Mise à jour: 13 janvier 2026 à 11:40

Jean Claude de l’Estrac : «Si Ramgoolam avait été un peu cynique, il lui aurait donné le poste»

Par Javed Sobah
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L’analyse du journaliste et ancien ministre Jean Claude de l’Estrac se veut clinique. Il dit comprendre la décision de Navin Ramgoolam de rejeter la proposition de Paul Bérenger. « Je comprends parfaitement, compte tenu du contexte, que Navin Ramgoolam ait finalement décidé de donner une fin de non-recevoir à la proposition de Bérenger, parce que, de son point de vue, cela aurait ravivé une perception ancienne et persistante : celle selon laquelle Bérenger chercherait à dicter les termes », explique-t-il.

Pour autant, Jean Claude de l’Estrac estime qu’il s’agit d’une mauvaise décision, motivée par une vision de court terme. « Paul Bérenger s’est proposé, dans un contexte particulier —même s’il ne le dit pas clairement —d’assumer la responsabilité du ministère des Finances et de décharger ainsi le Premier ministre d’un lourd fardeau dans les mois à venir. En quelque sorte, de devenir le bouclier du Premier ministre », analyse-t-il.

À ses yeux, cette offre aurait dû être saisie. « Pour moi, cela aurait été une aubaine. Si j’étais à sa place, je l’aurais acceptée, parce que prendre le ministère des Finances dans les circonstances que nous connaissons aujourd’hui, ce n’est pas un cadeau », tranche Jean-Claude de l’Estrac. Il prévient que les prochains mois s’annoncent particulièrement éprouvants : « Les choses vont être extrêmement difficiles. La situation socio-économique et la situation socio-politique seront extrêmement troublées », prédit-il. Selon cet observateur politique, la réalité impose d’abord un ministre des Finances à plein temps.

Ensuite, le calcul politique aurait pu être différent. « Si Ramgoolam avait été un peu cynique, il se serait dit : mon partenaire accepte de prendre cette responsabilité à ma place, je la lui offre. Car c’est lui qui aurait à subir ce que tout ministre des Finances doit subir : l’impopularité », souligne-t-il.

La conjoncture est telle que le futur ministre des Finances devra inévitablement prendre des mesures impopulaires : austérité budgétaire, décisions douloureuses, et peut-être la gestion de licenciements. « Plusieurs entreprises s’apprêtent à licencier parce qu’elles n’en peuvent plus. Et c’est précisément ce genre de situation que le ministre des Finances devra gérer », avertit Jean-Claude de l’Estrac.

Concernant les intentions prêtées à Paul Bérenger, il balaie toute lecture émotionnelle ou personnelle. « Il ne le fait pas pour des raisons de susceptibilité. Ce sont là des considérations de court terme. On n’en parlera plus. La véritable question électorale se posera en 2029, pas en janvier 2026 », affirme-t-il.

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