Jenny Chan, présidente de l’OTAM : «Les moyens manquent, faute d’infrastructures adaptées à l’innovation»
Par
Fabrice Laretif
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Fabrice Laretif
Reconduite à la tête de l’Outsourcing and Telecommunications Association of Mauritius (OTAM), Jenny Chan évoque résilience, retard technologique et contraintes énergétiques, tout en appelant à une meilleure collaboration public-privé pour soutenir l’innovation et l’emploi dans le secteur.
Vous avez été reconduite à la présidence de l’OTAM suivant le dernier AGM. Quelles sont vos priorités ?
La résilience en raison de la santé globale économique et de l’instabilité. Il faut de ce fait assurer une certaine résilience face à l’incertitude et la fragilité, couplée à la volatilité. J’espère qu’il y aura quand même de la croissance. De nombreux défis nous guettent. C’est le moment de revoir notre écosystème pour une meilleure collaboration dans cette quête de résilience.
L’idée sera également de poursuivre dans le développement, alors que la technologie et l’IA progressent rapidement. Maurice accumule du retard en ce sens. Nous ne pouvons plus nous permettre d’être en retrait. Nous devons nous positionner, développer la capacité d’innover, les compétences afin de se préparer au changement dramatique à venir. Les moyens font défaut, car nous n’avons pas l’infrastructure propice à l’innovation.
OTAM a toujours porté la voix de l’industrie et nous continuerons à le faire. Nous aurons notre rôle à jouer dans cette collaboration avec les pays qui sont bien avancés en matière technologique.
Maurice fait de plus en plus face à une compétion féroce venue d’Asie et d’Afrique.»
Comment évaluez-vous l’évolution du secteur des TIC-BPO pour le premier trimestre 2026 ?
La progression est lente. Il y a eu beaucoup d’hésitation de la part de nos clients. Ces derniers subissent également l’impact de la guerre au Moyen-Orient. Il y a beaucoup d’attentisme et c’est compliqué. Nous évoluons beaucoup sur les marchés américains et européens. Maurice fait de plus en plus face à une compétition féroce issue de l’Asie et de l’Afrique. Nous ne pouvons pas nous venter que nous sommes très attractifs.
Une meilleure synergie entre les secteurs public et privé reste nécessaire.»
Quelles sont les mesures prises par les entreprises du secteur pour faire face à la crise énergétique ?
Nous dépendons fortement de l’électricité et de la connectivité dans le secteur. Par le passé, nous avons cherché à collaborer avec les autorités, notamment le Central Electricity Board (CEB), sur des programmes visant à encourager les entreprises à produire de l’énergie verte. Cependant, ces programmes n’étaient pas adaptés au contexte du secteur TIC-BPO. Celui-ci repose sur des activités de service. La plupart des entreprises ne disposent pas de leurs propres bâtiments : elles opèrent en location et dépendent de tiers.
Avec la crise actuelle, les entreprises disposant de leurs propres bâtiments envisagent de produire de l’énergie verte. Les « data centres » réfléchissent également à se mettre au vert.
Il convient de souligner que la hausse de 15 % anticipée sur la facture d’électricité à partir de mai prochain aura un impact certain sur le secteur. Les entreprises, notamment les centres d’appel, fonctionnent avec des marges faibles. Très souvent, nous ne pouvons répercuter cette hausse sur les clients, au risque de perdre des contrats. Nous cherchons donc à évoluer vers des processus à plus forte valeur ajoutée et nous nous voyons parfois contraints d’explorer d’autres marchés où les coûts sont plus compétitifs.
L’IT Blueprint comprend quatre piliers dont un sur le capital humain et la « digital literacy ». Considérez-vous que la Mauritius Digital Promotion Authority mène à bien son rôle pour permettre de répondre au défi de la main-d’œuvre ?
Il s’agit d’une autorité qui cherche, à travers divers événements, à promouvoir le capital humain. Toutefois, une meilleure synergie entre les secteurs public et privé reste nécessaire. Nous sommes en contact avec la Mauritius Digital Promotion Authority, mais un rapprochement accru et une mise en commun des efforts s’imposent, surtout dans un contexte de ressources limitées. Une coordination renforcée entre les différentes instances permettrait d’avoir un impact plus significatif. Par ailleurs, l’accès à des talents adaptés demeure un défi majeur pour le secteur.