Jean Claude de l’Estrac : «Paul Bérenger, une chronique de la rupture annoncée»
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Le Défi Quotidien
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Les critiques répétées du Deputy Prime Minister envers ses collègues ministres alimentent les tensions au sommet de l’État. Pour Jean Claude de l’Estrac, la posture de Paul Bérenger traduit surtout une rupture déjà consommée au sein du gouvernement.
Paul Bérenger n’a pas été tendre envers le ministre du Tourisme et a égratigné, au passage, le PM lors de sa conférence de presse. Pensez-vous qu’il est allé trop loin ou qu’il a déballé son sac en public pour espérer un sursaut d’orgueil afin que les choses avancent dans la bonne direction ?
Même s’il peut avoir raison sur certains sujets, les divulgations de Bérenger sur la teneur des discussions au Conseil des ministres sont totalement contraires à l’obligation de confidentialité et de solidarité prescrite par la règle sacro-sainte de la responsabilité ministérielle collective. Bérenger le sait certainement. S’il le fait, c’est qu’il s’est mis sciemment en posture de rupture. Chacune de ses conférences de presse, depuis plusieurs mois, est en fait une chronique de la rupture annoncée.
Au point où en sont les choses, je ne serais pas étonné que la plupart de ses collègues du Conseil des ministres en soient à souhaiter qu’on en finisse une bonne fois pour toutes. Un gouvernement ne peut pas fonctionner sereinement avec une épée de Damoclès brandie au-dessus de sa tête chaque samedi.
Paul Bérenger a fait comprendre qu’il a encore des « révélations » à faire, mais qu’il le fera après les célébrations de l’Indépendance. D’autres secousses sont certainement à venir. Pensez-vous, par-dessus tout, que le MMM est sur le point de quitter le gouvernement ?
Dans sa tête, le MMM de Bérenger a déjà quitté le gouvernement. Personne n’est dupe, ni chez ses alliés ni chez les ministres MMM. La seule question est de savoir qui, dans son parti, optera, une fois de plus, pour un passage dans l’opposition après un court séjour au gouvernement.
Peut-être est-ce une nouvelle preuve que le MMM bérengiste n’a jamais été un parti de gouvernement. Il est incapable de gérer les complexités et les inévitables compromis exigés par l’exercice du pouvoir, du fait de l’égocentrisme de son leader. Cela dit sur certains dossiers, je comprends parfaitement l’exaspération du ministre. Je l’ai dit moi même : le combat contre la drogue est perdue en raison de la corruption au sein d’une bonne partie de la force policière.
Ce n’est pas la première fois que le Deputy Prime Minister émet publiquement des critiques envers le gouvernement dont il fait pourtant partie. Pensez-vous que ses paroles ne sont pas suffisamment prises en considération, d’où ses « attaques » ?
Une bonne partie de la relation conflictuelle que Bérenger entretient avec ses collègues ministres vient de son rôle de Premier ministre adjoint et de ministre sans portefeuille. Il se conduit comme si « sans portefeuille » voulait dire tous les portefeuilles… Il se prend pour le sirdar de l’établissement ministériel.
Plus grave encore est l’image qu’il dessine, semaine après semaine, du chef du gouvernement. Même si certaines de ses critiques sont légitimes, il n’est pas admissible, dans un gouvernement, que le numéro deux soit le censeur du numéro un. Le message est schématique : ce qui va bien est le fait de Bérenger ; tout ce qui va mal, c’est la faute à Ramgoolam.
Il est vraiment temps que l’un et l’autre en tirent les conséquences et laissent le pays respirer. Le psychodrame a assez duré. Je suis moi partisan de la doctrine Chevenement, ce grand ministre français : un ministre soit il ferme sa guelle soit il démissionne !