Jonathan Koo Yan too abattu par balle à la chasse d’Au Villars : «Tu laisses un vide immense, mon frère»
Par
Ajagen Koomalen Rungen , Kendy Antoine
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Ajagen Koomalen Rungen , Kendy Antoine
La disparition tragique de Jonathan Richard Kah Shun Koo Yan Too, 40 ans, abattu d’une balle en pleine poitrine au terrain de chasse d’Au Villars à Midlands (voir plus loin), dont il assurait la gestion, a bouleversé sa famille, ses proches et ses nombreux amis. Parmi eux, Vishal Mega Patten, 40 ans, peine encore à trouver les mots pour décrire le vide laissé par celui qu’il considérait comme un frère.
Amis depuis leurs années de collège, les deux hommes avaient traversé ensemble les années de jeunesse, avant de se retrouver grâce aux réseaux sociaux. Aujourd’hui, Vishal partage avec émotion les souvenirs d’une amitié sincère et rend hommage à un homme qu’il décrit comme généreux, lumineux et profondément humain.
Pour Vishal Mega Patten, les souvenirs remontent à près de trois décennies. C’est en 1998 qu’il croise pour la première fois le chemin de Jonathan Koo Yan au John Kennedy College (JKC). « Nous étions encore des adolescents. Nous avons grandi ensemble. Nous sommes entrés dans cet établissement comme des garçons et nous en sommes sortis comme des hommes », confie-t-il.
Très vite, une solide complicité s’installe entre les deux jeunes garçons. Ils partagent les mêmes salles de classe, les mêmes défis et les mêmes rêves d’avenir. « Nous avons vécu tellement de moments ensemble. Les années de collège créent souvent des amitiés qui durent toute une vie. Jonathan faisait partie de ces amis précieux que l’on n’oublie pas. »
Comme beaucoup d’anciens camarades, les deux amis ont fini par suivre des chemins différents. Les responsabilités professionnelles et familiales ont pris le dessus. « Pendant quelques années, nous nous sommes malheureusement perdus de vue. Chacun suivait son parcours. Puis, les réseaux sociaux nous ont permis de reprendre contact. »
Cette reconnexion a ravivé instantanément leur amitié. « Lorsque nous nous sommes retrouvés, c’était comme si le temps ne s’était jamais écoulé. Nous avons recommencé à échanger régulièrement. Nous étions en contact presque tous les jours. »
Malgré des emplois du temps chargés, ils trouvaient toujours un moment pour prendre des nouvelles l’un de l’autre. « Dès que nos agendas le permettaient, nous nous rencontrions. Nous avions gardé cette même complicité qui nous unissait depuis notre jeunesse. »
Lorsqu’il parle de Jonathan, Vishal insiste avant tout sur ses qualités humaines. « Jonathan était l’une des personnes les plus gentilles que l’on puisse rencontrer. Il avait un sourire capable d’illuminer toute une pièce. » Selon lui, son ami possédait une énergie positive rare. « Quand il arrivait quelque part, il apportait immédiatement de la bonne humeur. Il avait cette capacité extraordinaire à mettre les gens à l’aise. »
Malgré les années, Jonathan est resté fidèle à lui-même. « Certaines personnes changent avec le temps. Lui est resté authentique. Il était sincère, généreux et profondément bienveillant. » Pour Vishal, ce qui distinguait particulièrement son ami était sa capacité à encourager les autres. « Peu importe ce que vous traversiez, Jonathan trouvait toujours les mots pour vous remonter le moral. Il savait écouter et soutenir les gens autour de lui. »
Le souvenir qui revient aujourd’hui avec le plus d’intensité est celui de leur dernière rencontre, il y a à peine trois semaines. Les deux amis se retrouvent à un mariage et passent une grande partie de la soirée ensemble. « Nous étions assis côte à côte pendant longtemps. Nous avons discuté de tout et de rien, comme nous avions toujours l’habitude de le faire. »
Jonathan semblait particu-lièrement heureux. « Il me parlait avec beaucoup d’enthousiasme du merveilleux voyage qu’il venait de faire en Nouvelle-Zélande avec son épouse. On sentait à quel point il avait apprécié cette expérience. »
Son ami semblait également animé par de nombreux projets. « Il débordait d’idées. Il parlait de nouveaux projets professionnels et de nouvelles opportunités. Il semblait pleinement épanoui et heureux de vivre. » Aujourd’hui, ce souvenir rend la douleur encore plus difficile à accepter. « Rien ne pouvait me préparer à apprendre une telle nouvelle quelques semaines plus tard. »
Au cours de cette soirée, les deux hommes avaient également prévu de se revoir très prochainement. « Nous avons fait beaucoup de projets. Nous avions prévu de nous retrouver bientôt pour poursuivre nos discussions et passer du temps ensemble. » Ces promesses simples entre amis prennent aujourd’hui une signification particulière. « Malheureusement, ces projets resteront désormais inachevés. C’est probablement ce qui me fait le plus mal. »
Vishal avoue avoir encore du mal à réaliser que ces moments n’auront jamais lieu. « On pense toujours qu’il y aura une prochaine occasion de se voir, une prochaine conversation, un prochain appel. Puis soudainement, tout s’arrête. »
La nouvelle du décès de Jonathan a provoqué une onde de choc parmi les anciens élèves du John Kennedy College. « Toute la fraternité du John Kennedy est profondément attristée. Nous avons perdu l’un des nôtres. » Depuis l’annonce du drame, les témoignages affluent. « Cela montre à quel point Jonathan était apprécié. Il avait cette capacité à créer des liens sincères avec les gens. »
Pour Vishal, cette réaction collective est le reflet de la personne exceptionnelle qu’était son ami. « Les gens se souviennent de son sourire, de sa générosité et de sa gentillesse. Ce sont ces qualités qui resteront gravées dans nos mémoires. »
Aujourd’hui, Vishal adresse surtout ses pensées à la famille de son ami. « Mes pensées et mes prières accompagnent son épouse, sa mère, son frère, sa sœur, ainsi que toute la famille Koo Yan Too durant cette terrible épreuve. »
Et tandis que l’enquête se poursuit pour faire toute la lumière sur les circonstances de ce drame, ses proches s’accrochent désormais aux souvenirs laissés par un homme dont la gentillesse et la joie de vivre auront marqué tous ceux qui ont eu le privilège de croiser sa route. « La dernière image que je garderai de Jonathan est celle d’un homme souriant, rempli d’espoir et de projets. Jonathan était une personne exceptionnelle. Son départ laisse un vide immense dans nos vies. Mais son sourire, sa bonté et tout ce qu’il a apporté à ceux qui l’ont connu continueront à vivre dans nos cœurs. »
Expert-comptable, Jonathan Koo Yan Too nourrissait une immense passion pour la chasse et la nature. En 2020, il participait à l’École de la chasse à Maurice et encourageait tous ceux qui aimaient la faune et l’expérience humaine à venir vivre cette aventure. Il était notamment connu pour sa bonne humeur, son sourire chaleureux et son grand cœur.
