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Jean Paul, toxicomane  : aucune chance de s’en sortir pour devenir senior citizen

Jean-Paul habite Cité Barkly et consomme de l’héroïne depuis qu’il a 19 ans. Le quinquagénaire ne voit aucun moyen de s’en sortir et sait déjà que son sort est scellé. « Je ne pourrai jamais arrêter. Je vais mourir avant mes 60 ans », nous dit-il lors d’un poignant entretien qui nous a permis d’entrer dans son univers. À la fin de la rencontre, il dévoile quel serait le moyen pour lutter efficacement contre les marchands de mort. 

Lorsque nous avons demandé à Jean-Paul de nous présenter un senior authentique ayant déjà soufflé ses soixante bougies, l’incrédulité se lit sur son visage : « Sa, li bien rare sa boss. Pena aukain drogué qui arivé depasse soixante ans. Zot tout mort bien avant ». Il fouille dans sa mémoire et finit par en répertorier encore en vie, mais ne sait plus où le trouver. Cependant, il en est convaincu :  « Li pas inn mort parceki li pas pike. Li fime ». 
Jean-Paul, lui, comme de nombreux congénères, a recours à la seringue pour s’administrer ses doses quotidiennes de drogue. Avec pour résultat qu’il n’existe plus aucune place sur son corps lui permettant d’atteindre une veine.

Pour preuve, Jean-Paul soulève un côté de son pantalon et nous montre un pied. Le membre affreusement gonflé, est recouvert d’un bandage. Il ne lui reste maintenant qu’un endroit pour éviter les affres et les souffrances du manque tant redouté par les toxicomanes : il se pique dorénavant juste sous le bassin.

Un cadeau empoisonné

Jean-Paul est maçon et il est sur le lieu de son travail, lorsqu’il nous reçoit. Il se souvient des jours heureux qu’il passait en compagnie d’une fille de Pointe-aux-Sables. Travaillant déjà et gagnant assez confortablement sa vie comme maçon, il s’était amouraché de cette fille. Ce fut pour son malheur.

Jeune homme, Jean-Paul s’était acheté une motocyclette, ce qui facilitait ses déplacements et lui permettait d’aller voir sa dulcinée qui semblait vivre dans l’opulence. 

La fille a fini par lui avouer que son père était dans le trafic de la drogue. Elle lui dit aussi que ceux qui en consommaient en tiraient beaucoup de plaisir. Ce que connaissait Jean-Paul de ce produit se limitait à cela. Mais il a voulu tenter l’expérience et la jeune fille lui procurera des doses subtilisées à son père tout en lui expliquant le moyen de l’utiliser. 

Le jeune homme a suivi les conseils à la lettre et ce qu’il a ressenti dès la première tentative a dépassé tout ce qu’il aurait pu imaginer en termes de plaisir, volupté et béatitude. Il en voulait encore et encore, mais le piège avait fonctionné, car au bout de quelques jours, toute sensation de plaisir avait disparu. Et le drame est qu’il ne pouvait plus s’arrêter : il découvrait à ses dépens le phénomène de manque, caractérisé par un mal-être généralisé marqué par des courbatures et des douleurs en tous genres. Jean-Paul était devenu esclave de la drogue. Il lui fallait à présent trouver de l’argent liquide chaque jour pour s’en procurer. Il a même purgé une peine de prison pour avoir été trouvé en possession de drogue.
Comment échapper au contrôle 

Les gros trafiquants, eux, semblent jouir de protections occultes. Grâce à une organisation bien rodée, ils arrivent à échapper à la police. 

Pour commencer, nous explique Jean-Paul, le gros trafiquant de Barkly dispose des hommes de confiance, munis de téléphones portables qui sont postés à des endroits stratégiques prêts à signaler tout mouvement inhabituel, dont l’arrivée de la police. 

Dès que l’alerte est donnée, en un rien de temps, toute trace d’activité de vente de la drogue sur la voie publique disparaît.

Par ailleurs, à Cité Barkly, un groupe de trafiquants a été éliminé et il n’en reste qu’un seul, tout-puissant, qui continue à régner en maître dans le secteur. De plus, il est parfaitement informé. Par on ne sait quel moyen obscur, il arrive à connaître le jour où la police va déclencher une opération.
Ainsi, la drogue continue à faire de nombreuses victimes. Certains accros dépouillent leurs proches en recourant parfois même à la violence à leur encontre. D’autres se livrent au banditisme pour se faire de l’argent. Si ce sont des filles, elles vendront leurs charmes pour se procurer leur dose de drogue. Dernière catégorie de toxicomanes : ceux qui travaillent et dépensent leur salaire pour payer leurs doses.

C’est à ce groupe qu’appartient Jean-Paul qui est un maçon très apprécié par son employeur, un entrepreneur en bâtiment qui, par un heureux concours de circonstances, a fait la connaissance de Jean-Paul et de son fils dont on lui avait dit grand bien. Car Jean-Paul a un fils qui a suivi les traces de son père en tous points.

Les deux ont donc été recrutés pour un chantier et l’entrepreneur, qu’on surnommera Alex, saura tirer le meilleur de ses deux travailleurs. Afin de garantir leur présence sur le chantier et aussi, afin qu’il ne leur manque pas d’argent, Alex a décidé de ne pas attendre la fin de la semaine pour effectuer la paie. 

« Je paie chaque jour à la fin de la journée. J’ai pu constater que cela marche, bien que comportant des inconvénients. Lorsque je leur ai donné de l’argent la veille, ils n’ont plus un centime en poche le lendemain. Il leur faut Rs 1 200 par personne et par jour pour s’acheter leurs trois doses de drogue à Rs 400 chacune ». 

« Lorsqu’ils ont pris leur dose, ils travaillent avec vigueur et produisent des résultats. J’ai aussi remarqué que la nourriture importe peu pour eux. Leur principale préoccupation, c’est de trouver l’argent nécessaire pour leur approvisionnement en poudre blanche », explique Alex.
Le secteur de la drogue n’a pas de secrets pour Jean-Paul. Avant même qu’un commissaire de police ait expliqué en public que la drogue parvenait à Maurice par voie maritime, il le savait déjà.  

La drogue synthétique et les jeunes

Il y a, ajoute-t-il, la drogue synthétique qui fait des ravages et qui touche les jeunes en particulier. « Les individus réagissent différemment sous l’effet de la drogue synthétique avec des réactions imprévisibles et des effets qui ne durent pas. Mais toutes les drogues ont des effets dévastateurs qui font de différentes catégories de citoyens des condamnés à mort. 

Quelle est donc la solution ? Pour Jean-Paul, c’est une lutte perdue d’avance pour les autorités. À ses yeux, le seul moyen de sortir de cette emprise infernale serait de dépénaliser le gandia qui est une drogue douce et qui, contrairement aux drogues dures, ne rend pas dépendant. On peut arrêter la consommation de gandia quand on veut, sans ressentir les effets désastreux du manque qui, lui, est spécifique des drogues dures. Dès lors, grâce au gandia, la vie serait débarrassée de la tyrannie de la dépendance et de ses conséquences dramatiques.
 

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