Javed Bolah, directeur de CEREBRO : «Économie bleue, tourisme et technologie : les trois moteurs de Maurice»
Par
Leena Gooraya-Poligadoo
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Leena Gooraya-Poligadoo
Dans le magazine Capstone Global Innovation (CGI), une publication basée au Nigeria, le directeur de CEREBRO, Javed Bolah (photo), livre une lecture à la fois lucide et incarnée du modèle mauricien. À travers son regard de stratège de marque multi-primé et de « zanfan Moris », il décrypte comment une île de 2 040 km² a réussi à s’imposer comme l’une des économies les plus résilientes et diversifiées d’Afrique.
Maurice, rappelle-t-il, est passée d’une économie sucrière dépendante à un modèle fondé sur les services à forte valeur ajoutée. « Aujourd’hui, le pays s’affirme comme un hub d’affaires compétitif, une puissance touristique, une porte maritime stratégique et un terrain de jeu technologique en pleine ascension dans l’océan Indien », dit-il. Le tourisme, véritable cœur battant de l’économie, poursuit-il, représente près de 24 % du Produit intérieur brut. « Mais l’île n’a pas vendu uniquement ses plages. Elle a misé sur l’expérience, l’hospitalité, la sécurité et la sérénité, attirant une clientèle à haut revenu, moins sensible aux chocs conjoncturels », affirme-t-il.
Autre pilier majeur : l’économie océanique. Avec une zone économique exclusive de plus de 2,3 millions de km², Maurice est, selon Javed Bolah, « un géant maritime déguisé en petite île ». Bunkering, logistique offshore, biotechnologie marine ou énergies renouvelables, il avance que l’océan contribue déjà à 15 % du PIB et pourrait atteindre 20 % d’ici 2026. La transformation technologique complète ce triptyque. « Le secteur ICT pèse plus de 8 % du PIB, porté par la Cybercité, les hubs fintech et l’initiative Digital Mauritius 2030 », souligne le directeur. Stabilité politique, cadre réglementaire prévisible et main-d’œuvre multilingue hautement qualifiée expliquent, selon lui, pourquoi plus de 20 000 entreprises globales ont choisi Maurice comme base africaine.
Mais au-delà des chiffres, Javed Bolah insiste sur l’essentiel : l’âme du pays. Pour lui, la diversité culturelle mauricienne n’est pas un slogan, mais une réalité vécue au quotidien. Cette harmonie, dit-il, toutefois, reste fragile. Il appelle à considérer la culture et la nature comme des infrastructures critiques et propose une vision en trois axes : préserver la nature comme un héritage, faire vivre la culture au présent et rendre la durabilité économiquement viable. À la croisée des chemins de son histoire, Maurice doit, selon Javed Bolah, fusionner innovation et écologie dans une véritable économie bleu-vert. « Nous devons être des jardiniers, pas des mineurs, de notre potentiel », affirme-t-il. Un message fort pour une île qui, une fois encore, entend dessiner elle-même son avenir.
Capstone Global Innovation (CGI) Magazine est une publication basée au Nigeria qui sert de plateforme pour mettre en lumière le leadership, l’excellence corporative et les tendances disruptives en Afrique, en Europe, aux États-Unis et à l’échelle mondiale. Le magazine valorise les parcours, les étapes clés et l’impact de dirigeants, d’entrepreneurs et d’acteurs du changement africains et internationaux.