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Jocelyn Chan low : «Le MMM inn fini kouma parti»

Par Sharone Samy
Publié le: 24 avril 2026 à 13:00
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La révocation de 35 membres du Mouvement militant mauricien, dont quatorze conseillers municipaux, suscite de vives réactions. Au-delà de la discipline interne invoquée par la direction du parti, les observateurs s’interrogent sur les implications politiques et constitutionnelles de ces décisions. 

La vague de révocations décidée lors du comité central du samedi 18 avril à Rose Hill continue de faire des remous au sein du Mouvement militant mauricien (MMM). En ciblant 35 membres, dont quatorze conseillers municipaux, la direction du parti a engagé une restructuration brutale qui dépasse désormais le cadre interne pour s’imposer dans le débat public. 

Si les dirigeants du MMM évoquent une nécessité de préserver la cohésion et la discipline du parti, la portée de ces décisions suscite des interrogations, tant sur le plan politique que juridique. Plusieurs observateurs y voient le symptôme d’une crise plus profonde, marquée par des fractures internes et une recomposition incertaine du parti.

Démocratie 

Sur le plan juridique, Parvez Dookhy, observateur et avocat en droit constitutionnel, rappelle que la législation encadre clairement ce type de situation. « Lorsqu’une personne élue démissionne de son groupe politique, on considère qu’elle a également démissionné de son mandat », explique-t-il, en référence à l’article 37(3), modifié en 2023. Il ajoute que « l’article 37A prévoit qu’une personne révoquée de son groupe est considérée comme l’ayant quitté », ce qui entraîne la perte du siège. 
Toutefois, cette lecture juridique n’éteint pas le débat. « Une telle révocation peut être considérée comme n’étant pas démocratique, car l’élu a été choisi par le peuple. Et seul le peuple peut mettre fin à son mandat », estime-t-il. Selon lui, la Cour suprême pourrait être amenée à se prononcer sur la conformité de ces dispositions avec la Constitution, notamment son premier article qui consacre le caractère démocratique de l’État. 

Parvez Dookhy évoque aussi la possibilité d’un « procédé abusif » ou d’un « détournement de pouvoir », dans la mesure où ces révocations pourraient être perçues comme un moyen d’empêcher certains élus d’exercer le mandat qui leur a été confié par les électeurs. D’autre part, c’est une contradiction avec la ligne historiquement défendue par le MMM, selon laquelle un élu doit pouvoir exécuter le mandat pour lequel il a été choisi. 

Au-delà de ces considérations juridiques, la lecture politique est plus tranchée. Pour Jocelyn Chan Low, la situation actuelle reflète une rupture profonde au sein du parti. « Il y a aujourd’hui une guerre ouverte entre les deux camps », affirme-t-il. Selon lui, les événements récents traduisent un affaiblissement structurel du MMM. 

« Le MMM inn fini kouma parti », avance-t-il sans détour. Pour lui, le parti « n’incarne plus ce qu’il prétendait être autrefois ». Il évoque une organisation désormais fragilisée, « dépendante de quelques personnes, avec des militants tantôt rassurés, tantôt dans le flou ». Selon lui, « l’idéologie a été remplacée par le clientélisme politique ». 

Jocelyn Chan Low est d’avis que cette crise ne se limite pas à des divergences internes et aura des répercussions à moyen terme. « La situation actuelle ne montre pas seulement des fractures, mais une dynamique qui pourrait tout faire basculer aux prochaines élections de 2029. » 

Il s’interroge également sur les conséquences immédiates des révocations. « Est-ce qu’il y aura des sièges vacants ? On ne sait pas. Certains ont été révoqués pour avoir choisi de suivre Paul Bérenger. Lors des prochaines échéances, ils pourraient ne pas faire le poids, sauf s’ils sont soutenus par d’autres formations, dans un contexte dans lequel le nombre de tickets risque de diminuer. » 

Le MMM joue une partie à haut risque, dont l’issue pourrait redéfinir durablement son avenir.

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