Joël Samy : un chemin qui n’était pas prévu
Par
Jean-Marie St Cyr
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Jean-Marie St Cyr
Rien ne prédestinait ce cadre du secteur privé à prendre les rênes de la plus ancienne ONG de lutte contre le sida à Maurice. Récit d’un engagement né d’un pèlerinage intérieur.
Il y a des destins qui ne se construisent pas en ligne droite. Celui de Joël Samy, nouveau directeur exécutif de Pils, ressemble plutôt à un chemin de pèlerin, au sens le plus littéral du terme. Un chemin qui passe par une paroisse d’enfance, un séminaire à Nantes, 15 ans dans le monde de l’entreprise, et finalement, un avis de recrutement…
« J’ai eu beaucoup de temps pour moi, pour réfléchir justement au sens que je voulais donner à ma vie. Si je voulais continuer à juste ‘boulot-dodo’. » C’est au retour du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle, en Espagne, au début de l’année 2025, que Joël Samy aperçoit l’annonce pour le poste de directeur exécutif de Pils. Et cette fois, tout s’aligne. « C’est le moment de joindre l’utile à l’agréable », se dit-il. Il postule.
Pour comprendre pourquoi ce moment a tout changé, il faut remonter loin. Très loin. Tout commence à huit ans, lors de sa première communion. Joël Samy ne franchit pas cette étape comme un simple rite de passage. Il s’engage. Immédiatement. Le scoutisme devient son premier terrain d’apprentissage de ce mot qui reviendra sans cesse dans son parcours : le service. « Depuis très jeune, j’étais engagé au niveau de ma paroisse et de l’Église, en tant que scout, où vraiment l’envie de s’engager, de donner du temps aux autres, et d’être au plus près des gens qui sont dans le besoin, est née », raconte-t-il.
C’est, en réalité, une transmission de ses parents, aujourd’hui âgés de 75 et 70 ans. « Ils étaient eux-mêmes tout le temps engagés et ils le sont toujours malgré leur âge. »
Cet élan le conduit vers la paroisse Sainte-Anne, où il s’engage auprès des jeunes. Et puis il va plus loin encore. « J’ai voulu me faire prêtre. » Il part à Nantes, au séminaire, et vit cette expérience pleinement. En 2010, il rentre à Maurice. Lors de son discernement, des signes lui font comprendre que ce n’est pas la voie qu’il doit poursuivre.
S’il s’arrête à mi-parcours, il reste néanmoins convaincu qu’il a quelque part une mission à accomplir. « L’envie de me mettre au service et d’aider les autres a toujours été là, même si cela ne s’est pas concrétisé à travers la prêtrise. »
L’envie de me mettre au service et d’aider les autres a toujours été là»
Les quinze années qui suivent se déroulent au sein de Maureva, une entreprise de Business Process Outsourcing. C’est là qu’il apprend à gérer des équipes, à conduire des projets, à lire les besoins des clients et des parties prenantes. « À travers Maureva, j’ai acquis l’expérience de leadership, de gestion des ressources, des clients et des stakeholders. »
Comment définit-il le leadership ? « “Lead”, c’est vraiment être au service des gens. » Dans sa façon de diriger, c’est surtout le « lead by example » qui prime, une approche résolument humaine, insiste-t-il.
Il grandit, prend confiance, affine sa vision. Il se considère à la fois homme de terrain et homme de stratégie. Il parle d’une dynamique à double sens : le terrain remonte les informations qui permettent de construire les stratégies, et les stratégies donnent les axes d’orientation à ceux qui sont sur le terrain.
La cause du VIH, elle, l’a touché bien avant qu’il ne rejoigne Pils. En 1996, lors du lancement de l’ONG, il lit dans les journaux les articles sur Nicolas Ritter, fondateur de Pils et premier Mauricien à avoir déclaré ouvertement sa séropositivité. Il se souvient des mobilisations de jeunes, des Candlelights, des quêtes organisées dans les rues pour récolter des fonds. « Cela m’avait marqué. Elle n’était pas bien connue à l’époque, mais cette cause avait réussi à rassembler pas mal de jeunes en tant que volontaires pour passer la quête dans la rue et récolter des fonds. »
En 2020, pendant la pandémie de COVID-19, Nicolas Ritter entre en contact avec lui. Il connaît son parcours et commence à lui insuffler l’idée de s’engager au niveau de Pils. Mais à cette époque, cela ne fait pas encore « tilt » dans sa tête. Nicolas Ritter est, de son côté, en partance pour prendre d’autres engagements, et Joël Samy reste dans sa trajectoire sans que l’idée s’impose vraiment.
Il faut le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle pour que tout se mette en place. Des semaines de chemin, de silence, de réflexion. Et au retour, cette annonce. « C’est vraiment un parcours, un cheminement qui fait que je suis là aujourd’hui en tant que directeur exécutif. »
Au fond, rien n’est arrivé par hasard. Ni le scoutisme, ni le séminaire, ni ces quinze années en entreprise, ni même ce détour par Saint-Jacques-de-Compostelle. Tout converge aujourd’hui vers une même ligne de force : être utile.