Jugement de l’ERT : le système 24/7 à l’arrêt, les tensions restent au sommet
Par
Javed Sobah
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Javed Sobah
Le jugement de l’Employment Relations Tribunal sur le système 24/7 dans les hôpitaux publics a ravivé la crise du secteur de la santé à Maurice. Médecins, syndicats et ministère s’affrontent sur l’équilibre entre sécurité des patients et bien‑être du personnel.
La crise qui secoue le secteur de la santé à Mauricem à la suite du jugement rendu par l’Employment Relations Tribunal (ERT), a pris une nouvelle dimension mercredi lors de l’émission Au Cœur de l’Info avec des intervenants qui ont chacun défendu leurs points de vue. Des médecins spécialistes ont obtenu gain de cause concernant le système de présence 24/7 dans les hôpitaux publics. Reste ce jugement de l’ERT sur le 24/7 fait encore débat.
Les journalistes Jane Lutchmaya et Jean-Marie St-Cyr avaient reçu sur le plateau, le Dr Meetheelesh Abeeluck, de la Government Medical and Dental Officers Association, Ram Nowzadick, de la Nursing Association, et le Dr Vasantrao Gujadhur, du ministère de la Santé. Les échanges ont été ponctués d’interruptions et de désaccords frontaux.
Le ministre de la Santé, Anil Bachoo, a rappelé que le Scheme of Service des médecins est en cours de révision afin de trouver un système bénéfique aux patients et au personnel. Il a insisté sur la nécessité de consultations préalables avec les médecins et a averti que des sanctions seraient appliquées contre ceux ne respectant pas leurs horaires.
« Il faut penser aux patients. Ils ne peuvent pas prendre une décision bric-à-brac. Nous sommes un gouvernement sérieux », a déclaré le ministre.
Selon les syndicats, la situation est préoccupante. Il ressort que le recrutement reste insuffisant, que de nombreux professionnels partent travailler à l’étranger et que dans les cinq hôpitaux concernés, le manque de personnel atteindrait 50 %.
Le Dr Abeeluck a ainsi dénoncé le manque de transparence et d’invitations aux consultations, en présentant trois lettres envoyées au ministère en avril, juillet et octobre 2025 sur la sécurité, le personnel et le fonctionnement des hôpitaux à Maurice comme à Rodrigues.
Les systèmes de travail antérieurs (‘On call’ et ‘In attendance) avaient été modifiés sans résultats probants.
Le Dr Vasantrao Gujadhur a, de son côté, rappelé les objectifs du ministère : assurer un service de santé fonctionnel tout en protégeant le personnel. L’historique du 24/7 montre un projet lancé en 2008 pour la pédiatrie et le néonatal, mais limité par le manque de personnel. « Le jugement est soutenu. Le ministère travaille sur une stratégie pour concilier équitablement le bien-être du patient et celui du personnel », a-t-il précisé.
Ram Nowzadick a exprimé sa frustration : « Les projets ne tiennent pas si les négligences persistent, notamment dans le recrutement de personnel qualifié. Il faut investir dans les travailleurs et le personnel. Il n’y aura aucun changement sans investissement. » Il a dénoncé des décisions unilatérales, comme l’arrêt de la Sunday Allowance sans consultation. Le débat s’est envenimé lorsque Dr Gujadhur a tenté d’expliquer l’historique du 24/7. Ram Nowzadick l’a interrompu, rappelant que la décision de l’ERT arrêtant le système était respectée par les syndicats et qu’aucune action ne pouvait être poursuivie dans une « no entry zone ».
La question de l’efficacité du 24/7 a été soulevée. Est-ce que le système avait permis de réduire les décès maternels et néonatals ? Le Dr Gujadhur a répondu par un « oui-non », expliquant que plusieurs facteurs humains influençaient les résultats, notamment la distinction entre médecins ‘On call’ et ‘In attendance’. Les chiffres fournis par le Dr Gujadhur des décès maternels et néonatals montrent la complexité :
Le Dr Abeeluck rappelle : « Si le département de la justice détermine que le 24/7 est illégal et que le système financier statue que ces médecins ne seront pas payés, qui va les rémunérer ? »
Alors que la tension demeure entre ministères et syndicats suivant le jugement de l’ERT, le Dr Gujadhur a tenu a préciser qu’il « n’y aura pas d’arrêt des services d’urgence et que les décisions unilatérales prises dans le passé contre le personnel vont être remédiées ».