près de la pharmacie de Venus. Les deux femmes faisaient frire sur place les gâteaux piments. Ces boulettes sont à base de dholl-gram, parfumées à la coriandre et au piment et frites à l’huile. Un délice dont beaucoup de Mauriciens raffolent dans un bon ‘dipain diber’ ou dans un bon curry au massala.

Sa passion pour la cuisine lui vient d’ailleurs de sa maman. ‘Mo ti pe guet mo mama cuit mo ti pe aprane ar li meme’, dit-elle.

Quelques années après,  le malheur frappera la famille, Kamlawtee perdra son époux et sa mère. Elle se retrouvera avec sa benjamine de 18 ans à sa charge unique, ses deux aînés étant déjà mariés. Elle s’armera de courage pour sa benjamine et reprendra le flambeau de la petite échoppe de gâteaux piments de sa mère. Malheureusement, comme un malheur ne vient pas seule, la discorde familiale l’obligera à quitter son domicile pour habiter dans une petite maison qu’elle louera à Pailles.

Les enfants de Kamlawtee sont très reconnaissants envers leur mère. « Elle a toujours été très responsable et là pour nous soutenir » soutient Priya qui aide sa mère de temps à autre.

Tous les jours, Kamlawtee s’occupe de son petit-fils, puis elle se met à la tâche pour préparer la pâte pour ses fameux 'gato pima'. « Mo met dhall tremper gramatin meme, mo fer mo bane lezot travaille, lerla vers ene ner ki mo sorti ek tout mo lekipment » raconte-t-elle. Même si à 63 ans elle devrait être en train de jouir d'une paisible retraite, Kamlawtee préfère faire et vendre ces petits gâteaux au lieu de rester oisive à la maison. « Lakaz pena grand kitchose pour fer acose sa mo prefere travay gayn ene ti distraction aussi, » admet celle qui est très populaire malgré sa timidité.

Le temps qu’elle s’installe, les clients sont déjà là…pas de répit…ils arrivent vite…avec les trente ans qu’elle a passés à vendre, Kamlawtee manie rapidement la pâte et fait des petites boules pour les mettre dans la ‘caraille’ d’huile chaude.

Ces gâteaux ne sont pas plus gros qu’une  bille et se vendent à Re 1 la pièce. « Avan mo mama ti pe vende gato pima la 85 sous aster tou pe monte. À ce prix-là, la plupart des clients prennent un cornet de 25 gato piment ». 

Il est 17 heures, les clients continuent d’affluer. Entre 15 heures et 17 heures c’est l’heure de pointe, pas de pause il faut s’activer. Il est 18 heures, l’heure de plier bagages, car la pâte est finie, les clients sont mécontents. « Bisin travail ziska pli tard madame », peut-on entendre.

Si son petit-fils et sa cuisine occupent tout son temps durant les jours de semaine, pas question de travailler pendant le week-end. Elle se repose et s’adonne à son passe-temps favori : la lecture. Eh oui Kamlawtee est une fidèle lectrice des publications du Defimedia. « Kan li lire so journal la, pa kav deranz li, li kav blier manzer tout, telment li absorbe ladans, » raconte sa fille aînée Priya tout sourire. Une habitude que Kamlawtee a héritée de son père qui lui aussi aimait lire les journaux.

Un autre de ses passe-temps quand elle n’est pas à préparer de bon petits plats pour sa famille, c'est de regarder les vieux films indiens. Elle affectionne particulièrement les films avec son acteur préféré, Rajesh Khanna.

Kamlawtee Baniparsad a passé 30 ans de sa vie à faire des gâteaux piments pour ses clients, aujourd’hui aussi elle poursuit sa route…. avec le soutien de ses enfants. En ce jour spécial de son anniversaire, on ne peut que lui souhaiter tout le bonheur du monde.

Michael Ah

Michael est un fan des gâteaux piments de Kamlawtee. Il raconte «Souvent kan mo desane bistop Venus mo vine aster gato ici , gagne lagamme manzer , li extra croquant ». C'est de bouche à oreille qu’il a su que les ‘gato pima so so ‘de Kamlawtee étaient très bons. Voulant y goûter un jour, il en fut conquis et est désormais un client fidèle.

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