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Joe Lesjongard : «Ce GM n’annonce presque rien de nouveau»

Par Jean-Marie St Cyr
Publié le: 6 June 2026 à 17:00
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Joe Lesjongard

À l’approche du Budget 2026-2027, le leader de l’opposition et président du MSM dresse un bilan sévère de l’action gouvernementale : acquis sociaux sacrifiés et croissance en berne, entre autres. Joe Lesjongard s’attend à un véritable changement de cap.  

Les travaux parlementaires ont été ajournés pour permettre la présentation du Budget 2026-2027 le 19 juin. Quelles sont vos principales attentes dans le contexte économique et social actuel ?
Le précédent et premier Budget présenté par ce régime a été un véritable coup de massue pour la population. Avec l’élimination de la pension à 60 ans, la suppression graduelle des allocations de la Contribution sociale généralisée (CSG) et le nouveau seuil pour le paiement de la Taxe à valeur ajoutée (TVA) pour les petites et moyennes entreprises (PME), ainsi que récemment l’augmentation du taux directeur, le peuple se retrouve asphyxié.

Je m’attends à ce que le gouvernement revoie sa copie et prenne des décisions permettant à la population de respirer. Mais il s’agit d’un gouvernement qui pratique le ‘NO’ face à la souffrance du peuple.

Paul Bérenger a récemment affirmé que le gouvernement dispose d’une meilleure marge de manœuvre que l’année dernière pour ce Budget. Partagez -vous cette lecture de l’économie ou considérez-vous que le ressenti de la population reste en décalage avec ces chiffres ?
Je pense que le gouvernement Les rapports successifs du Bureau de l’Audit et, plus récemment, les travaux du Public Accounts Committee ont mis en lumière des cas récurrents de gaspillage de fonds publics. Où se situe le principal problème : dans les mécanismes de contrôle, dans la gestion administrative ou dans le manque de redevabilité ?

Je pense que les torts sont partagés à tous les niveaux. Quand il s’agit de l’argent public, comme vous l’avez dit vous‑même, chaque dépense doit pouvoir être justifiée. Il existe une série de procédures visant à s’assurer que chaque roupie compte.

Toutefois, d’année en année, on observe certains gaspillages récurrents, comme les pensions versées à des personnes décédées, par exemple. Certaines mesures ont été prises dans le passé pour réduire ces dérives, mais leur mise en œuvre reste complexe et ne peut se faire du jour au lendemain.

Il appartient à chaque gouvernement de veiller à réduire au maximum ces gaspillages, et à l’administration de poursuivre son informatisation ainsi que l’amélioration de son efficience et de son efficacité.

Le gouvernement attribue régulièrement certaines difficultés actuelles à l’héritage laissé par l’ancienne administration. Plus d’un an et demi après son arrivée au pouvoir, estimez-vous que cet argument reste valable ?
C’est un argument creux et dépassé, car il a été trop souvent utilisé. La population le sait. L’ancien régime a géré la pandémie de la COVID-19, a redémarré une économie qui était à l’arrêt total pendant trois mois, et a tout de même assuré les salaires de tous les employés du pays, tout en sauvant la vie d’un maximum de citoyens. Il a fait passer l’inflation de 11 % à 3 % en 2024, avec comme héritage un taux de chômage à son niveau le plus bas, soit 6,2 %, un revenu moyen par ménage de Rs 55 600 et un salaire moyen de Rs 39 300.

En octobre 2024, les réserves internationales se chiffraient à Rs 329,1 milliards, soit 11,7 mois de couverture des importations. Ces chiffres sont vérifiables. Mais qu’en est-il du rapport « State of the Economy », dont on ne connaît toujours pas l’auteur ?
L’héritage de l’ancien régime MSM est celui d’un pays sur la voie de la modernisation, avec un développement infrastructurel sans précédent, et une population qui mangeait à sa faim, pouvait épargner et même investir. Un an et demi après les élections, on entend : « Mille fois Jugnauth ».

