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Kalpana Koonjoo-Shah : «Femmes battues, dénoncez vos bourreaux»

Kalpana Koonjoo-Shah

La nouvelle ministre de l’Égalité des Genres et du Bien-être de la Famille n’y va pas par le dos de la cuillère. Kalpana Koonjoo-Shah dit ne pouvoir blairer la violence domestique et conjugale eu égard au drame de jeudi à Vacoas. Elle n’a qu’un message aux femmes victimes : dénoncez vos bourreaux.

Le pays vient de recenser jeudi un nouveau cas de violence domestique avec un homme qui a violenté sa femme et ses deux gosses en bas âge. Est-ce un cas de trop ?
Je le répète depuis des années et encore plus depuis que je suis à la tête de ce ministère, chaque cas de violence domestique est un cas de trop. En novembre 2019, lors de la Journée internationale contre la violence à l’égard des femmes, le Premier ministre s’est longuement exprimé sur la question. Il a qualifié ces violences d’actes barbares. Je me joins à lui pour dire que ceux qui commettent de tels actes à l’égard des femmes n’ont pas leur place dans notre société. Je trouve regrettable qu’en 2020, dans un pays moderne, où les gens voyagent désormais par le métro, il y ait des femmes qui subissent des violences physiques et verbales. 

Ici, on parle de violence envers une maman et ses deux enfants…
Ce qui s’est passé jeudi soir me choque et me révolte au plus haut point. À l’heure où je vous parle, nous avons un bébé d’un an hospitalisé après avoir été agressé par son père, une femme meurtrie et un deuxième enfant traumatisé peut-être à vie. Bref, toute une famille brisée. C’est inacceptable. Personnellement, je suis à la fois outrée et choquée par ce qui s’est passé chez cette famille à Vacoas. J’ai passé la soirée de jeudi au téléphone avec les médecins traitants, la police et j’ai aussi discuté avec mon collègue ministre de la Santé, le Dr Jagatpal. Je voulais m’assurer que tout était mis en œuvre pour soutenir cette famille.

Il semble que la plupart des femmes violentées subissent et se taisent parce que, financièrement, elles sont dépendantes de leur bourreau; près de 60 % de femmes touchent un maigre salaire, alors que le reste ne travaillent pas et dépendent de leur époux. Que faire dans ces cas-là ?
C’est effectivement un constat. C’est la raison pour laquelle au niveau du ministère nous avons mis en place tout un système de soutien pour aider les femmes à être financièrement indépendantes. Certaines femmes nous ont néanmoins fait part de leurs difficultés à trouver un emploi stable. Nous avons réfléchi sur la meilleure façon possible de rendre ce programme encore plus efficace. J’ai eu plusieurs réunions avec mes officiers pour voir comment nous pouvons l’améliorer davantage. Nous voulons mettre en place un programme de formation pour permettre à ces femmes de lancer leur propre affaire.

Une hotline existe, la 139, pour rapporter des cas de violence, mais ce numéro n’est pas suffisamment vulgarisé. Que compte faire votre ministère à ce sujet ?
Je ne dirais pas que cette hotline n’est pas suffisamment vulgarisée. Plus de 500 campagnes de sensibilisation ont été menées rien que ces dernières années à travers l’île. Le ministère a aussi énormément travaillé avec les médias. Nous collaborons avec la Citizen Support Unit pour mener des campagnes de sensibilisation à travers le pays.

Selon Statistics Mauritius, le nombre de cas rapportés à la Family Protection Unit est en hausse d’année en année, avec une dizaine de cas recensés quotidiennement. N’est-il pas temps de durcir davantage les lois afin de dissuader les hommes violents et les emmener à réfléchir mille fois avant de cogner ?
Nous avons déjà durci la loi en 2017. La Protection from Domestic Violence Act a été amendée. Aujourd’hui, une personne trouvée coupable d’avoir abusé physiquement ou verbalement son/sa conjoint/e est passible d’une amende qui varie entre Rs 50 000 et Rs 100 000 et à la 3ème récidive, l’accusé va directement en prison, ni plus ni moins. Aujourd’hui, le terme de violence domestique est beaucoup plus large, il comprend: menaces, harcèlements, insultes et abus économiques. Donc, la loi est déjà là. 

