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Journée internationale de la femme : des solutions concrètes pour suppléer aux beaux discours

6 400 femmes âgées entre 16 et 24 ans étaient au chômage au troisième trimestre de 2023.
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Shamima Mallam-Hassam, présidente de Mauritius Finance.

Également appelée la Journée internationale des droits des femmes, la Journée internationale de la femme est célébrée ce 8 mars. Durant cette journée, des discours et des plaidoyers appropriés seront prononcés. Cependant, a-t-on pour autant franchi un palier dans la quête de l’égalité femmes-hommes à Maurice ? Le point.  

À la mi-2023, la population de Maurice s’élevait à 1 215 822 habitants, avec un excédent de 14 066 femmes par rapport aux hommes. Cependant, au troisième trimestre de 2023, le taux d’activité chez les hommes était de 70 % contre 47.6 % chez la gent féminine. On totalisait 274 600 femmes qui étaient hors du marché du travail. Pour Shamima Mallam-Hassam, présidente de Mauritius Finance, l’inclusion des femmes est un élément clé de la réalisation de l’équité. Toutefois, fait-elle ressortir, elles continuent de se heurter à des obstacles importants dans de multiples domaines, notamment sur le lieu de travail, dans l’éducation et en politique malgré les progrès réalisés ces dernières années. « Bien qu’il y ait plus de femmes dans certains secteurs, nous constatons que nous n’avons pas encore atteint le niveau de leadership. Elles sont peu nombreuses dans les conseils d’administration ainsi que dans les postes de direction. Nous devons les encourager davantage à assumer ces responsabilités et nous devons leur donner la possibilité de le faire », indique-t-elle.

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Georgina Ragaven, fondatrice et présidente de la Time Banking Association.

La Journée de la femme sera célébrée le 8 mars sous le thème « Investir dans les femmes : Accélérer le progrès ». Une thématique parlante selon Georgina Ragaven, fondatrice et présidente de la Time Banking Association, car l’émancipation économique est l’un des éléments les plus fondamentaux pour permettre aux femmes d’avoir confiance en elles et de se créer une vie digne de ce nom. D’où la question suivante : « Comment une économie peut-elle ignorer plus de 52 % de sa population ? ». Certes, ajoute-t-elle, la situation a évolué au cours des 25 dernières années, mais Maurice est loin d’avoir atteint l’égalité d’accès aux ressources économiques, bien que les femmes soient aujourd’hui agricultrices, ouvrières d’usine, PDG d’entreprises, scientifiques, ingénieures, médecins et qu’elles occupent de nombreux autres emplois qui auraient été impensables dans le passé. 

Lesley Wentworth, Managing Director de Tutwa Consulting, estime, pour sa part, que Maurice a une longueur d’avance sur de nombreux autres pays en développement et émergents. Cela grâce aux initiatives nationales pour soutenir les femmes entrepreneurs et les entreprises appartenant à des femmes, comme le programme SheTrades de l’EDB. La présence d’un ministère dédié à l’égalité des sexes et l’adoption d’une politique nationale progressiste dans ce domaine seraient également bénéfiques.

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Catherine Le Roy Dubreuil, actuelle administratrice du Carrefour des entrepreneurs de l’océan Indien.

La Journée de la femme sera célébrée le 8 mars sous le thème « Investir dans les femmes : Accélérer le progrès » ».

Ce ne serait donc pas la résilience qui manque aux femmes. On pourrait même décrire cela comme une marque de fabrique africaine. Au Sénégal, où vivait récemment Catherine Le Roy Dubreuil, ancienne présidente de la CCI France-Maurice et actuelle administratrice du Carrefour des entrepreneurs de l’océan Indien, le côté débrouillard des femmes prêtes à tout pour subvenir aux besoins de leurs familles se traduisait par la récupération des bouteilles de plastique vides et la vente de jus locaux et de pistaches dans la rue, tout en gérant les enfants. Néanmoins, elle concède qu’à Maurice les femmes étaient encore largement sous-représentées, par exemple, au niveau de l’écosystème startup/innovation. « Les femmes ont tendance à moins se mettre en avant et donc à moins valoriser leurs réussites et projets professionnels », fait-elle comprendre. 

Obstacles

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Lesley Wentworth, Managing Director de Tutwa Consulting.

