Jason Raymondeau : le pari mauricien d’un Français qui veut réinventer les petites annonces
Par
Leena Gooraya-Poligadoo
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Leena Gooraya-Poligadoo
Jason Raymondeau n’a pas choisi Maurice par hasard. Il est arrivé il y a deux ans avec ses parents, d’abord pour découvrir l’île, ensuite pour y construire un projet de vie. Aujourd’hui, il est le fondateur de Zafer, une application mobile de petites annonces qui ambitionne de transformer la manière dont les Mauriciens achètent et vendent leurs biens d’occasion.
Le point de départ du projet est simple : un constat d’usage. À Maurice, la vente et l’achat entre particuliers passent essentiellement par Facebook Marketplace et des groupes WhatsApp. Une pratique largement répandue, mais que le jeune entrepreneur juge imparfaite. « Aujourd’hui à Maurice, acheter ou vendre de l’occasion passe presque exclusivement par Facebook Marketplace et les groupes WhatsApp. Il n’y a pas de recherche sérieuse, pas de filtres fiables, et beaucoup d’annonces restent en ligne alors que les biens sont déjà vendus », explique-t-il.
Ce manque de structuration du marché de l’occasion a servi de déclencheur. En observant les habitudes locales, Jason Raymondeau a identifié un espace pour une solution plus organisée, mais sans bouleverser les comportements existants. Zafer se veut ainsi une alternative, mais pas une rupture. L’application s’appuie sur une promesse : rendre les annonces plus claires, plus fiables et plus rapides à consulter. Contrairement aux plateformes sociales, elle propose des filtres précis permettant de trier les biens selon plusieurs critères : prix, localisation, type de produit, surface, kilométrage ou encore état du bien. « Nous voulions une recherche plus sérieuse, avec de vrais filtres, pour éviter le bruit et les annonces inutiles », résume le fondateur.
Dès son lancement, le 28 juin dernier, Zafer se concentre sur trois catégories principales : l’immobilier, les véhicules et les biens de maison comme les meubles, l’électroménager ou les équipements électroniques. Un choix stratégique, pensé pour couvrir les segments les plus actifs du marché de l’occasion à Maurice. L’expérience utilisateur est également au cœur du projet. L’application est entièrement mobile-first et disponible sur iOS, Android et web. Elle est proposée en français et en anglais afin de s’adapter au bilinguisme courant de l’île. Mais contrairement à d’autres plateformes, Zafer ne cherche pas à réinventer les habitudes de communication. Les contacts entre acheteurs et vendeurs se finalisent via WhatsApp. « Nous avons voulu garder les habitudes mauriciennes. Les gens utilisent déjà WhatsApp pour conclure leurs transactions, il n’y avait pas de raison de changer », précise-t-il.
L’un des points différenciants de Zafer repose sur la notion de confiance. Chaque profil vendeur peut être vérifié, avec un système d’indice de fiabilité destiné à limiter les arnaques et à rassurer les utilisateurs. « Une approche qui répond à une problématique fréquente sur les plateformes informelles, où l’anonymat et le manque de contrôle compliquent les échanges », affirme Jason Raymondeau. Derrière l’application, on retrouve Meduza studio Ltd, une structure en cours de constitution à Maurice. C’est cette entité qui porte le développement, la conception et l’hébergement du projet, entièrement réalisé localement. Pour Jason Raymondeau, ce choix n’est pas anodin : il s’inscrit dans une volonté de construire un produit ancré dans l’écosystème technologique mauricien.
Sur le plan économique, le modèle de Zafer reste volontairement prudent. L’application est gratuite pour les particuliers comme pour les professionnels lors de son lancement. Les options payantes viendront dans un second temps, notamment pour la mise en avant d’annonces ou les comptes professionnels destinés aux agences immobilières et concessionnaires automobiles. « L’objectif, c’est d’abord l’adoption. La monétisation viendra après, quand la base d’utilisateurs sera solide », explique-t-il.
Toutefois Jason Raymondeau affirme que le marché reste compétitif. « Facebook Marketplace conserve une position dominante, et les habitudes des utilisateurs sont bien ancrées. La réussite de Zafer dépendra donc de sa capacité à convaincre progressivement, sans imposer de rupture brutale », affirme-t-il. Pour lui, l’enjeu est avant tout de proposer une alternative crédible. Il insiste sur une logique d’adaptation plutôt que de substitution. À Maurice, où les initiatives numériques se multiplient, Zafer devra désormais trouver sa place. Mais pour son fondateur, le plus important est déjà accompli : avoir transformé une idée née lors d’un séjour en projet concret, lancé sur l’île qui l’a inspiré.
Le lancement de Zafer a eu lieu le 28 juin 2026, une date symbolique pour son fondateur. Ce jour correspond à son anniversaire, ce qui donne une dimension personnelle au projet. « L’application marque une réussite dans mon parcours d’un Français normal venu réaliser son rêve à Maurice », confie-t-il. Au-delà de l’aspect entrepreneurial, l’histoire de Zafer est aussi celle d’un changement de trajectoire. Jason Raymondeau raconte avoir eu l’idée du projet lors d’un premier séjour touristique en 2024 avec ses parents. À l’époque, il observe déjà les usages locaux et imagine des améliorations possibles. « Je suis venu en vacances en 2024 avec mes parents et j’ai passé des nuits à me dire qu’il faudrait créer ceci ou cela », explique-t-il. Deux ans plus tard, la réflexion s’est transformée en projet concret, au prix d’un déménagement et d’un changement de vie. Le choix de Maurice s’inscrit également dans une logique personnelle. L’île représente pour lui un terrain propice à l’innovation, mais aussi un cadre de vie favorable à la création d’entreprise. En s’installant définitivement avec sa famille, il a fait le pari de bâtir son projet dans un environnement qu’il découvre encore.