Parmi les critiques formulées figurent notamment les insuffisances observées dans certains secteurs publics, notamment la santé. Avec le recul, pensez-vous que davantage aurait pu être fait en matière de recrutement et de planification lorsque votre gouvernement était aux affaires ?
Sous le mandat 2019-2024, notre service de santé s’est retrouvé sous pression avec la COVID-19. Les Mauriciens, et surtout nos adversaires politiques, ont tendance à oublier la tâche herculéenne de l’ancien ministre de la Santé, qui devait au quotidien gérer cette situation, venir tous les jours devant la population pour s’expliquer, et répondre chaque mardi à une vingtaine de questions parlementaires, tout en subissant les railleries des bancs de l’opposition.

Ce gouvernement n’aurait pas pu gérer une telle situation. Leur gestion est d’un amateurisme préoccupant pour le pays. Pour preuve, des décisions sont prises au Conseil des ministres, puis sont ensuite renversées. L’ancien régime a jeté de bonnes bases pour notre service de santé et, entre de bonnes mains, ce service ne peut que s’améliorer. Je dis bien, entre de bonnes mains.

Au-delà des débats parlementaires, quelles sont aujourd’hui vos priorités en tant que leader de l’opposition et quelles actions concrètes menez-vous sur le terrain pour rester à l’écoute de la population ?
Je reste un citoyen ordinaire et je rencontre beaucoup de gens partout à travers le pays. On m’aborde souvent dans la rue et je dois dire que je sens que la population attend beaucoup de l’opposition à l’Assemblée nationale. Je reçois beaucoup de commentaires positifs sur le travail accompli, mais aussi beaucoup de suggestions sur nos actions futures.

Comme priorité, je me concentre sur le pays et les sujets qui touchent un maximum de citoyens. J’aurais aimé pouvoir adresser plus d’une question par séance, mais les Standing Orders ne le permettent pas. Les Mauriciens ont beaucoup d’interrogations en ce moment et je me fais un devoir de réclamer des comptes au gouvernement.

Vous avez récemment fait face à des interrogations concernant votre maintien au poste de leader de l’opposition. Où en sont les discussions avec les autres membres, notamment ceux du Fron Militan Progresis (FMP) sur cette question ?
L’article 73 de la Constitution est clair. C’est le président de la République qui décide. Je ne suis pas attaché à ce poste. C’est un poste constitutionnel qui m’a été conféré et je l’honore au mieux de mes capacités.

Comment qualifieriez-vous aujourd’hui les relations de travail entre les différentes composantes de l’opposition parlementaire ? Existe-t-il une stratégie commune sur les grands dossiers nationaux ?
Ces relations sont cordiales. Je ne parlerai pas de stratégie commune à ce stade, mais il est clair que nous avons en face de nous un gouvernement peu expérimenté, avec plusieurs personnes à des postes de responsabilité qui s’adonnent à des abus et à des prises de décisions catastrophiques pour le pays, et l’objectif principal est d’exposer ces incartades. À l’avenir, nous verrons si une stratégie commune est nécessaire dans cette optique.

L’affaire Silver Bank continue d’alimenter les débats à l’Assemblée nationale et suscite des critiques contre l’ancien gouvernement. Quel regard portez-vous sur ce dossier ?
En tant que président du MSM, je parlerai plutôt de révélations au compte-gouttes. À chaque fois qu’il y a une vague de mécontentement dans le pays, un dossier est mis en avant et, immédiatement, la Financial Crimes Commission (FCC) ou une autre institution démarre une enquête. Des questions sont subitement posées au Parlement au Premier ministre, qui se fait un malin plaisir de répondre en long et en large, contrairement aux réponses approximatives qu’il fournit à mes Private Notice Questions.

Certains journaux semblent en savoir encore plus que les enquêteurs ! Même les interrogatoires semblent être programmés en fonction de l’actualité du jour. Alors que le gouvernement est bientôt depuis deux ans au pouvoir, la population a le droit de savoir, avec des preuves concrètes et non pas des spéculations qui visent uniquement à faire la une des journaux et à accabler les adversaires politiques.