Au troisième trimestre 2023, le nombre de jeunes chômeurs âgés de 16 à 24 ans était estimé à 12 400, dont 6 400 femmes selon les données de Statistics Mauritius. Sur les 274 600 personnes inactives, la moitié, soit 137 300, étaient des femmes au foyer. Concilier vie personnelle et vie professionnelle demeure l’une des raisons souvent mises en avant pour justifier ce chiffre. Shamima Mallam-Hassam souligne la nécessité pour les femmes de mettre en place une bonne structure qui permettra d’en faire plus sur le plan professionnel, c’est-à-dire, « d’avoir le soutien adéquat à la maison pour s’occuper de la famille lorsqu’elles travaillent tard ou qu’elles doivent s’absenter. Il est possible de jongler entre la vie professionnelle et la vie familiale si l’on sait s’organiser et si l’on est prêt à faire des efforts supplémentaires, à prendre plus de responsabilités et à savoir gérer ses priorités ». 

Le soutien ne devrait pas se situer uniquement au sein de la famille. Lesley Wentworth concède que les programmes de soutien pour les femmes ayant déjà choisi la voie d’une entreprise potentielle sont importants aussi. Or, fait-elle observer, comme pour de nombreux défis liés au genre, les femmes à la maison qui ont des enfants et des membres âgés de la famille, ne profitent pas de tels programmes. « Elles sont stigmatisées en tant que chômeuses, bien qu’elles travaillent plus dur et durant plus d’heures que la plupart des autres. De plus, elles ne bénéficient ni de congés ou de congés de maladie », poursuit-elle.  

La question qui demeure est de savoir comment investir dans les femmes pendant qu’elles fournissent ce service familial et communautaire le plus important - parfois pendant trois décennies de leur vie.

Quelques solutions proposées pour plus d’égalité homme-femme

Shamima Mallam-Hassam

« On pourrait offrir aux femmes davantage de formation, de coaching et de mentorat. Je dirais à ces dernières que lorsque l’occasion se présente, il faut la saisir et donner le meilleur de soi-même. Croyez en vous et en vos capacités. Il est également important de faire un signe de la main pour dire que vous êtes là et que vous êtes prêtes à faire plus et à assumer plus ».

Catherine Le Roy Dubreuil

  • Valoriser les « success stories » des femmes afin de prouver que tout est possible.
  • Organiser dans les écoles des ateliers de prise de parole en public et multiplier les activités telles que des « startup week-end » pour familiariser les femmes avec le pitch et le travail en équipe.
  • Créer des espaces de travail/co-working avec la possibilité d’accueil de jeunes enfants. 

Lesley Wentworth

  • Proposer une formation dans un domaine d’activité qui les intéresse ou pour lequel elles ont un avantage comparatif. 
  • Créer un véritable partenariat entre les couples qui se sont promis de s’aimer et de s’occuper l’un de l’autre. 

Georgina Ragaven

  • Encourager davantage de femmes à occuper des postes de décision ou qui concernent l’économie d’une entreprise ou d’un pays. 
  • Se pencher davantage sur l’équité, le salaire égal pour un travail égal, la reconnaissance des qualifications de la femme autant que de celles de l’homme.

En chiffres

  • 55 % des chômeurs n’avaient pas le Cambridge School Certificate (SC) ou l’équivalent au 3ème trimestre 2023. 
  • À fin 2022, seulement 10,4 % des femmes actives étaient chefs d’entreprise, contre 28,3 % des hommes. 
  • Les femmes sans emploi étaient aussi qualifiées que leurs homologues masculins : 16,2 % des femmes possédaient des qualifications tertiaires, comme les hommes. 
  • Les chiffres de Statistics Mauritius révèlent également que les femmes sont largement sous-représentées dans la prise de décision aux échelons supérieurs de la société : le nombre de femmes ministres n’était que de 3 sur 21. 

Pour Georgina Ragaven : les femmes réussissent mieux à tous les niveaux d’éducation, d’où son appel à ne pas sous-estimer les aptitudes et les connaissances des femmes. « Les obstacles perçus sont souvent le résultat de normes sociales construites par les hommes, ce qui signifie que les femmes sont jugées non pas sur leurs compétences et capacités, mais sur leur potentiel de maintien dans leur poste en cas de responsabilités familiales, comme avoir des enfants ou d’autres engagements personnels. Aujourd’hui, les femmes sont actives dans tous les secteurs de l’économie, bien que peut-être pas autant que nous l’espérions. Cependant, nous constatons des progrès, et ces femmes ont démontré qu’avec le soutien et l’attitude appropriés, il est possible de concilier vie professionnelle et vie privée », fait-elle ressortir.

 

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