Interview

Kabir Ruhee, CEO de Rogers Capital : «Assurer un effet de levier sur l’offre de valeur de Maurice»

Kabir Ruhee, Chief Executive Officer (CEO) de Rogers Capital, brosse un tableau optimiste du secteur des services financiers. Il mise sur les nouvelles offres Fintech.

Depuis la restructuration du groupe Rogers l’an dernier, comment se porte Rogers Capital ?
La marque Rogers Capital a été révélée au marché en octobre de l’année dernière. Elle est née de l’ambition de combiner notre savoir-faire dans les services financiers, dans les métiers du fiduciaire et les nouvelles technologies de l’information. Nous nous sommes restructurés dans trois pôles : Corporate, Technology et Financials. Nous nous évertuons à mettre au point la marque, en fonction de notre ambition d’avoir une forte croissance dans les trois prochaines années. Dans le monde du Corporate, nous avons réalisé notre quatrième acquisition avec Globefin Management Services, une Offshore Management Company (OMC). Cette acquisition nous permet d’élargir notre portefeuille de clients qui investissent en Afrique. Elle nous donne aussi une force de frappe en Afrique, continent du présent et de l’avenir. Nous travaillons sur de nouvelles offres, comme le crédit à la consommation. Tout cela mobilise beaucoup de ressources, d’énergie et d’enthousiasme. Nous sommes environ 350 professionnels de la finance, de la comptabilité et d’ingénieurs.

Le monde du Global Business fait face à beaucoup de pressions, notamment avec les nouvelles exigences imposées par des institutions internationales. Pensez-vous que nous devons promouvoir les atouts non-fiscaux de Maurice ?
Absolument ! Ce secteur compte plus de 25 ans d’existence et contribue à 12  % du PIB. Au cours de toutes ces années, nous avons acquis des compétences et l’expertise. Certes, il est vrai que la juridiction mauricienne offre des attraits, mais elle propose aussi le savoir-faire. Si aujourd’hui, nous sommes reconnus, c’est parce que nous avons une réelle value proposition par rapport aux autres. D’ailleurs, certains de nos partenaires nous confient que par rapport à la qualité/prix, Maurice fait mieux que d’autres pays, notamment le Luxembourg et Singapour. Mais ce dernier offre un degré de sophistication que nous devons développer. Nous avons tous les atouts pour cela. La juridiction mauricienne continuera à gagner en maturité et en sophistication.

l Justement, la montée de nouveaux créneaux comme Fintech et Regtech offre des opportunités de sophistication. Comment Rogers Capital anticipe-t-il ces nouvelles possibilités d’affaires ?
Nous y croyons beaucoup. La preuve est que Rogers Capital compte une forte composante technologique. Le groupe Rogers est dans le domaine des Tics depuis plus de 20 ans. Nous sommes ici dans les locaux de Rogers Capital Technology Services, une société qui compte environ 130 professionnels dont la plupart sont des ingénieurs et des techniciens. La genèse même de Rogers Capital est d’aider les métiers financiers et du fiduciaire à travers l’outil technologique, le numérique. En d’autres mots, je dirais que c’est la base même de l’ADN de Rogers Capital. Nous avons présentement des offres Fintech en préparation qu’on lancera bientôt.

La juridiction mauricienne continuera à gagner en maturité"

La révision du traité fiscal avec l’Inde et l’émergence de Regtech apportent leur lot de défis au secteur financier. Comment se prépare-t-on à y faire face ?
Pour l’instant, nous sommes toujours dans une période de transition sur le traité fiscal avec l’Inde. Cette période est de deux ans depuis le 1er avril dernier. L’industrie poursuit son développement. Il y a quand même un dynamisme de l’économie indienne et on espère que cela va continuer ainsi. Il faut assurer un effet de levier sur l’offre de valeur que Maurice accorde, une plateforme crédible. Il faut aussi intensifier notre présence commerciale et notre marketing pour vanter notre savoir-faire sur plusieurs zones géographiques incluant l’Inde.

Beaucoup misent sur une diversification des marchés. L’Afrique est-il réellement une opportunité viable et à long terme ?
Absolument ! Le continent maintient sa croissance même si de temps en temps, des difficultés surgissent. Des fois, on entend parler de l’Afrique comme si c’était un seul pays. Bien étendu, on compte sur 54 pays avec plusieurs fuseaux horaires. Les investissements continuent à affluer pour le développement de plusieurs pays. C’est clair que le continent représente un terrain de jeu propice. Il ne faut pas le négliger.

Avez-vous concrètement des projets pour vous y implanter ?
Le groupe Rogers est déjà présent historiquement dans des territoires africains, notamment à Madagascar, en Afrique du Sud, au Mozambique, Kenya, entre autres. Le groupe entend marquer sa présence à long terme avec le leitmotiv de collaborer avec des partenaires locaux. Dans le Global Business, nous avons un bureau en Afrique du Sud. Nous avons aussi des projets pour nous étendre sur le continent.

Où par exemple ?
Le Kenya où les élections ont récemment eu lieu. Ce pays représente un centre névralgique pour Fintech. Nairobi est considéré comme la Capital City de l’Afrique de l’Est couvrant plusieurs pays avoisinants. Il y a un certain dynamisme au niveau de Fintech. Plusieurs big brands s’y sont installées, dont Facebook. Il faut voir comment on peut profiter de cet écosystème.