L’ancien Premier ministre et leader du MSM Pravind Jugnauth demeure discret sur plusieurs grands enjeux nationaux et n’était pas présent lors de la dernière conférence de presse du parti. Comment expliquez-vous cette discrétion ?
Chacun a ses responsabilités et le parti est en pleine restructuration, et au cœur de cet exercice, il y a le leader Pravind Jugnauth. Il fallait se donner du temps pour digérer la défaite et se réorganiser.

Le leader est très demandé et il est présent à chacune des activités du parti sur le terrain. Quand le moment sera opportun, il s’exprimera de façon plus régulière. Il s’agit d’une décision qui sera prise par les instances du parti, en fonction de la stratégie politique à adopter et de l’évolution de la situation. Mais on sent qu’il y a un engouement généralisé pour une sortie publique du leader depuis quelque temps.

À l’occasion de la Journée mondiale de l’environnement, observée le 5 juin, quel regard portez-vous sur les politiques environnementales mises en œuvre depuis l’arrivée du gouvernement ? Les priorités vous semblent-elles être les bonnes ?
La plage de Tamarin a été défigurée. Les détritus s’empilent à chaque coin de rue du pays et les rats font la loi. Des restes d’animaux sont jetés à même la rue.

Où en est-on avec le tri des déchets ? Pourquoi n’en fait-on pas davantage pour encourager le recyclage ? Que fait-on réellement pour sensibiliser la population à la nécessité d’un environnement propre ?
On parle d’intégrer le droit à l’environnement dans notre Constitution. La situation est telle que notre Cour suprême risque de se retrouver avec une centaine de plaintes constitutionnelles au lendemain de cet amendement.

Maurice est confronté presque chaque année à des périodes de stress hydrique. Le gouvernement envisage le dessalement de l’eau de mer pour renforcer l’approvisionnement du pays. En tant qu’ancien ministre responsable de ce secteur, considérez-vous cette option comme une solution viable à long terme ou estimez-vous que d’autres mesures devraient être privilégiées pour sécuriser les ressources en eau ?
C’est vrai que, chaque année, sauf exceptions, notre île connaît des difficultés dans le secteur de l’eau. Certaines régions sont plus affectées que d’autres, notamment le nord et l’ouest. Le nord, particulièrement, fait face à des pressions accrues en raison des projets de développement et du faible nombre de rivières et de nappes phréatiques.

L’ancien gouvernement avait déjà annoncé un tel projet. Toutefois, le coût, l’approvisionnement en électricité et la distribution doivent être pris en considération. Il faut se demander qui produira cette eau et à quel coût elle sera revendue à la population.

Face aux défis énergétiques et à la nécessité de réduire la pression sur le réseau électrique national du Central Electricity Board (CEB), le gouvernement encourage davantage les ménages à se tourner vers l’énergie solaire. Cette stratégie est-elle suffisante pour garantir la sécurité énergétique du pays ou faut-il aller plus loin dans la diversification des sources d’énergie et la modernisation des infrastructures ?
Ce gouvernement n’annonce rien ou presque rien de nouveau. Tous ces schemes étaient déjà en place depuis longtemps. Certains, concernant le Home Solar ou le Domestic Solar, ont été introduits par mon prédécesseur, Ivan Collendavelloo, et d’autres schemes, notamment pour les industriels, l’agrivoltaïque, le solar PV pour les véhicules électriques, l’installation de batteries, etc., ont été mis en place alors que j’étais ministre.

Il n’y a même pas de plan de production d’énergie depuis que ce gouvernement est en place. On ne connaît même pas le taux de production projeté par le CEB pour les trois prochaines années, ni quelle sera la répartition de la production entre énergies renouvelables, biomasse et fioul lourd. La gestion de la production d’électricité est à l’image de ce gouvernement : « bann amater ».

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