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Jugement prononcé 38 ans après les faits : De Ravel de l’Argentière coupable sous 21 accusations d’abus sexuel sur des enfants

Joseph Marie Louis Michel de Ravel de l’Argentière Joseph Marie Louis Michel de Ravel de l’Argentière faisait face à des accusations d’abus sexuel sur huit filles.

Pour certains cas, le verdict est tombé 38 ans après les faits. Joseph Marie Louis Michel de Ravel de l’Argentière, âgé de 58 ans, a été reconnu coupable, le mardi 28 août 2018, par la cour intermédiaire, sous 21 chefs d’accusations d’abus sexuel sur des enfants. Il s’agit de huit filles. Elles avaient entre 4 et 15 ans. Les délits ont eu lieu, entre 1980 et 1999, à Rivière-Noire. Les plaidoiries sur la sentence auront lieu le 13 septembre.

Cette affaire a défrayé la chronique en 2012 lorsque les huit victimes avaient porté plainte à la police. Elles avaient entre 4 et 15 ans au moment des faits. Les délits ont été commis entre 1980 et 1999 à Rivière-Noire.  Les victimes étaient des proches et des enfants des amis de Joseph Marie Louis Michel de Ravel de l’Argentière. En 2015, le Directeur des poursuites publiques (DPP) a logé les 21 chefs accusations d’attentat à la pudeur contre le quinquagénaire. Ce dernier avait plaidé coupable sous 14 des 21 chefs d’accusations  Le procès qui a débuté en 2016 a  pris fin le 21 juin 2018.

L’accusé était défendu par le Senior Counsel, Gavin Glover, et les avocats Siddhartha Hawoldar et Ludovic Balancy. La poursuite était représentée par Me Roshan Santokhee, Principal State Counsel, alors que Me Yanilla Moonshiram détenait un Watching Brief pour les victimes.

Michel de Ravel de l’Argentière a avancé lors du procès, avoir été lui-même victime d’attouchements sexuels durant son enfance. Il a dit avoir réalisé cela après avoir consulté un psychologue.  Pour les cas où il a plaidé coupable, il avait déclaré que  les filles « étaient consentantes, c’était des jeux. Je n’ai jamais voulu qu’elles souffrent ».

Sous les sept accusations où il avait plaidé non coupable, quatre victimes ont témoigné à huis clos. Elles étaient âgées de quatre, cinq, sept ans et quinze ans respectivement au moment des faits, entre 1980 et 1999. Elles ont relaté les sévices qu’elles ont endurés. Certaines ont affirmé qu’elles étaient pétrifiées de peur et n’ont rien révélé à leurs proches au moment des faits.

Par ailleurs, une des victimes a expliqué qu’après son mariage en 2011, elle ne se portait pas bien et a dû suivre une thérapie. Et, c’est là, qu’elle s’est souvenue des abus de l’accusé à son encontre.

Une autre victime a même dit qu’elle continue à avoir  des cauchemars et a dû suivre une thérapie en 2013. Les quatre victimes ont catégoriquement identifié leur agresseur dans le box des accusés.

Lors de sa plaidoirie, la défense a évoqué un manque de crédibilité de la part des victimes et le délai qu’elles ont mis avant de porter plainte. La défense a aussi soutenu qu’il a eu un « complot collectif » de la part des victimes.

Dans son réquisitoire, la poursuite a soutenu qu’au moment des faits, les victimes étaient vulnérables et avaient peur. Elle a mis l’accent sur le fait que cette affaire a marqué les victimes à vie et a laissé des séquelles et qu’elles sont perturbées mentalement et émotionnellement

En prononçant son jugement, la magistrate Niroshini Ramsoondar a pris note que l’accusé connaissait ces victimes et leurs familles.

Elle trouve que les victimes ont passé le test de crédibilité. La cour a jugé l’accusé coupable sous 21 chefs d’accusations d’abus sexuels sur des enfants. Ce dernier aura à se présenter en cour, le 13 septembre, pour les plaidoiries sur sa sentence.

