Economie

Jean-Michel Pitot (président de l’AHRIM) : «Le secteur touristique n’a jamais été aussi vulnérable»

Jean-Michel Pitot Jean-Michel Pitot

«Cinq mois de ralentissement alors que les conditions semblaient favorables, ce n’est pas bon. La vérité ne peut être niée : le secteur n’a jamais été aussi vulnérable, l’avenir aussi incertain ». C’est en ces termes que Jean-Michel Pitot, président de l’Association des Hôteliers et des Restaurateurs de l’Île Maurice (AHRIM) commente la situation actuelle dans l’industrie touristique. Un cri d’alarme qu’il pousse dans la troisième édition de Check-In, une publication de l’association publiée ce mois-ci. «Avec 131 000 emplois et 24% du Produit Intérieur Brut, le secteur est si solide, avance-t-il, qu’il est difficile d’imaginer qu’il puisse s’effondrer.  Et pourtant... Les problèmes existent bel et bien. Ils érodent petit à petit la qualité de la destination. Et risquent de favoriser le ralentissement. Ces problèmes, ils sont externes, plus difficilement maîtrisables et internes», souligne Jean-Michel Pitot.

Pour le président de l’AHRIM, il y a trois problèmes auxquels il faut s’attaquer au plus vite. D’abord, le problème de l’environnement. «La destination est en train de perdre de son lustre. Dans le sondage sur la perception de la destination, 40 % des visiteurs interrogés sur la qualité de l’environnement indiquaient « excellent » en 2015. Trois ans plus tard, ils étaient 19 %.  Sommes-nous donc insensibles à la nuisance que représentent ces bouteilles en plastique qui traînent, ces chiens errants qui se multiplient, ces herbes qui envahissent les bords de route, ce patrimoine qui se désagrège ? » se demande-t-il. D’où la demande des hôteliers pour des « solutions rapides », notamment la mise en place d’un « fast track » « pour qu’elles soient vite mises en état avant que ne s’ouvre la haute saison ».

L’autre obstacle est le manque de main-d’œuvre. « La réforme de l’école hôtelière n’a toujours pas démarré. La seule victoire que les hôteliers ont obtenue – à l’issue de cinq ans d’attente – est une augmentation du contingent de 2 000 à 2 500. On est loin du compte. À tout moment de l’année, ce sont entre 300 et 800 postes vacants que l’on dénombre dans l’hôtellerie et la restauration. Rien non plus sur l’emploi des étrangers. Alors que nos ressources humaines sont insuffisantes, on sent un environnement suspicieux et une attitude fermée à l’égard des étrangers», déplore-t-il.

Le troisième problème est l’informel. « Un couteau à double tranchant qui prend du terrain. Bien sûr, le business parallèle fait du bien à l’économie. Cependant, c’est l’image de l’ensemble de la destination qui est à risque si les cadres ne sont pas posés, si un minimum de régulation n’assure pas au visiteur sécurité et qualité. C’est surtout l’attrait et l’ampleur de l’informel qui peuvent se révéler dangereux », fait-il ressortir. Et de conclure : « Le tourisme est fondamental à l’économie. Pour qu’ils continuent à venir, il faut écouter ceux qui le connaissent le mieux. »

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