Mise à jour: 18 janvier 2026 à 12:50

Kailash Mokram meurt dans un accident - Sa mère : «Je regrette de lui avoir dit d’aller travailler…»

Par Le Dimanche /L' Hebdo
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kailash
Le père de famille a été percuté de plein fouet par une voiture sur l’autoroute Terre-Rouge/Verdun, à hauteur de Khoyratty. Kailash Mokram a été fauché avant d’avoir pu accomplir les rêves qu’il avait pour sa fille.
  • La sexagénaire s’occupera de la fille de 15 ans de son défunt fils 

Kailash Mokram avait rénové la maison, acheté les fournitures scolaires pour la rentrée de sa fille. Samedi dernier, il est sorti travailler. Il n’est jamais revenu.

La voix tremblante, les larmes lui ruissellant sur les joues, Neeta Mokram, âgée de 68 ans, est une mère dévastée. Le canapé est là, dans le salon. Son fils Kailash l’avait installé, il y a quelques jours à peine, après avoir refait toute sa chambre. « Mo garson finn rinte, li’nn travay, limem inn fer tou dan lakaz. Li’nn tir sofa dan mo swa, li’nn met seki sa so swa… zordi li pa’nn gagn letan pou asiz ladan kouma bizin, li’nn kit nou, li’nn ale... »

Kailash ne s’assiéra jamais plus dans ce canapé. Samedi 10 janvier, il est sorti de la maison de Congomah. C’est sa dépouille qui est revenue. Percuté de plein fouet par une voiture, alors qu’il marchait sur l’autoroute Terre-Rouge/Verdun, à hauteur de Khoyratty, il est mort à 41 ans, sans que sa mère puisse le voir une dernière fois. Avec lui s’envole aussi le rêve qu’il portait pour sa fille de 15 ans : l’envoyer à l’étranger pour poursuivre ses études. 

« Aster mwa ki pou okip so tifi », pleure Neeta. Cette habitante de Congomah est passée par bien des épreuves. Veuve, elle a élevé seule ses deux enfants après la mort de son mari, emporté par la maladie, alors que Kailash était encore enfant. « Mes enfants ont bien étudié. J’ai tout fait pour eux », dit-elle. Sa fille s’est mariée et s’est installée chez son époux. Kailash aussi s’est marié et a eu une fille, mais son couple n’a pas fonctionné. « Son épouse est partie et nous nous sommes retrouvés à trois dans la maison », explique la sexagénaire.

Depuis, une complicité mère-fils et père-fille s’était installée. « On se disait tout. Tous les jours, on se parlait. C’était un très bon fils, il n’a jamais eu de problèmes avec qui que ce soit », raconte Neeta. Chaque soir, quand Kailash sortait du travail vers 17 ou 18 heures, il s’asseyait avec sa fille. Chacun racontait sa journée.

Il voulait qu’elle réussisse dans ses études. Quand elle lui a fait part de son envie de changer de collège, il lui a dit de travailler dur. Si elle avait de bons résultats, il ferait le nécessaire. La jeune fille a très bien travaillé et avait trouvé un autre établissement à Calebasses. Heureux de sa performance, son père avait déjà acheté ses chaussures et le matériel scolaire pour la rentrée. Lundi, il se faisait une joie de l’accompagner à son nouveau collège pour son admission. « Il voulait qu’elle aille à l’étranger pour poursuivre des études : le rêve de sa fille. Il avait des projets pour elle », dit Neeta, au bord des larmes.

Elle voyait l’avenir en pensant que son fils veillerait sur elle dans les moments difficiles. Mais samedi matin, elle s’est réveillée tard. Son fils aussi. Quand il a émergé, il l’a appelée. « Je lui ai dit d’aller travailler… » se souvient-elle. Elle ne pouvait pas savoir que ce serait leurs dernières paroles.

Dans la soirée, contre toute attente, la terrible nouvelle lui parvient. Kailash, aussi connu comme Pritam, a eu un grave accident. Il n’a pas survécu. « Je regrette de lui avoir dit d’aller travailler. Ces dernières paroles sont restées gravées dans ma mémoire », murmure-t-elle.

Son cousin Kavilesh avait tenté de le joindre plus tôt dans la journée. Kailash n’avait pas décroché. « Dans la soirée, j’ai reçu un appel d’un policier expliquant qu’il avait pris le portable d’une personne victime d’un accident et que mon numéro était apparu. J’ai confirmé son identité », se rappelle avec peine Kavilesh. Lors des funérailles, amis, proches et habitants du village étaient nombreux à faire le déplacement pour lui rendre un dernier hommage.

Une habitante de Plaine-Magnien était au volant de la voiture impliquée. À la police de Terre-Rouge, elle a soutenu qu’elle circulait sur l’autoroute quand, tout à coup, elle a été éblouie par les phares d’un véhicule venant en sens opposé. Elle dit ne pas avoir vu la victime à temps. L’impact a été violent. Elle a été inculpée en cour, lundi, pour homicide involontaire.

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