Les messages de sympathie ont afflué sur la Toile depuis cette annonce tragique. Il s’était fait de nombreux amis qui, au fil des années, étaient devenus comme des membres de sa propre famille. Tous gardent l’image d’un homme bienveillant. « J’étais devenu ton frère. Tu en avais 100 autres qui te considéraient comme tel », écrit Lionel, un compagnon d’armes, sur son profil Facebook, décrivant un être « exceptionnel », empreint de gentillesse et d’attention. Une amitié profonde qui s’est construite dès leur première rencontre.
Ensemble, ils avaient parcouru l’Afrique et planifié d’autres périples en Écosse, en Australie ou en Nouvelle-Zélande. Des projets désormais brisés : « Je n’ai plus de plaisir, plus de volonté de chasser. La saison sera la plus difficile de mes 24 ans de carrière ici. Je donnerais tout pour te revoir autour d’un bon barbecue ou à chasser en ta compagnie, à entendre ta voix, à éclater de rire avec toi. Tu m’as apporté tant après le Covid : humainement, financièrement, ta présence, tes conseils, ton écoute. Tu avais toujours les mots justes, jamais de haine, toujours bien réfléchis... », lâche ce professionnel, terrassé par le chagrin.
Au-delà de la passion commune, c’est l’immense vide humain qui pèse. Des proches inconsolables aux souvenirs partagés autour d’un barbecue, Jonathan laissera une empreinte indélébile. « On te gardera une place dans chaque trail, sur chaque mirador », promet son ami. Une fraternité gravée à jamais dans le cœur des centaines de personnes qui le pleurent aujourd’hui.
À ce stade de l’enquête, la police privilégie la piste de braconniers s’étant introduits illégalement sur le terrain de chasse privé d’Au Villars. Mais la Major Crime Investigation Team (MCIT) n’écarte aucune hypothèse.
Les images de surveillance des routes alentours menant vers la chasse ont été récupérées et sont actuellement en cours de visionnage afin de détecter tout véhicule suspect. Un exercice ardu, car les limiers doivent remonter plusieurs heures avant que le drame ne se produise. Vendredi, les enquêteurs et d’autres unités de la police, dont la Special Mobile Force (SMF), se sont rendus sur place afin de ratisser minutieusement la zone et ses abords.
C’est peu avant 22 heures, jeudi, que le corps sans vie de Jonathan Koo Yan Too a été découvert au terrain de chasse. Quelques heures plus tôt, vers 16 h 30, il avait signalé à ses amis, via un groupe WhatsApp, qu’il avait entendu des détonations suspectes. Ne voyant aucune réponse à leurs messages ultérieurs, quatre d’entre eux ont décidé de se rendre sur place en début de soirée. À leur arrivée, vers 21 h 45, l’horreur s’est matérialisée à la lueur de leurs lampes torches.
Le Land Rover Defender gris de la victime était garé, les portières avant et arrière grandes ouvertes. Juste à côté, gisant sur le dos dans une mare de sang, se trouvait le corps inanimé du gérant. Il portait encore son casque de protection antibruit sur les oreilles, ses bottes noires et ses vêtements de terrain. Le médecin du Samu, dépêché en urgence, n’a pu que constater le décès.
La Criminal Investigation Division (CID) de Curepipe, la MCIT et diverses unités de la Central Division, sous la supervision du Senior Superintendent of Police (SP) Boodhram, travaillent activement sur cette affaire troublante afin de faire la lumière sur ce qui s’est réellement passé. Sur la scène du crime, les constatations des experts de la police scientifique (SOCO) et du Dr Monvoisin, médecin légiste, révèlent une blessure par arme à feu au niveau du thorax gauche.
Si la victime était connue pour détenir deux armes à feu enregistrées, les limiers n’ont d’abord retrouvé qu’un seul fusil de chasse (un Remington de calibre 12) dans son étui sur la banquette arrière, contenant une cartouche vide. La seconde arme, introuvable à bord du véhicule où seul l’étui vide avait été décelé, a finalement été localisée plus tard en toute sécurité au domicile de la victime. L’expert en balistique du Forensic Science Laboratory (FSL) a sécurisé tous les indices.
Les effets personnels du défunt – Rs 1 000, un couteau suisse et son iPhone – ont été saisis pour des analyses numériques approfondies, notamment le traçage des données cellulaires. La Special Mobile Force (SMF) et la Special Supporting Unit (SSU) ont été postées en sentinelle pour geler la scène de crime.