Je vais voir comment améliorer les services offerts par les 'shelters' pour les femmes battues»

Peut-être faudrait-il aller au-delà de l’aspect purement légal pour contrer ce fléau qui gangrène notre société ?
Nous voulons faire plus qu’appliquer la loi. Nous voulons aider la famille, aider le couple, aider le conjoint malade, parce que violenter son épouse ou son époux n’est pas normal. Cette personne a besoin d’aide. Nous avons lancé, avec la collaboration du United Nations Development Programme (UNDP), le Perpetrator’s Rehabilitation Programme dans le but d’aider l’agresseur à se réhabiliter et à changer de mentalité et d’attitude envers les membres de sa famille. Personnellement, je pense qu’il faut aussi que la justice ordonne à un agresseur de suivre un traitement pour gérer sa colère.

Souvent, après avoir rapporté des cas de violence à leur égard, des femmes retirent leur déposition à la police et l’affaire est close. Ne faudrait-il pas prendre quand même des sanctions?
Comme je vous l’ai dit, nous avons une loi pour prévenir la violence domestique et protéger les victimes. Mais nous ne pouvons pas enclencher le protocole nécessaire si la victime décide de ne pas aller de l’avant. Nous ne pouvons pas obliger la victime à poursuivre sa démarche.

Selon les statistiques, la plupart des femmes victimes de violence préfèrent subir afin de protéger les enfants et la cellule familiale. Que leur conseillez-vous ?
Dénoncer ! Se taire revient à continuer de souffrir en silence. Les choses risquent fort d’empirer. C’est malheureux, mais des femmes sont tombées sous les coups de leurs maris ou compagnons. Nous en avons vu au moins sept rien que l’année dernière. Vos enfants souffrent et vont davantage souffrir si vous continuez à vous taire. Nous sommes là pour vous aider. La loi est là, mais si les victimes se taisent, que croyez-vous que nous puissions faire ? Votre silence ne nous aide pas. C’est bien trop facile de dire que les lois ne sont pas suffisamment sévères. Mais croyez-moi, durcir dix mille fois une loi ne 'pourra pas garantir la protection de la victime si celle-ci choisit de se taire. Je le répète à chaque fois : dénoncez votre agresseur.

La majorité des femmes qui ont recours aux abris le font parce qu’elles ne sont pas accueillies par des proches. Ne pensez-vous pas que ces abris devraient être mieux équipés afin de permettre un encadrement optimal aux victimes en détresse…
Nous travaillons avec plusieurs 'shelters'. Ils sont gérés par des ONG, avec lesquelles nous collaborons étroitement. D’ailleurs, c’est l’un des sujets que je vais aborder avec mes officiers avec la nouvelle année qui commence. Je vais voir comment améliorer les services offerts par les 'shelters' pour mieux protéger les femmes victimes de violence conjugale.

Le Children’s Bill est pour quand au Parlement ?
Le Children’s Bill est pour bientôt. J’ai eu plusieurs réunions avec mes officiers et ceux du Parquet. Je voudrais y ajouter quelques nouveautés qui seront en ligne avec une société moderne. Je suis convaincue que cette loi permettra vraiment de protéger nos enfants davantage, car elle sera basée sur des recherches scientifiques ainsi que sur le modèle d’autres pays dans lesquels elle aura fait ses preuves. Nous comptons aussi renforcer la loi en ce qui concerne la protection des enfants. Bientôt, le projet de loi sera au Parlement. La population en prendra connaissance et nous attendons voir comment ces nouveautés seront accueillies. Pour ma part, je suis persuadée que le Children’s Bill sera bien accueilli.

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