Larmes et joie

Tous retenaient leur souffle à l’appel du procès en cour intermédiaire ce mardi matin devant la magistrate Niroshini Ramsoondar. Après l’énoncé du jugement, on pouvait entendre un grand ouf de soulagement. À leur sortie de la salle d’audience, les victimes sont tombées dans les bras de leurs proches. Les familles ont vécu un moment d’intenses émotions et de soulagement. Entre larmes de joie et accolades, les victimes ont à tout moment eu le soutien de leurs proches. Elles se sont empressées de partager la nouvelle à d’autres qui n’ont pas pu faire le déplacement. Entre consolation et colère, les proches n’ont pas manqué d’exprimer leur mépris et dégoût face à Joseph Marie Louis Michel de Ravel de l’Argentière qui était jadis un proche ami.

Vincent, le père d’une des victimes : « Ce jugement fera partie de la reconstruction des victimes »

Sollicité pour une réaction après le prononcé du jugement, les victimes présentes en cour intermédiaire, le mardi 28 août, n’ont pas voulu faire de commentaire. Cependant, Vincent, le père d’une des victimes, a souhaité parler au nom de sa fille et d’autres victimes. « C’est un jugement favorable. Un grand jour pour la justice. On a toujours eu confiance en la justice. On a tous une pensée pour les autres victimes pour qui cela a été dur de subir ce stress et ce traumatisme. C’est un grand pas et cela aidera dans des cas où la pédophilie est demeurée inconnue », dit notre interlocuteur. Car, il y a plusieurs victimes qui ne peuvent pas sortir de leur mutisme.  Ce père souligne également que ce n’est pas facile pour les victimes de côtoyer leur agresseur. « Cela a été très dur car c’était un ami. » 

Il souhaite que la sentence soit à la hauteur de la gravité de l’affaire et fasse jurisprudence. Il invite les autres victimes à dénoncer leur prédateur. « C’est triste de constater qu’il y a plusieurs cas qui restent impunis », dit-il.  Notre interlocuteur ajoute que cette affaire a, certes, laissé beaucoup de séquelles mais ce jugement fera partie de la reconstruction des victimes. « Cela prendra des années, mais elles y parviendront… », dit-il. Il n’a pas manqué à faire ressortir qu’elles ont déjà logé des plaintes réclamant des dommages. « On laisse la justice faire son travail. »

Jean-Patrick Ferrat, le vice-président de l’ONG Pédostop : « Cela a été long et pénible pour les victimes... »

Le vice-président de l’organisation non gouvernementale Pédostop a été présent en cour intermédiaire tout au long du procès et a apporté son soutien aux victimes et à la famille de ces dernières. Egalement présent à l’énoncé du jugement, Jean-Patrick Ferrat se dit extrêmement content de ce dénouement. « C’est un combat que nous continuerons pour la protection des enfants qui sont la société de demain », dit-il. Il a salué le courage de ces victimes. Pédostop est une organisation non-gouvernementale qui apporte son aide aux victimes de la pédophilie. Elle leur fournit l’assistance légale ainsi que l’aide d’un psychologue, entre autres.

En Cour suprême : Face à sept réclamations de Rs 5 millions de dommages

Joseph Marie Louis Michel de Ravel de l’Argentière fait face à pas moins de sept réclamations de dommages et intérêts en Cour suprême. Les plaignantes ont à ce jour entre 21 et 27 ans. Elles accusent Joseph Marie Louis Michel de Ravel de l’Argentière, d’avoir abusé de leur innocence alors qu’elles n’étaient que des enfants. Les plaignantes réclament chacune des dommages de Rs 5 millions. Elles ont retenu les services de l’avocate Yanilla Moonshiram et du Senior Attorney, Manon Mardemootoo.